Rêves perlés d’estuaire -2-

Rêves  perlés d’estuaire

Bois de rose dans l’or du couchant
Perles de brume à peine voilée
et bleu-gris jeté dans les filets
des carrelets juchés sur leurs pieux
partis à la rencontre de la marée .


quand les rêves de silence
conduisent au bord de l’eau…


Soudain,

tout contre notre cœur frissonnant
 tremblent les reflets émouvants

d’une barque comme posée
sur la ligne des flots…

Les roseaux sur le devant de la scène

 opinent du bonnet et se courbent
en offrande à la brise
compagne discrète des premières virées.

Février descend sur l’estuaire apaisé

Il est temps de suivre les lueurs

Menant à la ville trop tôt retrouvée.

© Maïté L

35 commentaires

  1. Quelle délicatesse dans ces teintes irisées !… Chaque vue est une œuvre d’art … La finesse des roseaux et des reflets dans leurs mystères ajoutent à l’émotion …
    Je me ferais bien un petit cabanon, ouvert sur l’horizon, pour mes peintures et mon chevalet et m’accueillir dans la tendresse de cette atmosphère !

  2. Le soleil couchant qui illumine offre de merveilleux reflets dans l’eau et caresse les hautes herbes.
    Rentrons sereins à la ville, poème et lumières douces nous accompagneront tout au fond du coeur.
    Bon dimanche, Maïté !

  3. Tes photos sont la douceur même et je rêve… tes mots sont aussi doux que tes photos et me donnent l’impression d’être là sur la rive à regarder ce bateau de pêche partir,
    Merci Maïté pour ce superbe partage!

  4. Une bien belle balade permettant de découvrir l’estuaire de la gironde et aussi des endroits mystérieux ou bruissent les roseaux. Les carrelets sont des images familières du littoral aquitain, j’aime bien ces lieux qui incitent à s’arrêter pour poser le temps et faire un voyage intérieur loin de l’agitation de la vie moderne.

  5. Être roseau, contempler cette douceur tranquille, ces « perles de brume à peine voilée »…cesser un moment d’être soi pour rêver et s’y noyer…Merci Maïté, c’est superbe-

  6. @Marithé
    Des petits cabanons qui pourraient apporter une palette de couleurs dans leurs filets. Certains sont à louer pour apprivoiser le vent.

    ***
    @FI
    Bonne nuit en pensée et que chacun ici prenne un peu de ce temps suspendu dans le soir et sa rosée.

    ***

    @ Denise
    J’avais hésité en ouvrant ce site à ne me consacrer qu’à des histoires de bords d’eaux, ces respirations salutaires qui se laissent conter pour quelques heures.
    Ce temps en suspension qui ressemble à un arc-en-ciel.

    ***

    @ Sergio
    Des arrêts sur images de type rêveur, contemplatif. Des bulles de silence à trois pas de la société.Pour ceux que ne rebute pas la froidure du soir qui s’invite en février.

    ***

    @ Marie

    Tant que le rêve est à portée de main, autant lui prêter vie et images.

    ***
    @Colo

    le chant des roseaux à notre oreille nous emporte loi, loin sur la ligne immobile des flots, à cette heure précise entre chien et loup.

    ***
    @ JEA
    Il est bon de les associer pour prendre le large. L’estuaire offre de bonnes dimensions dans lesquelles s’engouffrer.

    ***

    @Maria-D
    Je guetterai les notes de soir qui se poseront entre mots et encres…
    J’aimerais les faire naître, les reconnaître.
    Bonne nuit Maria-D

    ***
    Bonne et douce nuit pastel si possible, pour tous.
    un grand merci aussi.Comme cela, en passant.

  7. Je souris en lisant ta réponse à Denise, aurais-tu renoncer à parler de Bordeaux pour ne parler que « d’histoires de bords d’eaux » ou l’inverse ? En réalité pas besoin de choisir, tu honores les deux !
    Merci pour le géranium rouge baiser ! Bonne journée à toi !

  8. @ FIFI

    Non, je n’ai pas choisi et ne choisirai probablement jamais car j’aime les deux, c’est vrai; tout comme j’aime la variété d’approche.
    Bonne soirée Fifi. Ton géranium ‘rouge baiser » est très fort!
    Merci d’être passée.

  9. @ Shaki
    Merci d’entrer dans cette communion avec le paysage dont les sensations douces sont à boire à petites gorgées du soir au bord de l’estuaire.

