Aliénor d’Aquitaine:une vie intimement liée à l’Abbaye de Fontevraud- 12_

« La plus populaire des reines de France a passé ses quatorze dernières années près de l’abbaye où elle est enterrée… »

MARTIN AURELL, historien, médiéviste, spécialiste de l’Histoire des Plantagenêt. Il est LA référence pour beaucoup d’écrivains cités dans mes différents billets. Il a notamment écrit  » L’EMPIRE DES PLANTAGENÊT ».

ALIÉNOR D’AQUITAINE est liée à FONTEVRAUD par sa famille; sa grand-mère Philippa, comtesse de Toulouse était proche de ROBERT D’ARBRISSEL.

Elle y est allée pour la première fois en 1152, au moment où Mathilde d’Anjou, tante d’HENRI PLANTAGENÊT y est abbesse.

Elle y signe alors une charte de son seul nom:

« Moi, Aliénor, par la grâce de Dieu, après avoir été séparée pour cause de parenté de mon seigneur, Louis le très illustre roi de France, et avoir été unie par le mariage avec mon très noble seigneur, Henri, comte d’Anjou, touchée par une inspiration divine, j’ai souhaité visiter la sainte congrégation des vierges de Fontevrault et, par la grâce de Dieu, j’ai pu réaliser cette intention que j’avais dans l’esprit. Je suis donc venue, conduite par Dieu, à Fontevrault, j’ai franchi le seuil où se rassemblent les moniales et là, le cœur plein d’émotion, j’ai approuvé, concédé et confirmé tout ce que mon père et mes ancêtres ont donné à Dieu et à l’église de Fontevrault, et en particulier cette aumône de cinq cents sous de monnaie poitevine que mon seigneur Louis, roi de France, qui était alors mon mari,  et moi-même, nous avions donnée. » 

Petites et grandes donations se sont succédé au fil des ans. Par exemple, à un moment donné, ALIÉNOR confirme la donation de  » 20 livres de Rouen prises sur les revenus du port de Dieppe pour permettre au monastère d’acheter des harengs à la Saint-Michel. »

RÉGINE PERNOUD: « LA FEMME AU TEMPS DES CATHÉDRALES »

*à noter les 3 orthographes du lieu utilisées au cours des âges: Font-Evrault, Fontevrault et Fontevraud actuellement.

ALIÉNOR réside notamment à FONTEVRAUD, idéalement placée au cœur du territoire Plantagenêt, après le retour de captivité de RICHARD CŒUR DE LION de 1194 à 1199, jusqu’à la mort de ce dernier. Mais elle devra revenir vers le monde pour gouverner aux côtés de JEAN SANS TERRE.

Il me reste à partager ici des extraits d’une lecture récente, celle du roman historique LA RÉVOLTE/ CLARA DUPONT-MONOD

(FONTEVRAUD) un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur

« (Fontevraud)C‘est un lieu que ma mère et moi aimons éperdument, un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur. Depuis toujours Aliénor en prend soin. Elle a prévu une rente pour l’achat des robes des religieuses, offert une croix de procession en or,des ornements liturgiques en soie, lancé la construction des murs autour de l’abbaye. Jean n’avait pas sa place dans cette cité de silence, repliée sur un magnifique jardin. Il y a de longs couloirs en arcades, au solde damier noir et blanc, de hautes fenêtres qui donnent sur les vignes plantées en terrasses.Le toit des cuisines domine l’ensemble, un toit hérissé de piques pierreuses et de cheminées sous cloches, d’où s’échappe l’odeur des poissons fumés. Enfant, je me souviens du silence et de la pâleur de la pierre. L’air semblait immobile, sans un bruit… »

Les cuisines romanes

Cette quiétude, c’était sa part manquante

« Soudain, je me souviens de l’abbaye de Fontevraud, où les moniales mangent sans un mot et sans visage en face d’elles. Rien ne m’avait plus impressionné que ce rituel. Trois cents femmes assises à de longues tables sous une charpente immense, chacune montrant son dos à celle placée derrière elle, dans un réfectoire tourné vers le soleil…J’avais compris l’attachement de ma mère pour cette abbaye. Cette quiétude, c’était sa part manquante. »

les chardons bleus de Fontevraud

« Ma mère… Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu. A mes côtés. On la sculptera couchée, les pieds vers l’Orient. Cette statue se tiendra là, sous des voûtes irradiées de lumière… Entre ses mains, on sculptera un livre ouvert, de pages blanches. »

« Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu.«  Elle qui eut un destin d’exception et un caractère libre.

