A BORDEAUX avec JAUME PLENSA :Pour faire le portrait d’une F(L)EMME – 3-

Marina, Awilda, Paula, Sanna, Nuria, Irma  et les autres :

Des jeunes filles à la mère à l’enfant…

« Seul le visage… »

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«  J’ai rêvé ma vie dans le corps d’une felle. »Femme »est un mot bien assemblé, le nom de tout ce qui s’assemble, fait corps et vient au monde. Le nom de ce qui n’est pas mémoire. Le nom de celle qui d’un rien tombe enceinte. Le nom de ce qui souffre chaque fois qu’il se sépare. Un nom courbe qui arrondit le temps. Le nom de la terre même qui nous porte, de l’eau où nous aimons nager et de l’air que nous respirons. Femme : celle qui de toute chose fait un enfant. »

JEAN-MICHEL MAULPOIX/ L’INSTINCT DE CIEL

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Au fil des lectures, j’ai aimé découvrir que JAUME PLENSA aime la poésie et notamment BAUDELAIRE. Ce fut donc l’occasion de relire  en partie ce poète afin de comprendre quels poèmes auraient pu l’inspirer.

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Mais consciente comme ANDRÉE CHEDID que

« Derrière le visage et le geste

Les êtres taisent leur réponse

Et la parole alourdie

De celles qu’on ignore ou qu’on tait

Devient Trahison

Je n’ose parler des hommes je sais si

Peu de moi… »

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J’ai laissé libre cours à mon imagination qui s’est chargée de faire le vagabondage entre divers poètes qui auraient pu aussi inspirer JAUME PLENSA. Certains poèmes m’ont accompagnée, ont resurgi à maintes occasions de hasard ou de rencontres même éphémères comme celui-ci :

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Mon rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
VERLAINE

Mais de BAUDELAIRE, j’ai choisi sans hésiter :

À une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! — Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

CHARLES BAUDELAIRE. LES FLEURS DU MAL

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Il y a toutes ces femmes de la rue, ces inconnues plurielles qui gourmandes, avalent le temps en courant d’air, sans s’arrêter devant les statues de bronze et puis toutes celles qui se souviennent du visage lisse de leurs vingt ans, celles qui aimeraient s’entretenir avec JAUME PLENSA pour croiser les mots en poésie ou qui cherchent dans les prunelles de PAULA ou de SANNA les reflets de passion croqueuses de vie. Il y a toutes celles que ces femmes de bronze, d’encre ou de résine touchent au cœur parce qu’elles sont dans le  sillage de  LA FEMME dont le mouvement est amplement suggéré.

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« Entre l’instant vécu et l’instant à vivre,

S’inscrit notre visage éternel. »

ANDRÉE CHEDID/Tels que nous sommes

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Il y a tous ces dialogues entre hommes et femmes de la rue et les sculptures, ce chant entre la mère et l’enfant dans les estampes.

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…Ecoutons en silence  ANDRÉE CHEDID évoquer ce dernier tableau :

« Ma lande mon enfant ma bruyère

Ma réelle mon flocon mon genêt,

Je te regarde demain t’emporte

Où je ne saurais aller. »

ANDÉE CHEDID/ Brève invitée, à ma fille

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Et puis la nuit enveloppe la ville et les sculptures.

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Elle moule les femmes au visage de flamme

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comme une bougie qui leur dessinerait une aura.

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Dans leur grotte de lumière

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Elles ombrent le ciel

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Des fleuves lisses qu’épargnent les affres du temps.

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« L’homme qui combat avec armes et lanternes,

L’homme qui succombe, plaies et cavernes,

Renaît avril des batailles ,

Bleu des larmes, profonde fleur.

 

Seul le visage est notre royaume,

Son jour traverse nos nuits. »

ANDRÉE CHEDID : Seul, le visage

(à suivre)

 

 

 

18 commentaires

  1. Coucou ! ta note est d’une telle richesse, c’est beau ! comme à chaque fois tu me saisis véritablement 🙂 bravo encore pour ton blog où il fait bon se cultiver et flâner ! passe un bon week end 🙂 Bisous de Bretagne. 🙂 🙂
    Frédéric.

  2. Ton billet donne à voir quel plaisir, quel bonheur tu ressens face à ces oeuvres d’art ! Tu as tourné autour longuement de ces beaux visages de femmes. Je suis particulièrement touchée par la cinquième image où une jeune femme consulte son téléphone et où la sculpture la domine comme une image tutélaire et tendre. Et puis l’avant avant dernière photo où la lumière et l’ombre se rejoignent dans la beauté de l’art à travers le temps !
    Ton choix de texte est un magnifique hommage à l’artiste, à la femme, à la poésie !
    Merci Maïté pour ce billet où je reviendrai me ressourcer !!!

  3. Pas trop convaincue par ces sculptures, mais les textes presque me suffisent, le lien, la passerelle tissée et tes photos qui font revivre en particulier Bordeaux, la nuit, l’été………….Moments effacés déjà dont tu gardes la trace…..
    NB, je crois bien qu’enfin je vais publier une corbeille ce dimanche….

