Les épouvantails de La Béchade à la fête — 1 —

« Tel un épouvantail il ne fait peur que de loin. »

Proverbe égyptien

????????????????????????????????????

par Chantal

Mes promenades dans le quartier me conduisent souvent au Jardin de la Béchade

Ce petit parc proche du stade Chaban-Delmas et du CHU, abrite depuis son origine, de nombreuses espèces de chênes et des plants de vigne (proximité de crûs célèbres comme Château Haut-Brion ou Château Pape Clément)venus s’ajouter aux arbres tricentenaires sur cette ancienne propriété privée appartenant maintenant à la Ville de Bordeaux.

????????????????????????????????????

????????????????????????????????????

L’année dernière, sont nés à leur tour les jardins partagés qui portent le nom de « Jardins de Bacchus ».

????????????????????????????????????

par Chantal

Pour fêter le premier anniversaire des Jardins partagés une fête champêtre et un concours d’épouvantails ont eu lieu ce mois-ci.

????????????????????????????????????

l’homme de paille

Dans nos campagnes livrées aux pesticides, dans nos jardins on ne voit plus guère d’épouvantails, sensés assurer l’intérim des jardiniers et paysans lorsque ceux-ci sont absents des champs. Mais qu’épouvantaient-ils vraiment, confectionnés à partir de vieux habits, de vieux chiffons,  de paille et crucifiés à tous vents.  Je crois bien plus à leur formidable capital de sympathie qu’à leur pouvoir d’effarouchement, à force d’observer la capacité de nos oiseaux à s’adapter à leur environnement.

????????????????????????????????????

la pêche est dans le vent

Aujourd’hui, les épouvantails sont revenus symboliquement dans les Jardins de Bacchus où d’ailleurs, Bacchus lui-même s’est invité.

????????????????????????????????????

????????????????????????????????????

Les épouvantails sont les amis des enfants, des poètes et de la culture raisonnée, comme j’ai pu le constater lors de ma première visite. Ils donnent de la couleur, de l’humour, de la joie de vivre aux jardins partagés.  Ils sont les clowns joyeux de nos pensées et de formidables liens  alimentant les conversations. Ils nous ressemblent dans nos travers, nos préoccupations ou nos joies. Mais aussi comme un dessinateur talentueux pourrait le faire, ils croquent nos travers ou les travers de certains corps de métier.

Aux jardins de Bacchus, les nombreux épouvantails font vibrer l’esprit jardin et nature et semblent chanter la chanson de l’été.

????????????????????????????????????

le tube de l’été

L’épouvantail traditionnel  est souvent masculin, souvent affublé d’un couvre-chef, je sais gré à certains d’avoir conçu une dame créole qui ne manque pas d’allure.

????????????????????????????????????

Dame créole en son jardin exposé

Il y a là le gardien du jardin, fortement adepte du divin nectar de Bacchus,

????????????????????????????????????

Altela! Hic!

????????????????????????????????????

qui l’eût cru?

????????????????????????????????????

la panoplie du parfait gardien des jardins de Bacchus

copain de bamboche d’Anatole, conçu par notre correspondante Sud-Ouest Chantal (qui est aussi mon amie),

????????????????????????????????????

Buvons un coup fleuri!

 

????????????????????????????????????

Anatole par Chantal

le gardien des roses trémières, Le Drôle d’Oiseau , frère du vent, toujours conçu par Chantal,

????????????????????????????????????

Drôle d’oiseau par Chantal

tout comme l’épouvantail qui nous accueille à l’entrée.  Bacchus évolue au milieu des capucines et les contributeurs à la réflexion sur la nature et les déchets ont fait non des hommes non de paille mais de sacs poubelle qui ne manquent pas de charme lorsque le vent s’engouffre dans leur robe de plastique

????????????????????????????????????

jupes au vent

tandis que  cliquette l’homme de canettes.

????????????????????????????????????

coca mon amour!

