Archive for the ‘Poésie’ Category

A la mode de…

Mercredi, avril 11th, 2012

***

Un merle sur l’appentis haut perché

Tenait en son bec des propos printaniers.

Gonflant ses plumes par la pluie froissées

 Et se secouant sans arrêt, comme un prunier,

Il lui importait d’être  bien plus que princier,

De convier dans son royaume, haut et fort

La belle promise à plusieurs couvées

 Et de ses amours se faire le troubadour.

La girouette à tous les vents capricieux vouée

Faillit en perdre l’équilibre et le nord.

Le merle plein ouest ouvrait grand le bec

Gonflait sa gorge, piétinait et d’audace

Trillait, sifflait, et s’assoiffait sur la scène

Avant de redevenir un simple oiseau du jardin.

Il lui fallut bien redescendre au ras des pâquerettes

Boire à petites gorgées répétées car il s’était démené

Et s’ébrouer généreusement dans le baquet  prévu à cet effet.

Devant un public ravi, et qui ne ménagea pas ses compliments,

Il décida qu’on l’y reprendrait à venir réchauffer l’atmosphère

Des jours mouillés d’un temps pas toujours grisant.

Maïté L

 

 

***

*******

Photos  à la mode de  chez nous.

La Vague : sur un tableau de Cerise-Marithé

Mardi, août 23rd, 2011

 

***

Sur un tableau de Cerise-Marithé(65×46), un prolongement en mots.

Mes remerciements vont à celle qui sait donner des couleurs à mes rêves.

http://cerisemarithe.wordpress.com/

***

La Vague

 Intrépide elle frémit

 Comme en liesse

Vient à la rencontre

Du ciel limpide,

Comme timide.

 Elle creuse

Façonne les parois

Du vertige,

Attise  son élan, joue ses gammes

Tout en nuances.

Elle danse

Toujours plus haut, la gueuse.

Dans sa main de rosée, coquille boudeuse

Elle jette ses lèvres et des baisers plume,

D’écume.

Sitôt née, elle dit adieu

De son corps de féline moisson

Souple, joyeuse et nacrée.

Tendue vers le ciel jaillit la tentation

En échos diaprés.

Le sel goutte à goutte réveille la clarté

D’aurore

Venue pour  la chevaucher en

Ailes au cœur de pierre

La belle précieuse.

La Vague

Elle surgit à sa guise

Jamais aucun humain ne l’a prise

Jamais, dans ses mains il ne l’a tenue.

Elle s’élève jusqu’au paroxysme

Et puis se fond en glissant dans l’oubli.

La suivante sera plus sauvage, plus rugissante

Ou plus docile, plus captive

Plus ensorceleuse aussi.

Les forces abyssales  ou célestes

Garderont la mémoire  lilas de la lumière

Et le parfum du  sable mêlé aux frissons

Des profondeurs  vertébrées d’émeraudes.

Elle va, elle vient

Vague après vague

Elle divague

De ciel en mer

La Vague

L’unique

Celle de l’instant.

Maïté L

Femme de La Renaissance: PERNETTE DU GUILLET

Lundi, août 22nd, 2011

Couvent des Annonciades/ Bordeaux

***

Taguée par Lali, tout simplement, je joue le jeu de La Femme de La Renaissance.

 

Et là…me voilà bien embarrassée car je la voudrais un peu rebelle, éprise d’art et bien de son temps.

Non, je ne peux choisir Aliénor d’Aquitaine puisqu’elle est née bien avant. Je me languis de cette infidélité historique: que ne sont-ils nés quelques années plus tard elle deux fois reine  et ses troubadours.Je suis plus familiarisée avec le Moyen-Âge pour tout vous dire.

Non je ne peux choisir la reine Margot et son château de Cazeneuve en Gironde, lieu où elle cachait ses amours au roi Henri IV dans les souterrains et au bord du ruisseau:née  trop tard! Pourtant je vous assure que ce personnage aurait été digne de la Renaissance.

Mais j’irai donc du côté de Lyon et je choisirai…une poétesse, jeune qui s’est consumée d’amour et dont la chandelle des ans s’est bien vite éteinte. Je veux citer PERNETTE DU GUILLET(1520 ?-1545) .

Dames, s’il est permis

***

Dames, s’il est permis
Que l’amour appetisse
Entre deux coeurs promis,
Faisons pareil office :
Lors la légèreté
Prendra sa fermeté.