Deux fois reine, elle continue à nous subjuguer. Si vous voulez la voir vivre, et c’est absolument magique, plongez dans les deux romans historiques de CLARA DUPONT-MONOD.

Dans le premier, « LE ROI DISAIT QUE J’ÉTAIS DIABLE », ALIÉNOR vit par les yeux et les mots du roi LOUIS VII. Dans le deuxième paru récemment « LA RÉVOLTE« , elle est vue par les yeux et les mots de son fils RICHARD CŒUR de LION. Je trouve ce roman très attachant par son monologue poétique et hautement littéraire: la langue y est belle, comme les sentiments évoqués. La fiction, sous le contrôle d’éminents spécialistes, notamment MARTIN AURELL, ne permet-elle pas de combler les vides, de comprendre ce que fut la réalité d’une femme, d’une famille, d’une époque? De plus la couverture est très belle; on a plaisir à l’effleurer, à rêver. J’aurais aimé que la lecture de ce roman-monologue ne s’arrêtât jamais.

Merci à tous les auteurs cités au fil des billets. J’ai encore tant à apprendre.

Merci à ceux et celles qui m’ont lue jusqu’au bout. Si je suis passionnée par le personnage d’ALIÉNOR, je ne suis ni une inconditionnelle de la royauté, ni ne cherche à excuser les pages sombres de sa vie. Ce qui m’attire, c’est ce destin de femme libre, compte-tenu de la période historique. Je cherche à COMPRENDRE de fil en aiguille…

Récemment, j’ai aussi relu ‘L’HOMME-JOIE de CHRISTIAN BOBIN et il me semble que cette citation trouve sa place ici:

« Les morts sont des gens étranges. Leurs paupières ont la lourdeur des pierres de monastère. On les dirait captifs d’une lecture indéchiffrable. »

Pour terminer je vous souhaite une bonne visite de FONTEVRAUD en suivant le lien:http://www.fontevraud.fr/Visiter-Fontevraud/L-abbaye-Royale-de-Fontevraud-vue-d-un-drone

17 commentaires

  1. Hyper- documenté. Quelle passion, pour ce grand personnage!!!!
    Je vais le relire et ce que tu dis de tes lectures, même si ma table de nuit croule en permanence sous les bouquins….
    En tout cas, j’ai pensé à toi, en offrant à une de mes petites- filles ce livre sur Aliénor; une excellente collection!
    Bises admiratives

  2. Coup de cœur aussi pour les cuisines romanes qui m’avaient séduite…
    Je note toutes ces références à explorer avec grand plaisir… un vrai enrichissement de ce que j’avais modestement abordé…
    Un destin hors-norme, un lieu tout à fait spécial et remarquable, des personnalités qui ont marqué l’Histoire de diverses manières…
    Comment ne pas ressentir cet envoûtement qui déclenche une passion éclairée où peuvent s’exercer à la fois l’intérêt, la curiosité, l’admiration et l’esprit critique… … …
    Fouiller, apprendre, découvrir davantage, un peu plus encore… et essayer de comprendre… Belle invitation !
    Textes, commentaires et tes photos fort réussies et bien choisies ont su, au fil des billets, nous embarquer superbement !
    La quiétude du Lieu est perceptible à travers ton billet… Il y a quelque chose de magique…

  3. Comme Cerise, j’ai trouvé les cuisines romanes étonnantes. J’ai été aussi fasciné par le gisant d’Aliénor, il s’en dégage quelque chose de fort. Un sentiment mélangé de force, de sérénité, de pouvoir intemporel. Bref je ne sais pas trop comment décrire, en tous cas j’ai été impressionné de ma présence ici. Pour le reste je salue le travail documentaire, la sélection d’extraits qui donnent vie à ton récit. On ressent ta passion pour Aliénor malgré cela tu as réussi à la concilier avec la sobriété du récit.

  4. @ Anne
    Merci.
    Tu as fait un très bon choix pour ta petite-fille.
    Je nourris certes une passion pour le personnage d’Aliénor et les lieux qui témoignent de son passage, mais cette passion n’est pas exclusive; simplement, il me fallait faire le point au bout de tant d’années où je me suis intéressée à elle en filigrane.