  4. L’art a au moins l’avantage de présenter un point d’accord, on aime ou pas, mais jamais on est indifférent. D’une manière plus générale, Bordeaux fait partie des villes d’Art plébiscitées par le public. Ce qui vient compléter sa forte attractivité. J’ai lu aussi que l’artiste a parcouru la ville pour s’en imprégner et décider du meilleur emplacement des sculptures. Merci aussi pour les textes choisis.

  5. @ JEA
    ô combien est vraie cette citation!Il suffit de parcourir le monde en pensée pour s’en rendre compte!
    Mais heureusement, il y a des hommes-dont vous êtes- qui rendent hommage à leurs combats!

  6. @ The Dude

    merci, tu es trop gentil. Chacun sa manière. Je me nourris aussi chez toi, même si je ne suis pas toujours en mesure de répondre.
    Belle fin d’été en Bretagne, Frédéric. je t’embrasse.

  7. @ Fifi
    Tu as raison de dire que je tourne et retourne à la source de ces sculptures. Parfois, au passage, je me nourris d’un éclairage particulier, même si je n’ai pas toujours mon appareil; ou bien encore d’une scène charmante.
    Si j’avais le temps, je nourrirais le projet de prendre le temps de m’installer non loin d’une sculpture et de la regarder vivre en interaction avec les passants.Mais j’ai peu de temps, surtout en ce moment, pour être contemplative; le laps de temps où j’apporte mes réponses en est une conséquence.
    Merci Fifi et belle journée.
    Je t’embrasse.

  8. @ Anne

    in situ, je n’ai recueilli aucune appréciation négative, mais pourquoi pas! Peut-être certains visiteurs jouant avec les sculptures n’en font-ils qu’un objet photographique du souvenir d’un passage à Bordeaux.Ensuite, tout dépendra, même a posteriori de leur ressenti et de leur curiosité par rapport à l’artiste. Peut-être est-ce tout simplement parce que mes photos ne rendent qu’imparfaitement l’atmosphère et surtout les liens que l’œuvre tisse avec les lieux.
    Merci pour ta franchise: les formes d’art sont multiples, heureusement pour nous.

  9. @ Nicole

    merci de ta visite. Tu as pu te rendre compte qu’il se passe toujours quelque chose ici. j’aime particulièrement ce parti-pris d’ouverture sur le monde, lorsque certaines formes d’art nous rendent visite.
    Je t’embrasse.

  10. @ Sergio

    Tu as raison. Que l’on aime, ou que l’on n’aime pas, l’œuvre nous sollicite malgré tout en tant que voyeurs et là réside sa force, même lorsqu’elle nous repousse.
    Tout parti-pris d’en parler est le bienvenu.J’ai toujours aimé pour ma part les œuvres présentées dans la ville qui entraient en interaction avec elle. Je me souviens de l’exposition de Bernar Venet que je défendais bec et ongles pour les mêmes raisons alors que certains n’y voyaient que cercles rouillés. cette exposition disséminée dans la ville permettait aussi de la voir autrement, de la voir à travers les sculptures, d’en chercher les lignes en tournant lentement autour. Un autre bonheur photographique.

    Oui j’ai apprécié la démarche de Jaume Plensa, tout comme j’ai apprécié le travail de communication réalisé en direction des bordelais, bien en amont de l’exposition.
    Mon parcours poétique personnel résulte, une fois encore, de ce travail de communication des goûts de l’artiste.
    J’aurais voulu aussi essayer de comprendre ce qu’aime Jaume Plensa dans l’œuvre de William Blake ce qui l’a inspiré chez ce, poète, peintre, graveur…mais la tâche était trop ardue pour moi en ce moment.
    Je t’embrasse.

  11. @ Maria-D

    Cette note forcément incomplète se nourrit de participations telles que la vôtre. Antoine Pol et Brassens trouvent tout naturellement leur place ici grâce à vous.
    Je vous en remercie.

  12. Merci Maïté pour ton cadeau poème pour ma toute douce ! 🙂 Tu sais toujours trouver les mots qui vont faire chanter une image ! Je t’embrasse très fort !

  13. @ Enitram
    un bug à un moment donné?
    Tu es arrivée à un moment de maintenance?
    Personne n’ayant signalé ce désagrément, je pense qu’il a été passager car le corps des billets couleur blanc cassé s’inscrit sur un entourage bleu marine.
    Un problème de lecture occasionné par ton moteur de recherche. Je sais qu’il existe des disparités de lecture lorsqu’on utilise Google ou bien internet explorer. Cela m’est déjà arrivé lorsqu’un site est développé avec certains outils.
    Sans oublier les disparités entre écrans d’ordi: je suis parfois étonnée de voir la mauvaise qualité de certains écrans, voire l’absence de réglages; il est vrai que le mien est prévu pour les photos.
    Une deuxième visite va donc s’imposer pour toi si tu souhaites en savoir plus!
    😎

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