Aliénor d’Aquitaine et le futur roi quittent Bordeaux après leur mariage- 7-

vue depuis le clocher de l’église Saint-Michel

1-Aliénor et Louis quittent Bordeaux

Suger gardait le visage soucieux car le roi agonisait. Le temps pressait. Il devenait nécessaire d’écourter les fêtes du mariage sans froisser les susceptibilités des invités.

Il fallut quitter Bordeaux.

« …sans doute, si rieuse et si résolue qu’elle fût, eut-elle en se retournant un long regard pour la cité qui lui apparaissait en contre-jour dans le soleil couchant, quand elle eut à son tour traversé la Garonne : Bordeaux avec ses remparts remplis d’ombre et, se découpant sur le ciel doré, les clochers de sa cathédrale et de ses neuf églises, les colonnes de l’antique palais Tutelle* tout proche de la ville et, plus loin, les anciennes abbayes : Saint-Seurin, Sainte-Eulalie, Sainte-Croix, près du rivage — tout ce coin de terre vénérable qu’on pouvait embrasser d’un coup d’œil au creux du fleuve arrondi et paisible… »RÉGINE PERNOUD/Aliénor d’Aquitaine.

Musée d’Aquitaine

Le Port de la Lune depuis le clocher de l’église Saint-Michel

Il s’agit là de la vision du Port de la lune dont on peut admirer encore de nos jours l’harmonieuse courbure. Sur le blason de la ville de Bordeaux la configuration de la Garonne à cet endroit précis est représentée par un croissant de lune argenté sur fond bleu du fleuve. En faisant un bond dans l’Histoire, en nous projetant bien des années plus tard, nous remarquons au centre des armoiries, l’ancien Hôtel de ville (La grosse Cloche) et ses quatre tours disparues, surmontés par le léopard des rois d’Angleterre, en souvenir de la domination anglaise (1150 à 1453).

Richard Cœur de Lion avait pour symbole deux léopards.

NB: Les Piliers de Tutelle, monument de l’époque des Bituriges (peuple celte) ont été localisés grâce à des fouilles, près du Grand-Théâtre actuel .

L’Hôtel de ville de Bordeaux

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2-Quand Aliénor revint-elle en Aquitaine pendant qu’elle fut reine de France?

En 1141, Louis VII et Aliénor tinrent leur cour en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

En 1146, ils revinrent en Aquitaine pour lever l’argent nécessaire à leur organisation de la croisade.

-Ils revinrent une dernière fois ensemble à Bordeaux en 1152 (début d’année).

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3-Après son mariage avec Henri Plantagenêt en 1152, quand Aliénor  revint-elle à Bordeaux ?

-A Noël 1156, le roi et la reine tinrent leur cour à Bordeaux.

-En 1156 également, Aliénor confirma les privilèges de l’abbaye de Sainte-Croix à Bordeaux dont la façade romane date de la deuxième moitié du XIIème siècle et fait référence à l’art roman saintongeais. L’abbaye fut l’objet de toutes les attentions sous Guillaume IX qui lui permit de s’agrandir et d’étendre son emprise sur les monastères de Soulac et Saint-Macaire. Les possessions de cette abbaye seront encore agrandies sous Guillaume X.

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4-L’ Abbaye de Sainte-Croix:

vue depuis le clocher de l’église Saint-Michel

 

L’église Sainte-Croix en 2009. Depuis, le parvis est pacifié: plus de stationnement.

 

 

5- L’abbaye de la Sauve-Majeure:

-En 1156 Le roi Henri II et la reine Aliénor séjournèrent au Palais de l’Ombrière et à l’abbaye de La Sauve-Majeure qui se trouve à une trentaine de km à l’est de Bordeaux. Aliénor offrit à cette abbaye terres et dons pour assurer sa construction qui fut terminée en 1220). La construction de l’abbaye bénédictine de la Sauve-Majeure fut favorisée par Guillaume VIII (arrière- grand-père d’Aliénor). La Sauve-Majeure a été érigée en sauveté par Guillaume IX.

 

Dans le livre de KATY BERNARD LES MOTS D’ALIÉNOR, on peut lire une charte rédigée en faveur de cette abbaye :

  • «… Nous nous sommes rendue, dans ce voyage, au même monastère de la Sauve où nous avons appris par le témoignage de personnes de qualité et dignes de foi et avons vu de nos propres yeux que c’est un lieu saint, tant en son chef qu’en ses membres, et qu’il a grande réputation grâce à leur piété et à leur religion. C’est ce qui a fait que nous nous sommes recommandée à leurs prières, ainsi que les deux âmes des deux rois susnommés* et qu’afin que notre visite ne leur soit pas inutile nous confirmons par ces présentes tous les privilèges et voulons que nos successeurs les confirment et les ratifient. »
  • NB-Les deux rois cités dans la charte relative à La Sauve-Majeure sont Henri II et Richard Cœur de Lion

à son apogée et actuellement, après bien des vicissitudes historiques.

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6-Aliénor et sa descendance:

  • De 1167 à 1173, Aliénor fit découvrir le duché à son fils Richard.

 

  • A la mort de Richard, elle séjourna à Bordeaux le 1er juillet 1199 afin de faciliter la tâche de son dernier fils Jean sans Terre.

 

  • Elle fit étape à Bordeaux une dernière fois en 1200, à son retour d’Espagne où elle était allée chercher la future femme du futur Louis VIII.