***

S’ils nous disent volages
Pour nous en divertir :
Assurons nos courages
De ne nous repentir,
Puis que leur amitié
Est moins, que de moitié.

***

Se voulant excuser,
Que leur moitié perdue
Peut ainsi abuser
Tant qu’elle soit rendue :
La loi pour nous fut faite
Empruntant leur défaite.

***

Si j’eusse été apprise
Comme il fallait aimer,
je n’eusse été reprise
Du feu trop allumer
Qu’éteindre j’ai bien su,
Quand je l’ai aperçu.

***

Ne nous ébahissons
Si le vouloir nous change :
Car d’eux nous connaissons
La vie tant étrange,
Qu’elle nous a permis
Infinité d’amis.

***

Mais puis qu’occasion
Nous a été donnée,
Que notre passion
Soit à eux adonnée :
Amour nous vengera,
Quand foi les rangera.

(Chanson V)

***

Elle rencontre MAURICE SCEVE au printemps 1536 ; il a trente-cinq ans et elle seize. Elle devient son élève. Leur amour impossible devient la source d’inspiration de ses poèmes, publiés post-mortem par son mari en1545 sous le titre Rymes de gentille et vertueuse dame, Pernette du Guillet. La plupart de ses vers ont été écrits pour être mis en musique et chantés. Quant à MAURICE SCEVE il publie Délie, un recueil de poèmes qu’il lui dédie sans la nommer.

PERNETTE DU GUILLET est morte à 25 ans, de la peste; hélas.

***

MAURICE SCEVE a écrit ceci: quel sublime aveu qui me va droit au coeur:

Plutôt serons Rhône et Saône déjoints

Que d’avec toi mon cœur se désassemble;

Plutôt seront l’un et l’autre Monts joints,

Qu’avecques nous aucun discord s’assemble;

Plutôt verrons et toi et moi ensemble

Le Rhône aller contremont lentement,

Saône monter très violentement,

Que ce mien feu, tant soit peu, diminue,

Nique ma foi décroisse aucunement.

car ferme amour sans eux est plus que nue.

********

Romantique moi? Peut-être…Peut-être…

Mais contente de trouver une belle romance, une poétesse dans ces ans où elles ne fleurissaient guère en nombre et puis

Je passe le flambeau du tag de la Femme de la Renaissance à Lautreje et à Maria-D ainsi qu’à Cerise-Marithé.

*******

Pour en savoir plus sur Pernette Du Guillet, rendez-vous ici

chez EUTERPE. Elle lui avait consacré un billet il y a un an.

*******

Andrée Chedid

Lundi, février 7th, 2011

*******

« L’amour comme la mort-qui naviguent hors du temps-lissent nos fronts, affinent nos visages.

Au bord de ce qui est vaste, le regard n’erre plus; et le souffle, complice de l’angoisse et des jours, trouve enfin sa paix« 

ANDREE CHEDID

*******************

Ceux qui me connaissent un peu savent combien j’ai eu de plaisir à revenir souvent  dans les écrits d’Andrée Chedid pour les lire et les faire connaître. Souvent ses citations accompagnaient mes photos.

L’âge était là. Et très récemment j’ai eu envie de lire son roman  » Les QUATRE MORTS DE JEAN DE DIEU ». Je me doutais que ce combat des héros face à la mort était prémonitoire. Ce livre m’a fait très mal surtout à la fin. mais il recèle aussi tant de beauté, tant d’amour, tant de douleur! la fin m’a laissée très démunie. Je ne dévoilerai rien de plus que ce que vous pourrez lire par ailleurs si vous faites la démarche de découvrir ce livre.

Je ne peux imaginer Isabelita que flottant, flottant comme Andrée Chedid au-dessus des siens: ses enfants et nous ses lecteurs qui savions que la fin était proche.

Parmi ses poèmes, je pourrais en citer certains qui s’accordent avec la nouvelle de sa mort: » LA TRAVERSEE DE L’ABSURDE » ou bien encore « EN FRICHE ».

***

Mais je terminerai plutôt sur

Brève invitée

à ma fille

Ma lande mon enfant ma bruyère

Ma réelle mon flocon mon genêt

Je te regarde demain t’emporte

Où je ne saurais aller.

***

Ma bleue mon avril ma filante

Ma vie s’éloigne à reculons,

A toi les oiseaux et la lampe

A toi les torches et le vent.

