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Les fêtes intimes d’une amitié éprise du même langage, la marche côte à côte sur le sentier des étangs où chacun suspend son pas aux rumeurs amoureuses des oiseaux

Louis-René Des Forêts/ Ostinato

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Entre le ciel et nous  

Les lampions du soleil

Rouge treillis infranchissable

où les plans d’eau refuge

peaufinent la vie

les cris des mouettes

le calme

solitaire

aussi.

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L’aigrette garzette

Et les cigognes venues en voisines

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Un instant parmi tant d’autres sur le sentier du littoral

au Domaine de Certes

pas à pas et photos mots à mots: Maïté L

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Domaine de Certes, au bord du Bassin

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« Tout ce qui ne peut se dire qu’au moyen du silence, et la musique, cette musique des violons et des voix venues de si haut qu’on oublie qu’elles ne sont pas éternelles »

Louis-René Des Forêts/ OSTINATO

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Géo-graphiquement l’absence

Les lignes parallèles infranchissables

Le ciel comme boussole vive

Et ses messagers les nuages

L’imaginaire ombre et soleil

Orfèvre dorant le pourtour

D’un trait fin peut-être,  enfin le sourire

Entre ciel, terre et eau

Le regard aimanté pour

Ne pas perdre le sud et l’ouest

Où se couchent les incertitudes

Parfois plus terre que ciel pluie de fer-blanc.

Mettre les pas dans les dialogues d’ oiseaux

Et l’oubli de la condition de mère

Jetant au vent des lambeaux de roseaux

Un jour sur le plateau de Gergovie

Là-haut le père et l’enfant

Mêmes cirés bleu marine sur les monts

Aux herbes folles, absence de bateaux,

Inaudibles pas, vision fugitive, frêles tentatives de l’être

Toute parole inutile, sifflements vengeurs de l’Histoire.

Mirage aux heures des sentiers tracés

Au bord des pieux iodés ; l’eau, avec la marée

Clapote et emporte au loin les pans immobiles

Du passé retiré dans les limbes de l’enfance.

D’autres Géo-graphies viendront

Sur les pas incertains courant à l’aventure

D’autres destins croisés, des petites mains potelées

Cueillant le sud au détour d’un sentier

Où fleurit la Celtitude

Où les mûres rappellent  l’été

Les senteurs légères d’une vie à inventer.

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Photos Maïté L et les mots jetés au vent aussi.


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C’est avec cette dernière image emportée du Domaine de Certes que j’ai souhaité rendre hommage à

EDOUARD GLISSANT.

Non pas que je me targue de connaître ce poète. J’avais simplement envie de le lire et j’avais acheté récemment son livre

Pays rêvé, pays réel.

Je lui laisse donc la parole. Parce que ses mots continueront à habiter longtemps les terres d’eaux dont il était issu.

« Je suis partisan du multilinguisme en écriture, la langue qu’on écrit fréquente toutes les autres. C’est-à-dire que j’écris en présence de toutes les langues du monde. Quand j’écris, j’entends toutes ces langues, y compris celles que je ne comprends pas, simplement par affinité. C’est une donnée nouvelle de la littérature contemporaine, de la sensibilité actuelle : fabriquer son langage à partir de tant de langages qui nous sont proposés, par imprégnation, et par la télévision, les conférences, les musiques du monde, poèmes islandais ou chants africains. Non pas un galimatias, mais une présence profonde, et peut-être cachée, de ces langues dans votre langue. »

Propos recueillis par Lila Azam Zanganeh et publiés dans Le Monde en 2006.

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 » Au chemin qui navigue est un clos où des rus s’enlacent,

l’esprit qui veille est un danseur, soûl de ses mains lassées. »

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« Maintenant c’est la nuit,l’étape a posé sa ruche dans le silence.

Une étoile dessine à l’aquavive son vieux rêve.

Des tessons brûlent à demi. »

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« L’oeil dérobé nous a suivis, où l’eau dormait en son givre:

L’ordre des mots ne distrait pas le monde. »

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« L’INNOMÉ

Les yeux en gale les yeux

Brûlent autour de vous

La mort en parchemin

Crayonne les os un à un. »

Edouard Glissant

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Et la nuit tomba

De ses heures écorchées

En corolles où les flammes avaient regagné leur couche

Circonvolutions d’œillets dans les plis desquels les lèvres étaient liées

A des martèlements de tambours battant l’angoisse

Le dilemme, la peur, les mots aux angles non équarris

Insomnie jouant à saute-mouton tombant dans le vague

De l’inconnu au manteau de fantôme grisé, noirci d’échos

Refusant la clarté et la douceur apaisante

Froissant sur l’oreiller le grain de peau de la joue

Désarticulant le corps comme un pantin

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Et la nuit tomba

A nos pieds de statues du soir, devant nos yeux incrédules

Occultés par le voile de lumière lancinant et tombant dru

S’échappant en bribes, en papillons impressionnistes.