  5. @ CeriseMarithé
    Merci.
    Terminer avec Fontevraud s’imposait avec toute sa singularité; un lieu qui traverse les âges et a su, malgré tout, prendre le virage de la modernité, après bien des vicissitudes. Fontevraud est entrée dans l’ère numérique et culturelle.
    Tu as noté les cuisines romanes qui sont un symbole de Fontevraud. Les cheminées coniques avec leur couverture d’ardoise en écaille de tortue sont une des premières choses que l’on voit en entrant dans l’abbaye.Cela leur donne un petit air oriental, je trouve.
    Comme toi je garderai le souvenir de la quiétude des lieux, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.
    Bien sûr, il manque à cette suite de billets un lieu qui a été très important pour Aliénor d’Aquitaine, comtesse du Poitou: je veux bien sûr parler de Poitiers qui fera l’objet de visites un jour, c’est certain.

  6. @ Tania
    Merci.
    Ah! Toi aussi tu aimes les chardons bleus! J’en ai un pied depuis quelques années dans mon jardin, mais il ne veut plus faire de chardons et je suis un peu déçue: il faut dire que les températures estivales ont changé au fil des ans.
    Tu ne seras pas déçue avec le livre « La Révolte ». Lors de la première lecture, j’avais moins aimé  » Le roi disait que j’étais diable », mais je l’ai relu et je l’ai perçu différemment, il m’a plu; comme quoi, les circonstances de lecture sont importantes.

  7. @ Sergio
    Merci . tu as ressenti la même chose que cerisemarithé ou moi. C’est donc que ce lieu est magique et dégage un quelque chose d’indéfinissable. Si ça passe au travers de l’image et des textes, des citations, tant mieux.
    En effet, il m’a fallu faire des choix pour présenter le personnage et les lieux, sans verser dans le pathos ni la grandiloquence et en m’appuyant plutôt sur des citations importantes pour la compréhension. Il sera bon ensuite, que chacun se fasse sa propre idée du personnage si vous venez à croiser les lieux; car le but à atteindre est de donner envie de découvrir, n’est-ce pas?

  8. « « Les morts sont des gens étranges. Leurs paupières ont la lourdeur des pierres de monastère. On les dirait captifs d’une lecture indéchiffrable. » La citation de Bobin va à merveille au gisant d’Aliénor lisant !

    Merci Maïté, de nous avoir partagé ta passion pour Aliénor, « femme libre » ! La passion pour un sujet permet d’approfondir mais aussi d’élargir sa compréhension et sa connaissance et rejoindre finalement un peu tous les domaines de l’Histoire, de la vie…
    Je vais me procurer « La révolte » de Clara Dupont-Monod dont la seule couverture me séduit.
    Coup de coeur aussi pour les chardons bleus de Fontevraud, qui honorent Aliénor et ce beau lieu !
    Belles fêtes à toi et à tes proches !!!

  9. @ Fifi
    Merci.
    Je suis contente que ce sujet t’ait plu et que tu te lances dans la découverte des écrits de Clara Dupont-Monod sur Aliénor. Tu me diras. Ces monologues sont, semble-t-il dans l’air du temps (voir mon billet théâtre-rock sur Jean Sans Terre).
    Ah! les chardons bleus!J’étais plus habituée à les admirer du côté de chez Denise (Suisse).
    Belles fêtes , entourée de tes petits et grands. Je t’embrasse bien fort, chère Fifi.

  10. Tu as réussi, grâce à tes recherches, lectures et photos, à me passionner au fil de tes billets! Un tout grand merci!
    je te souhaite des jours aussi paisibles que ceux de cet endroit magique.
    Je note ces deux livres avec plaisir.
    (Superbes chardons bleus, oui, oui!)
    Je t’embrasse fort

  11. Merci Maïté pour tout ce que vous donnez, tant de beauté et d’histoire
    Merci pour vos mots, votre fidélité … je vous souhaite de belles fêtes
    dans l’amour et la tranquillité.

  12. @ Maria-D
    merci pour vos pensées. A mon tour je vous souhaite une belle fin d’année, comme vous les aimez. Pour nous, en effet, tout se déroule dans le calme et la tranquillité.

  13. @ Pastelle
    Merci d’être passée.
    Oui les parts manquantes sont partie intégrante de l’Histoire de chaque individu, que l’on soit puissant ou pas.

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