***

Mon cygne mon amande ma vermeille

A toi l’impossible que j’aimais

A toi la vie, sel et soleil,

A toi brève invitée.

ANDREE CHEDID

*******

Hommage à Edouard Glissant: Pays rêvé, pays réel.

Vendredi, février 4th, 2011

*******

C’est avec cette dernière image emportée du Domaine de Certes que j’ai souhaité rendre hommage à

EDOUARD GLISSANT.

Non pas que je me targue de connaître ce poète. J’avais simplement envie de le lire et j’avais acheté récemment son livre

Pays rêvé, pays réel.

Je lui laisse donc la parole. Parce que ses mots continueront à habiter longtemps les terres d’eaux dont il était issu.

« Je suis partisan du multilinguisme en écriture, la langue qu’on écrit fréquente toutes les autres. C’est-à-dire que j’écris en présence de toutes les langues du monde. Quand j’écris, j’entends toutes ces langues, y compris celles que je ne comprends pas, simplement par affinité. C’est une donnée nouvelle de la littérature contemporaine, de la sensibilité actuelle : fabriquer son langage à partir de tant de langages qui nous sont proposés, par imprégnation, et par la télévision, les conférences, les musiques du monde, poèmes islandais ou chants africains. Non pas un galimatias, mais une présence profonde, et peut-être cachée, de ces langues dans votre langue. »

Propos recueillis par Lila Azam Zanganeh et publiés dans Le Monde en 2006.

*******

 » Au chemin qui navigue est un clos où des rus s’enlacent,

l’esprit qui veille est un danseur, soûl de ses mains lassées. »

*******

« Maintenant c’est la nuit,l’étape a posé sa ruche dans le silence.

Une étoile dessine à l’aquavive son vieux rêve.

Des tessons brûlent à demi. »

*******

« L’oeil dérobé nous a suivis, où l’eau dormait en son givre:

L’ordre des mots ne distrait pas le monde. »

*******

« L’INNOMÉ

Les yeux en gale les yeux

Brûlent autour de vous

La mort en parchemin

Crayonne les os un à un. »

Edouard Glissant

*******

Le Domaine de Certes:Et le regard se fit de flûte et de cristal-2-

Lundi, janvier 17th, 2011

Un poète

« Laissez-le vivre sans lui faire de mal!

Laissez-le s’en aller; c’est un rêveur qui passe;

C’est une âme angélique ouverte sur l’espace,

Qui porte en elle un ciel de printemps auroral. »

EMILE NELLIGAN


RIEN

Qu’un point, un bouquet de biffures            

RIEN

que le vent sifflant glace

Bleu métal alentour

La digue sue en ocelles d’argent

Pas à pas crissent, la vie glisse vers l’harmonie

Epie l’eau qui s’enfuit au loin, si loin

Des heures serties dans les lys de l’hiver.

Les marées retrouvant les chenaux primitifs de la mer

Grisent le regard aux diamants tremblants.

RIEN                                                          

Temps immobile rare

Sculptant le tronc, sculptant le visage.

Présage.

RIEN

Qu’un léger rideau de roseaux

Monde à monde l’océan; dans la poche cristal du beau temps.

Maïté L


Mon grand-père-5-

Vendredi, novembre 19th, 2010

Mon grand-père


Mon grand-père

Ne connaissait

Que les prés et les champs;

En sabots de bois

Il marchait d’un bon pas

Caressant l’écorce

De ses pins

Dont il empruntait le chant

Dans le vent.

Il dormait à même le sol

A la moindre fatigue

Cherchait la fraîcheur

A l’ombre des fougères.

C’était un très vieux grand-père

Sourd de surcroît.

A la guerre il avait échappé

S’évadant et traversant à pied

Pour une seule fois, la France

Du nord au sud.

Et il chantait

 » un pied chaussé

l’autre tout nu …  »

Il m’aimait à sa façon

Me réveillant

Quand enfin j’aurais pu dormir…

Il avait connu les mules

Et la charrette.

Il s’y installait pour dormir.

Elles connaissaient le chemin

Et partaient seules

Pour le Bassin.

Il n’y avait point de voiture

Et la route était longue…

Il n’aimait pas la table

Et ce qu’il préférait

C’était le coin de la cheminée.

Il y mangeait, comme à la guerre

Sur le pouce

Boudin, jambon

Tout était bon

Dans le cochon.