 

  • Ces précisions de dates sont extraites du remarquable livre « HISTOIRE DE BORDEAUX » par ANNE-MARIE COCULA

Au MUSÉE D’AQUITAINE, ON PEUT ADMIRER LA COPIE DU GISANT D’ALIÉNOR D’AQUITAINE. L’original se trouve à FONTEVRAUD.

à suivre.

 

13 commentaires

  1. @ nicole81occitanie

    Merci pour votre visite et bienvenue dans le sillage d’Aliénor. d’Aquitaine. J’irai aussi plus longuement chez vous où ça fleure bon l’Occitanie.

  2. Que tout cela est beau et émouvant parfois ! Je n’aurais jamais deviné que cette lune sur les eaux désignait un port, je ne l’oublierai pas (plus facile à retenir que les dates).
    Merci, Aliénor de la blogosphère, pour les explications et pour les photos.

  3. Bonjour, tes photos me ramènent bien sûr à Bordeaux où je me rends plusieurs fois par an mais surtout me transportent au mois d’avril dernier où je suis allée faire des croquis à la Sauve Majeure. Les lieux étaient déserts, et en me promenant, j’ai découvert un très joli lavoir en contrebas du village. L’as tu vu ?

  4. @ Tania
    Tu es donc d’accord avec moi pour dire que la dénomination de « port d ela Lune » est très imagée et très poétique.
    Quant aux dates, il s’agit pour moi en les regroupant ici de les avoir sous la main car je ne les retiens pas non plus. Par contre, elles me permettent de constater qu’Aliénor était beaucoup plus souvent ailleurs qu’à Bordeaux pour ses cours, notamment à Poitiers.

  5. @ Chinou,
    je me souviens d’avoir lu ta pérégrination dans et autour de Bordeaux et je t’avais répondu en date du 9 avril que je ne connaissais pas ce lavoir à La Sauve-Majeure mais plutôt les restes de l’abbaye. Je l’ai découverte dans ma jeunesse et y suis revenue plusieurs fois, notamment lors d’une visite guidée. Par contre l’importance accordée à La Sauve-Majeure par la famille d’Aliénor d’Aquitaine est une découverte récente.

  6. Bonjour Maïté, merci pour toutes ces infos, dont les léopards du coeur de Lion:-))

    Tes photos sont absolument superbes, quelle belle lumière, un tout grand merci.
    je t’embrasse

  7. Ton reportage photographique de l’Abbaye de la Sauve-Majeure est émouvant par ses belles lumières et ses ruines si touchantes de par leur témoignage…Et puis ton « calendrier » des séjours d’Aliénor à Bordeaux de même, comme de précieuses traces de ton admiration et de ton affection pour elle.

    Je reviens d’un séjour chez nos petits, épuisée par leur vivacité et par la chaleur 🙂

    Bonne semaine, Maïté !!!

  8. @ Colo
    un grand merci à toi d’être passée.Toutes les photos ont été prises petit à petit au fil des ans.
    Tu as remarqué les deux léopards de Normandie, qui bien sûr ont été enlevée à la fin de la domination anglaise.
    Je t’embrasse.

  9. @ Fifi

    La Sauve-Majeure a eu un sacré destin.C’est un chef-d-œuvre de l’art roman, fondé dans la silva major,célèbre pour ses chapiteaux historiés.
    Après la Révolution, elle n’est plus qu’une ruine . Elle a été exploitée comme carrière de pierre, puis classée monument historique en 1840.
    A noter qu’elle a servi de prison puis d’École normale d’instituteurs (la première) jusqu’à l’incendie de 1910.
    Elle est devenue propriété de l’État en 1960.
    Sur les chapiteaux, on reconnaît des scènes historiées: le péché originel, Daniel dans la fosse aux lions, la vie de Samson, la décollation de saint Jean-Baptiste, des animaux fabuleux et les fameuses feuilles d’acanthe( à la suite d’une visite , j’ai voulu en avoir dans mon jardin).
    Le musée, à côté de l’abbaye vaut vraiment le détour.
    Chère Fifi, essaie de te reposer. J’ai fait plusieurs petits tours chez toi mais n’ai pas encore laissé de mots; je reprends tout doucement le chemin des blogs.
    Je t’embrasse.

  10. J’aime beaucoup le texte choisi de Régine PERNOUD dans Aliénor d’Aquitaine qui est un délice de concision à travers un texte ciselé. Le porche de Saint Sauve me renvoie au souvenir de ma visite à l’église Saint-Pierre d’Aulnay en Saintonge, elle préservée des vicissitudes de l’histoire.

  11. L’abbaye de la Sauve Majeure a été édifiée près de l’église Saint-Pierre.Cette église templière, sobre, a été construite en 1083 par Gérard de Corbie, moine bénédictin sur des forêts données par Guillaume VIII. Elle fut reconstruite au XIIème siècle , puis au XII ème. L’abbaye de la Sauve était sur la route de saint Jean de Compostelle. Ne pas oublier que Guillaume VIII était aussi duc de Poitiers, donc, il y a , à mon avis des liens entre régions qui apparaissent dans les constructions.

  12. Je te remercie, Maïté d’être venue feuilleter mon carnet de voyage. Je partage ton goût pour le dernier croquis que j’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser. A propos de B;Venet, dois je comprendre qu’il a posé ses sculptures monumentales à Bordeaux ?

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