  10. 2
    C’est une barque portée par les flots,
    Ainsi, contre ton cœur,
    Il y a la douceur de ton reflet,
    Il embrasse ton visage,
    Comme tu les fais de tes vagues,
    Avec le mien.

    Nous sommes portés,
    Par une étendue si vaste :
    Que la conscience se dissout,
    Bien au-delà du regard …
    Et j’apprends à me perdre,
    Dans un morceau d’infini…

  11. 3
    Dans un morceau d’infini
    le soir se dissout, s’amenuise
    Se faufile tout contre la joue
    où tambourine une larme
    Où s’inscrit le chemin de rosée.
    Une ombre grandit
    Dans les yeux, dans les pensées
    Une absence, le temps trop vite parti
    Vers d’autres bords d’eaux
    Aux ponts jetés sur la mer
    Des tendresses océanes
    J’entends l’écho dans l’infime clapotis.

  12. merci beaucoup,

    je crois que c’est la première fois où quelqu’un rebondit sur ce que j’écris,
    alors qu’inversement , je le fais régulièrement ( dans l’autre sens )…

    je n’ai pas le temps d’y répondre tout de suite, mais je vais me pencher dessus…

    🙂

  13. C’est une longue habitude chez moi; une pratique que j’adore, que j’ai eu la chance de connaître à ses meilleures heures sur un forum littéraire ou sur des blogs antérieurs avec des rebondissements en cascade.Depuis la mort est venue semer le trouble, a vu disparaître les acteurs de tels échanges; la vie s’en est mêlée aussi; je ne désespère pas bien que n’étant pas toujours dans des registres poétiques.
    J’aime répondre sans apprêt;mais j’ai pu constater que tu es un sacré poète.
    Lorsque j’ai ouvert ce site , j’espérais donner ainsi la parole comme par le passé à des correspondants épris de langage poétique…Rien ne se passe jamais comme dans les rêves… Quoique…

  14. merci… en tout cas c’est intéressant… de se voir porté vers un ailleurs,
    par quelqu’un qui a « bu » les mots et enrichis à sa façon…

    voici donc ma « réponse »…

    4

    Dans un infime clapotis,
    Je tends l’oreille
    Aux ponts jetés sur la mer,
    De ceux qui suspendent les îles

    Quand l’ombre de ton absence grandit,
    Et la perte du soleil,
    La larme rejoint l’amer,
    Et de ma main en coquille,

    Je crois entendre encore le bruit…
    Faut-il rester en veille,
    Parcourir le chemin à l’envers ? …
    A mesure que mes yeux s’écarquillent,

    Avant de se fondre dans la nuit,
    Luttant contre le sommeil,
    Dans lequel se perd,
    L’ espoir, comme une chandelle vacille …

  15. apparemment l’harmonie vous habite…
    **
    Et voici mon écho
    5

    L’espoir, comme une chandelle vacille
    S’amenuise au fil des années
    Allo? Ta voix devient si ténue
    Tes gestes si lointains
    Au coin d’une photo jaunie.
    L’hiver nous envahit.
    Ou bien est-ce la vieillesse ?
    Quand ce soir au vent du nord
    Les eaux se coloraient
    en bleu, en nuit, en bleus de vie
    Et que le clapotis claquait sur le sable
    Où l’hiver prenait ses aises sur le rivage
    Ne laissant à la plage que
    Si peu de sable, quelques traces
    De pas, de griffes, de pattes et de cristaux
    Immobiles les mouettes balancées
    Au gré des flots et les roseaux
    Ces biffures du paysage en rangs serrés.
    L’hiver nous assassine et pourtant je suis vivante
    Vive, ment et dément le passé récent
    La nuit, le sommeil retrouvé, les voix
    Du tangage de la barque,
    Dans le plumetis des oiseaux repliés
    Dans la nuit, perdre pied, s’enivrer de…

  16. 6

    Nous perdons pied dans la nuit,
    La barque elle -même,
    Suspendue à un fil,
    Ne reconnaît plus ni le ciel,
    Ni les rives.

    Les mouettes ont replié leurs ailes,
    Et se résignent au jour enfui.
    Les eaux prennent de l’épaisseur,
    Celle d’une masse d’encre,
    Qui sommeille sur les couleurs.