Il était sec

Comme un vieux landais

Jamais sans son béret

Jamais sans ses guêtres

Jamais sans ses sabots.

Mais un tantinet comédien

Même à quatre-vingt-dix ans

Il feignait d’avoir mal aux jambes

Et quand il était sûr

(mais il se trompait!

je veillais !)

de n’être point vu

au bord du fossé

ses sabots il délaissait

et à toutes jambes

sur ses feutres prenait la poudre d’escampette!

Cette histoire

Est une histoire vraie !

C’était mon grand-père

Je pourrais bien plus en raconter………..


Maïté L


Hors-lieu

Mardi, juillet 6th, 2010

« Pourquoi parler ?

Mais pourquoi se taire ?


Il n’y a pas d’oreille pour notre parole,

Mais il n’y en a pas non plus pour notre silence.

Les deux se nourrissent uniquement l’un de l’autre.


Et parfois ils échangent leurs zones

Comme s’ils voulaient mutuellement se protéger. »

(VII, 18)

Roberto Juarroz/ Poésie verticale

*******

Comme toi j’aurais voulu être le

Pauvre petit pêcheur

Tournant le dos aux vagues

sur les soubresauts du Pont du Diable

Combien j’aurais donné de silences

Et de larmes de sel

Pour faire  du corps la pluie.

J’aimais ta solitude

Toi avec toi

Et ta canne prétexte

Une

Lancée à la mer

Et le bouchon frisant

La furie d’écume.

Et dans ta tête le vide

Le cerveau lavé, rincé, essoré

La leçon diamant aux pointes acérées

Et la pureté de l’instant

La parole de vent aux sifflets vrillés.

Toi immobile

Ou bien était-ce moi

Nous inter-changeables

La parole du silence

De l’océan l’espace–temps aboli

Sur le roc

L’épreuve du penchant

Assaut les vagues

Si tentant

L’esseulé

Aux cheveux

D’embruns.

Saint-Palais, mai 2010, photos et texte: Maïté L

Le mascaret2

Jeudi, juillet 1st, 2010

Peinture: MW

http://cerisemarithe.wordpress.com/

Le mascaret

L’instant d’avant

L’œil scrute au loin la couche étale et les berges verdoyantes

Au sortir de l’hiver

Un peu de gris

Silence. la Dordogne

Une chaleur lourde

Qui plaque au bitume.

Va-et vient du café

Menthe à l’eau

La  fraîcheur de l’ombre

A la rembarde.

L’œil sur la montre

Les surfeurs en attente

Glissent sur le ponton

Et s’en vont

Vers  l’amont, vers l’aval

Soudain au loin une frise

Une couture, un surjet

Une gueule ouverte

Avale le courant montant,

Vient à l’assaut, au galop, biaisé

Les berges  clapotent, grondent, giclent, explosent.

Un tonnerre d’eau sourd, ondule le serpent bistre, ocre sur gris

Un bourdonnement passe

A la vitesse de l’éclair

Le fleuve à vagues de creux et de crêtes

Recouvre l’habitude des heures lisses.

Fini. Mascaret du passé.

Les surfeurs, la planche sur l’épaule

Dans le village, s’en viennent

Vers le soir.

Texte :Maïté L

Mortagne-sur-Gironde, des avant-goûts de tempête

Samedi, juin 26th, 2010

Langues des signes

ont

traversé les âges.

Lyre

dans les reflets de geste et d’épopée

L’eau du troubadour vient des remparts plus au sud.

Ports antiques à saveur de tempête et de grain

Loin des Conches redoutées , convoitées au nord

Et tout contre la falaise,

l’ombre

dans le timon et la bouée.

Tout n’était qu’apparente sérénité aux abords des yoles de Saintonge.

Ici pas  d’estran mais des desseins de boue où sont enfouis

Le poids de l’Histoire, la douce province et la casquette des marins .

Canards

dans le vent faisant rage,

cliquetis

puis gémissements de ferraille

Le ciel

jeté par-dessus le sorcier de la falaise

Le ciel

Jeté sur le souvenir, par-dessus le port

et les hurlements dans la nuit

Par la fenêtre ouverte

Où viennent s’écraser

Les gouttes rondes

Mitraillées

Sur les réverbères

Et les vitres

De la Maison du Meunier.

photos et texte : Maïté L