Il y avait tant de jours oubliés, qui n’avaient pas été consommés

Tant de paroles rentrées en gorges profondes, tant de sensations

De peaux veuves du toucher, tant d’années écoulées dans l’oubli

De soi, de l’autre et des océans muets malgré leurs ardeurs de marées

Tant de soleils venus se mirer dans les eaux bleues, dans les eaux irisées

Tant de mots à la coque vide flottant au gré des sourires figés sur la toile

Parcheminée de poussière jamais chassée et qui retombait au gré des vents.

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Et la nuit tomba

Elle pantelait comme  tant d’espoirs blessés, abandonnés à l’épreuve du temps.

Elle s’abandonna et se laissa flotter dans les particules immatérielles

Succédant à chaque incendie, à chaque avancée des flammes du couchant.

L’homme avait oublié son filet à papillons de lumières dans le coffre des jours.

Il se contenta des rayons obliques qui l’obligeaient à fermer ses paupières

Emportant dans son cœur quelques semelles d’oubli, quelques semelles du vent

Quelques envols qui l’avaient surpris et l’avaient laissé encore plus riveté au sol.

Il s’en alla de son pas pesant, retrouvant les tambours au tempo hallucinant

Chaque minute le rapprochait du monde noir où il percevait de la lune

Les plein similaires à ses  vides qui le poussaient à mettre les voiles.

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Si le domaine de Certes m’était conté:

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Le ciel bayadère

Ou berlingot roulant sous la langue

Orange passion funeste

Ou rêves grenade non dits.

Le ciel a l’ incroyable clameur pantelante

De ses feux d’amour semés atout vent

L’irréel jeté à nos pieds

Nos bouches closes.

Roses les eaux des chenaux.

Roses les passe-temps

Sur le sentier.

Rose conte à rebours.

Maïté L

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Il arrive parfois que le bleu nous envahisse, nous garde à la lisière des mots, que la page reste blanche sous le plafond des heures penchant vers la terre.

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«  Ne croyez pas que tout ce bleu soit sans douleur »

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Point de naïveté, d’oubli durable mais un parti-pris de l’iris.

Le bleu n’est-il qu’un leurre, une illusion d’optique, un théâtre d’interdit?

Bleu suave, bleu de velours, flottant tel une brume sur le paysage.

Le paysage, ce costume de l’âme où glisser la légèreté du paraître.

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«  Nous sommes ici pour peu de temps : quelques mots, quelques phrases, si peu sous les étoiles, rien que cela, parmi tout le reste. Du bleu dans la bouche, jusqu’à la dernière heure. Voix blanche, voix tachée, conjurant la mort, écoutant sans effroi craquer les os du ciel et de la mer.« 

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Les citations entre parenthèses sont de Jean-Michel Maulpoix.

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à hauteur du regard, un bateau passe, glissant vers des contrées plus claires.

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Le regard captivé par  les touches pianotées rouge braise, or sur glace.Le soleil gagne les visages, généreux, horizontalement puissant.

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Aucun tremblement de l’air coupant comme verre à pied-d’œuvre versant le métal de l’hiver en fusion sur les dernières minutes possibles d’immobilité.

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Le regard de loin en proche à la recherche du labyrinthe hanté par le soir en couches successives, fondues, plaquées, superposées, révélées au plus offrant.

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Le souffle court sur le miroir des heures propices à l’envol de l’esprit.

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Décorporation.

Être le bateau qui rentre au port.

Être l’eau qui vient de la presqu’île.

Être le ciel dans son fourreau de danse maléfiquement pur.

Être.

Samsara.

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Être infiniment soir.

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Derrière les roseaux, une autre scène se préparait. La marée nourrissait l’espace mètre après mètre; Le soir venait en renoncement au jour. Le domaine de Certes s’endormait dans ses coins secrets. Côté Bassin, tout allait se jouer. Les rares promeneurs cédaient la digue: la frontière entre deux mondes antagonistes;la digue au-delà de laquelle les chasseurs se mettaient à l’affût. Comme le dit l’un d’entre eux, fusil prêt à la détente,  si les canards et autres sarcelles s’aventuraient hors de leur espace protégé, ils entreraient dans le champ de tir et deviendraient gibier. Il avait suffi d’une coloration subite du ciel; il avait suffi que le bleu ait moins de pouvoir pour que le renversement d’influences s’opérât.

Heureusement , tout le temps que dura le coucher du soleil, nous n’entendîmes pas un seul coup de feu.

Horreur et peur des armes.

« L’azur, certains soirs, a des soins de vieil or. Le paysage est une icône » écrit Jean-Michel Maulpoix; il trouve tant d’échos en nous tous avec son bleu qui est aussi le nôtre.Une icône, qui comme beaucoup d’icônes venait là de perdre sa valeur sacrée avec l’apparition du soir. Comme souvent, les icônes sont voisines des armes.

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