    C’est comme si l’hiver était descendu,
    Poussé sur le bord
    De l’embarcation
    Par le vent du nord.
    Lui qui emporte ta voix

    Devenue si lointaine,
    Et presque éteinte,
    Si pâle qu’on l’entend à peine,
    Comme si la vie se diluait
    Au fil des années,

    Egrenées par un long parcours,
    Sans laisser de trace à la surface de l’eau,
    Si lasse, qu’elle ne dessine pas de sillage,
    Ou bien est-ce cette barque elle-même,
    Qui fait du sur-place,

    Arrêtée même, par le temps …

  17. 7

    La barque seule, arrêtée, dans les bras de la nuit
    Ecoute de la vie lointaine le chant des sirènes.

    Dans les profondeurs des eaux claquemurées
    L’Histoire enfoncée, un village perdu, ses murmures.

    Emportés par la boue, le limon, les algues
    D’eaux douces, vaste linceul aux habits fanés.

    Barque iceberg, plus petite entité visible
    Des fonds parviennent les ondes des fantômes surannés.

    Plus d’hiver. Que du passé. Plus de printemps
    Dans les sans lumières, l’origine où gît la barque.

    Le bois infini à toucher du doigt le souffle du présent
    Tandis que s’enfuient les stigmates du temps passé.

    Présent. Passé. A venir. Je ne sais. Je ne sais pas.
    Je ne sais plus l’alphabet du sillage, celui du village.

    Les pleins, les déliés des vagues, leur courbe de respiration
    Les aspirations de l’avenir qui bulle à la surface.

    Du visible, de l’invisible, du cœur qui pianote
    Sur la peau où repose la barque, sur le fil de la nuit.

    La nuit fait son lit
    A l’abri
    Des ronces
    Où perle une goutte
    Une seule…

  18. 8
    Une seule goutte, elle seule,
    Que l’on peut préserver, comme celle
    des pays où il ne pleut pas.

    Dans un écrin étanche,
    libre de poussières,
    contient tout un monde.

    Elle brille comme un diamant,
    qui a oublié la dureté,
    et au coeur de son éclat,

    Contient le passé, le présent,
    les à – venir , et tout ce qui,
    un jour, fit que la vie est.

    Comme un infini à portée des doigts,
    Et , ….imagine la, combinée
    à des milliards d’autres,

    Plus ou moins semblables ….
    et voila les cascades dévalantes,
    Les calmes rivières enjambées de ponts,

    L’oeil glauque des lacs,
    et l’éténdue agitée des océans ,
    gommant jusqu’à l’horizon .

    Les eaux sont une espèce
    d’iceberg à l’envers,
    dont la profondeur nous échappe…

    La barque est posée dessus,
    en équilibre, dirait-on,
    loin des murmures et des cris,

    Loin des fumées des usines,
    là où l’histoire se dilue ,
    Dans ce que murmurent les sirènes…

    Leurs cheveux d’algues
    caressent la proue, et des bulles argentées
    crevant la surface, illustrent leur passage.

    Seuls quelques bois flottés,
    rappellent la côte, ce mince ruban bleu,
    d’où le passé a lentement dérivé…

  19. 9
    Les bois flottés

    Au soir rougeoyant de passion du jour
    Au petit soir orange et mandarine éclaboussé
    Entre chien et loup à l’abri de la dune se glisse
    Le monde des bois flottés, le petit peuple
    Des êtres de légende, échoués sur le ruban de la côte.
    Ils se penchent, ils se voûtent, ils se tordent, ils frissonnent
    Ils grimacent, ils s’allongent, s’alanguissent sur le sable
    Ils s’écaillent, ils abritent plumes de mouette
    S’entortillent dans des filets de pêcheur
    Se dressent tels des totems tutélaires
    Se fusèlent vers la marée, habitent l’estran
    Ou bien se cachent tout contre la dune
    S’habillent des ombres ou de rubans d’algues
    Cliquètent tels des fantômes aux colliers de moules
    Ou rêvent de destins sauveurs d’humanité
    Aux gloutons festins de plastique ou de boulettes.
    Parfois dépositaires d’un pendant de sirène
    Lorsque s’assoit une branche d’étoile de mer
    Ils lancent un bras vers d’hypothétiques amis humains
    Qui se mettent à leur hauteur pour écouter le refrain de la mer.
    Doucement je m’accroupis , Marie de la dune, Rose des sables
    Pierre de lune, Stella des marées, je convoque les secrets
    Les colimaçons discrets, les fils de la pensée
    Les mirages du soir…tandis que sur leurs frêles planches
    Les hommes- grenouille luttent…

  20. 10
    La passion du jour a sombré
    Au coeur du liquide,
    En une boule orange,
    Qui s’accroche aux vagues.