En partant il ne faut  pas oublier de saluer les épouvantails qui préfèrent le calme, près d’un banc accueillant

????????????????????????????????????

venez donc me tenir compagnie

ou dans les bras d’un chêne.

????????????????????????????????????

auprès de mon arbre je vivais heureux

 

Petite anecdote : lorsque j’ai fait une série de photos : il y avait de la joie au jardin tout bruissant des échos de la fête récente. Pendant que je photographiais, un groupe d’enfants commentaient chaque épouvantail. Bacchus retenait leur attention lorsque  à un moment donné, ils m’ont vue et très à l’aise, après un moment d’hésitation dû à mon appareil photo ? à mon immobilité ? à ma joie de les observer ? Ou bien peut-être à mon habillement peu conventionnel, l’un d’entre eux a soudain tourné ses grands yeux vers moi et dit en me regardant : » oh ! je croyais que c’était un épouvantail« !

L’épouvantail

Les cheveux en bataille
Le corps en brin de paille
Vêtu d’un vieux chandail,
C’est l’épouvantail.


Il fait peur aux moineaux
Aux corneilles, aux corbeaux,
À tout oiseau qui piaille,
C’est l’épouvantail.


Est-ce que tu oserais
Le toucher, l’embrasser,
Le prendre par la taille,
Cet épouvantail
?

Corinne Albaut

????????????????????????????????????

Zébulon

 

 

Il y a donc une certaine empathie entre les non épouvantables épouvantails et moi et je ne voudrais pas clore ce billet sans faire un saut dans « le Magicien d’Oz » auprès de Dorothée qui veut aider l’épouvantail, véritable  homme de paille à qui ne manque apparemment qu’une cervelle.

« ça ne me dérange pas d’avoir les jambes, les bras et le corps empaillés, au contraire : on ne risque pas de me faire du mal. Si on me marche sur les orteils ou qu’on m’enfonce une épingle, ça n’a aucune importance, puisque je ne sens rien. Mais je ne veux pas qu’on me traite de sot, et si ma tête, au lieu d’avoir une cervelle comme la vôtre, reste bourrée de paille, comment apprendrai- je jamais quelque chose ? »

Mais au fait quelle est la vie des épouvantails dans les jardins de Bacchus lorsque le parc est fermé au public ?

????????????????????????????????????

au soleil les salades

Un petit détour encore du côté du Magicien d’Oz pourrait semer le trouble en nous.

« Comme Dorothée dévisageait gravement l’étrange face peinte de l’Épouvantail, elle eut la surprise de le voir cligner lentement de l’œil dans sa direction. Tout d’abord, elle crut s’être trompée : au Kansas aucun Épouvantail ne cligne de l’œil ; mais voilà que le mannequin lui adressait un signe amical de la tête. Elle descendit alors de la barrière et s’approcha, tandis que Toto courait autour du pieu en aboyant. – Bonne journée, dit l’Épouvantail d’une voix plutôt enrouée. – Vous avez parlé ? demanda la fillette, très étonnée. – Sans doute, répondit l’Épouvantail ; comment allez-vous ? – Assez bien, merci, répliqua poliment Dorothée ; et vous ? – Ça ne va pas fort, dit l’Épouvantail en souriant, car c’est bien ennuyeux d’être là, perché nuit et jour, à effrayer les corbeaux. – Vous ne pouvez  pas descendre ? – Non, ce pieu est enfoncé dans mon dos. Si vous vouliez bien me l’ôter, je vous en serais très reconnaissant. Dorothée se hissa jusqu’aux deux bras et enleva le mannequin, qui, bourré de paille, ne pesait pas lourd. – Merci beaucoup, dit l’Épouvantail, une fois posé à terre. Je me sens un autre homme. Dorothée était très intriguée ; un homme en paille qui parlait, qui s’inclinait et lui emboîtait le pas, tout cela lui paraissait plutôt bizarre. »

Maïté L

à suivre…

 