    La solitude s’accroche
    au creux des rochers,
    Déjà tapis dans l’ombre.
    C’est le refuge des crabes et coquillages .

    Ils soupirent dans le sable,
    Au sanctuaire redevu vierge
    de présence humaine,
    que l’on remarque toutefois .

    Avec des restes de filets,
    Et objets de plastique épars
    Dont la mutilation interroge l’origine.
    Et l’idée même de leur usage.

    Les étoiles de mer s’étirent,
    Et jouissent du silence,
    Seulement perturbé,à marée descendante
    Par le clapotis des eaux.

    Entre chien et loup,
    On pourrait distinguer,
    Un enchevêtrement de formes,
    Retenues par les écueils.

    Ce sont des bois flottés,
    Lentement sculptés et érodés,
    Des totems de branches,
    N’ayant plus souvenir de feuilles.

    Et aussi des planches au profil adouci,
    Qui parlent des épaves,
    Des morceaux qui conservent parfois,
    Des traces de couleur.

    Enfin ce qu’on peut distinguer encore,
    Avant que ne s’installe la nuit,
    Qui se referme doucement,
    Sur le rivage déserté…

  21. 11
    JEUX D’OMBRE
    Sur le rivage déserté, l’ombre de l’ombre
    Happe
    L’ombre du rivage aux rivages de l’ombre
    L’ombre du vide, le vide silence du clapotis
    Dans la marge
    Clapotis après clapotis s’échine le rivage
    Dessine,
    Divague,
    Resquille
    Au tourbillon des âmes, des vagues de vagues
    Hors-tout.
    S’enroulent les idées, s’arriment nos ombres
    Aux branches décharnées, implorantes de la nuit.
    Le sable redevenu froid se dérobe à l’or du jour
    Se teinte de gris, de désamour de la nuit, des traces
    Traquées
    Réfugiées
    Dans la minuscule vie, des trous minuscules, repérés.
    Soupçons
    Que le vent emplit d’oreilles du vide, d’échardes d’entre les dunes.
    Pourtant
    Sur les mamelons refuge, sans yeux, sans voix, sans poids
    Seuls les frissons
    Dérivent en friselis. Nues les planches de bois disjointes
    Pied après pied à la ceinture de
    Nue, La nuit bleue, trépasse dans l’indifférence
    De bleue à noire au fond de l’encrier venu de si loin.
    La nuit a posé la plume, rendu les armes non loin de l’encrier
    Refermé doucement le souffle des mille et une nuits
    Sur le rivage abandonné, déserté, douce, doucement
    Désert doux et vide, rivage désert, soumis à l’inconnu…

  22. 12
    Je suis soumis à l’inconnu,

    Le rivage déserté, où la vue se dérobe,

    Laisse s’enrouler les idées,

    Au tourbillon de l’âme,

    Trempée dans l’encre, bleu-nuit ,

    Où peut-être des chimères,

    S’emparent de mon esprit.
    *

    Je suis soumis à l’inconnue,

    Une femme entr’aperçue,

    Aussitôt disparue,

    Et la rue, rendue à son indifférence,

    S’est enfoncée dans la nuit ,

    Occupée par le vent,

    Et ses échardes froides.
    *

    Les jeux d’ombre mouvants,

    Les yeux ternes des réverbères,

    Me font douter,

    Dans les marges de la lumière,

    D’une vision, qui divague,

    Entre chimère, imagination

    Et réalité.
    *

    Quelle est-elle,

    La réalité : celle de ma conscience,

    Ou celle, que j’ai cru percevoir,

    Frêle silhouette,

    Vite rendue aux marges du silence,

    Où je risque mes pas,

    Comme au-dessus du vide… ?
    *

    Soumis à l’inconnu ( e )

    R

  23. 13
    Estuaire… Es-tu cette statue, ce pauvre hère
    A la recherche du nord magnétique
    Dans les courants d’air
    Sur les courants d’eau
    Et le chemin de la lumière ?

    Ou bien d’une écharpe nouée à la diable
    Trois fils, une frange, se balancent-ils?
    Un sillage, quelques fragances
    De nuit, d’herbe humide, de ciel constellé
    S’enroulent-ils autour de ton doigt ?