18 commentaires

  1. Maité, quel travail, quels jolis textes, quelles superbes photos, quelle émotion, quel partage !

    c’est incroyable ce que nos amis les épouvantails nous ont donné en joie, en fraternité, pour ce premier anniversaire des jardins de Bacchus.
    Nos jardiniers qui ont participé à ce festival des épouvantails sont aussi féconds que les parcelles qu’ils cultivent et partagent, aussi généreux que la terre qui nous nourrit.

    je suis bien heureuse que nos amis les épouvantails, non seulement n’effraient pas les oiseaux, mais éveillent en nous des parfums d’enfances, des ambiance de campagne, des réminiscences de temps anciens que nous n’avons probablement pas connus et qui nous ont été transmis. OU qu’on a rêvés ?

    Alors que vivent les épouvantails, il faut aller les voir cet été, les saluer, les prendre en photos, voir leurs petits noms, l’ingéniosité de leurs créateurs…
    Merci merci merci !

    Chantal

  2. Quel bel (et joyeux) article; j’aime les épouvantails; ils font sourire!
    Maïté, les choses à la maison ne sont pas trop « top », merci de me permettre de m’évader, de rêver; reviens-nous souvent sur ce ton…………Gros bisous, bon week-end (la tricoteuse, Bacchus, je reviendrai les revoir, eux, et leurs copains)!!

  3. Bonjour chère Maïté, quel joli billet joyeux, coloré et plein d’humour. C’est un grand plaisir de voir tous ces épouvantails. J’aime beaucoup et je me souviens du temps de mon enfance où j’en voyais dans les champs mais pas aussi jolis. Il me semble qu’ils étaient vêtu de noir!
    Merci du partage de cette belle fête champêtre 🙂
    Je t’embrasse fort

  4. On n’en voit plus guère chez nous, sauf à l’Ecomusée. Pourtant c’est toujours le coté festif d’un potager d’avoir son épouvantail. Je les aime beaucoup et j’ai toute une collection de portraits
    .
    Le petit bonhomme farceur qui te taquinait a vraiment joué le jeu dans ce jardin de conte 🙂 Lui as tu fait un clin d’oeil ? Ou mieux encore, tiré la langue, pour lui laisser un souvenir rigolo ? Pas sérieuse fifi ce soir 🙂
    Bisous Maïté ! Merci pour ce joli billet !!!

  5. @ Chantal

    merci pour ton long message passionné. Je continuerai à publier des photos car aucun témoignage n’est de trop. Les épouvantails produisent bien plus d’effets que tout ce que l’on pouvait en attendre et apparemment dérangent, non pas comme épouvantails mais comme aboutissement d’une union entre jardiniers et toutes les personnes désireuses de créer du lien social entre les individus.J’en dirai plus dans mon prochain billet.
    Je suis heureuse d’avoir vu tous les épouvantails dans leur splendeur… Et de t’avoir vue dans ta parcelle prometteuse si je me fie aux tomates bien avancées en maturité.
    Pour le reste…

  6. @ Anne

    Je suis contente que les épouvantails te donnent une bouffée d’air et de joie.
    Je te souhaite beaucoup de courage, même si je sais que tu en as et mille raisons d’espérer.

  7. @ Denise

    comme toi, j’ai le souvenir des épouvantails de mon enfance, plutôt sinistres, plantés de travers dans les champs ou secoués par le vent, avec leurs habits de couleur sombre en guenilles, leurs bras de bois en croix. Ils s’animaient seulement lorsque les corbeaux les adoptaient… Et comme ces derniers sont intelligents et n’ont pas peur de grand chose, un peu comme les étourneaux, les épouvantails servaient de perchoir!
    Je t’embrasse, Denise. à bientôt.