    Toi, L’inconnu(e), au pied du réverbère
    Dans le halo blafard et solitaire
    Ecoutes-tu les battements de ton cœur
    Qui frappent la cadence sombre
    Des veines cognant à tes poignets ?

    D’où te viennent ces pas pressés
    Ce souffle court, ces cheveux en bataille
    Cette lutte incertaine contre la sensation
    Des grands espaces délétères
    Dont les lucioles sont absentes ?

    Ce soir, l’estuaire rime avec suaire
    Les stigmates du jour ont ouvert la plaie
    Tandis que dans ta bulle tu dessines le présent
    Le temps lui qu’on assassine sur une page de la nuit
    Va-t-il rendre l’âme au parapet de demain ?
    M

  24. 14
    J’étais l’inconnu au pied du réverbère,
    Les battements de mon cœur se sont figés,
    Un jour, sous des néons blafards…
    L’horloge s’est arrêtée, de même,
    Le souffle s’est fait absent,
    Je cherchais un chemin,

    Qui n’est plus ceux qu’empruntent les hommes,
    Le monde auquel j’appartiens,
    M’est soudain devenu inconnu.
    Peut-être que ces espaces délétères,
    M’avaient soudain transporté,
    Dans un ailleurs étanche…

    Les stigmates du jour,
    Ont franchi la barrière de l’eau.
    Les algues étaient comme des cheveux,
    Balayés par le courant,
    Et cachaient presque en totalité
    La statue engloutie ;

    Elle apparaissait sévère,
    Le bras dressé
    Dans une brume liquide,
    Peut-être dans un mouvement de nage immobile,
    Cherchant à remonter le cours du temps,
    Et le chemin vers la lumière.

    C’est un inconnu solitaire,
    Au bronze incrusté de coquillages,
    Qu’on a remonté des profondeurs…
    Les muscles saillants, l’attitude fière,
    C’était peut-être le gardien d’un temple,
    Dont il ne reste rien du souvenir

    Son regard était creusé,
    Et scrutait sans comprendre,
    Notre époque, aux avenues rectilignes,
    Parcourues d’automobiles ;
    A son visage, on voyait qu’il regrettait
    Son monde silencieux, au cœur de l’estuaire.

  25. 15
    Hors le monde du silence

    Quelle est cette lumière ? Qu’on m’éloigne de votre souffle rauque
    Moi qui me baignais et me régénérais dans des eaux dormantes !
    Les algues me coiffaient, la boue enveloppait mon corps d’athlète
    Et je paressais bienheureux dans cette somptueuse parure d’éternité.
    Nul besoin de soleil mais à moi l’ombre, l’ambre et la rouille !

    Au cœur de l’estuaire, tant et tant de bateaux engloutis
    Et mes semblables de chair, de peau, de sentiments
    Couchés, dépouillés sur les terres de fonds marins.
    Les armes se sont tues et quelques boulets de canon
    Creusent leur nid que sillonnent les silures, ces vieux épouvantails
    A cheval entre deux mondes : celui de la nuit et celui des berges.

    Autour de moi quelques moteurs toussotent et crachotent
    Nul jamais ne m’aurait ramené dans ses filets de crevettes.
    Les pétroliers aussi tracent leur route aveugle vers la pleine mer.
    Moi l’inconnu, venu, sans ma sirène vouée aux dieux et
    Aux sacrifices sous les piliers et les arcades du temple abandonné
    Moi que la drague n’avait jamais atteint, on m’arrache de force
    On me contraint à la parole que je ne voulais pas donner.
    Ce monde d’en-dessous m’appartient. On le croit disparu
    Il est juste en sommeil comme ces graines qui attendent leur heure.

    Livré au regard impudique des passants, la lumière m’aveugle
    Me brûle, m’incendie tandis que je déchiffre une langue inconnue
    Des signes d’impatience chez vous, les sourds au passé oublié.
    Mon cœur est d’or, mon cœur est de bronze ; il sonne silence
    Quand le vôtre tambourine et s’affole dans votre vie de zombies.
    Votre vie est si décousue qu’elle s’éparpille en lambeaux
    Sur le macadam et dans vos prisons et vos cages de verre…

    Votre monde bruit de l’impossible silence
    Votre monde suinte de lumière trop crue
    Votre monde délétère n’est pas fait pour moi :
    Qu’on me rendre à mon mille-feuille du passé !
    M

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