  8. @ Fifi

    heureusement il y a quelques festivals ici ou là et quelques initiatives heureuses comme celle à laquelle a participé Chantal.
    Il y a aussi quelques variantes
    le smounaques de Campan aperçues dans le passé:

    https://www.youtube.com/watch?v=GfpeuDp14zI

    et celles de Vensac

    https://www.youtube.com/watch?v=Vq7YDOnW5Yw

    Pour le groupe d’enfants et le petit bonhomme en particulier, surpris autant que j’ai pu l’être, amusée par son sens de la répartie, je n’ai su que partir d’un grand éclat de rire et observer avec délice la fraîcheur enfantine de découverte de chaque épouvantail.
    Depuis… Il s’est passé des choses dans le jardin!
    Je t’embrasse, Fifi. Merci d’être venue quand tu as tant à faire.

  9. @ Henriette
    Bienvenue ici. Merci d’avoir laissé un mot gentil.
    merci d’avoir apprécié comme j’ai moi-même apprécié les réalisations.
    Bonne cueillette au jardin et vive tout ce qui crée du bonheur chez vous, chez les passants et chez les lecteurs.

  10. Superbe parcours dans ce jardin partagé, y placer des épouvantails est une superbe initiative pleine de poésie. Les textes choisis sont également très beaux : Les épouvantails ne seraient t’ils pas le reflet de nos imaginaires ? En ce qui concerne leur fonction première, je pense que les épouvantails ne font pas plus peur aux oiseaux qu’aux humains… Tout au plus s’en servent-ils de perchoirs !

  11. @ Serge

    merci d’apprécier l’ensemble. Y a-t-il de tels vécus du côtés de la Bretagne: jardins partagés et épouvantails?
    Bien sûr, convier l’imaginaire est indispensable. Ne pas perdre cette faculté à laisser son esprit gamberger, s’évader facilite la vie. Quant aux oiseaux, à voir comme ils sont assistants jardiniers dans mon jardin avec perchoirs improvisés, ils ne doivent pas se priver dans les jardins avec épouvantails. Curieux et facétieux comme ils sont,surtout les merles rien ne leur échappe.Depuis les grands arbres, ils ont une vue en contrebas formidable.

  12. Merci Maïté pour l’épopée des Elfes de jardin…
    Hélas, le temps des corsaires ne sera jamais révolu…
    Comme tu as pu t’en apercevoir par le passé, je détiens un grand pouvoir de sublimation !!!…???… que j’exercerce à profusion…
    Tout en le regrettant, j’affirmerai… que le temps des corsaires n’est pas révolu… que notre allié, Harry Potter n’a pas tué Voldemort…
    J’affirme que c’est le vent de mer qui a soufflé sur la magie au parc…
    Parce qu’avec le vent, on ne peut pas jouer au redresseur de tort et qu’ainsi, nous demeurons tout en gentillesse, à l’instar des épouvantails… ??? !!!
    Bien à toi…

  13. @ alphathanoromega

    C’est une saine attitude qui est la tienne, sachant que  » Voldemort » se démultiplie et refait surface sous une forme ou une autre: l’actualité ne le démentira pas, puisque même dans le cyclisme…
    Il se peut en effet que tu aies raison et que le vent de mer reprenne ses droits lui qui accompagna les flots bien plus loin dans l’intérieur des terres de notre département par le passé. Il laissa ainsi se déposer des coquilles dans le creux desquelles il lui plaît sans doute de venir déposer de belles histoires.
    La gentillesse vaincra.
    Merci pour cette bouffée d’oxygène iodée: nos idées ne s’en plaindront pas!Notre sérénité non plus!
    Bel été, Marie-Christine et merci encore.

  14. En qualité d’ancien jardinier, je te le confirme, les épouvantails sont bien doués d’une vie nocturne à la manières des statues de parcs publics, comme le chantait Charles Trenet. Et avec une telle compagnie, nul doute que les fêtes doivent être belles.
    Bravo à tous ces créateurs de rêve.
    Amicalement.

    Roger

  15. @ Roger Dautais

    merci de ta sympathique visite et de ton avis éclairé… Les créateurs de rêve ne sont jamais assez nombreux!
    Evidemment il faut les encourager et leur dire, vous dire combien nous avons besoin de vous et combien nous vous admirons.
    Amicales pensées.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *