en 2017
Petits pins deviendront grands
en 2017

Le sort des jeunes plantations est différent selon les terrains. La première parcelle de lande replantée en 2015 est pour ainsi dire sans histoire. Les petits pins poussent et, au gré des saisons, nous admirons le vert tendre des aiguilles et la bruyère, essentiellement la bruyère cendrée (Erca cinerea). Elle voisine avec la callune qui est moins généreuse chez nous.

la callune
la bruyère cendrée

A la fin de l’été, à l’automne, les tapis roses odorants attirent l’œil: ça sent le miel, les abeilles bourdonnent: bientôt on pourra consommer le miel de bruyère.

comme par enchantement
Gros plan

Plus rare, la bruyère cendrée blanche, pousse à raison d’un pied, toujours au même endroit. Depuis que je parcours la lande, c’est-à-dire depuis l’enfance, j’ai dû rencontrer en tout et pour tout 3 ou 4 pieds de cette bruyère blanche et rare que je couve amoureusement du regard, ne m’autorisant qu’un prélèvement de quelques brins dans un gros bouquet rose à faire sécher. Pour moi, à chaque découverte, c’est un moment de pure émotion.

Cette année, le pied de bruyère blanche n’a pas refleuri.

dommage!

Cependant, ces jours-ci, nous avons découvert que les chevreuils sont venus se délecter des jeunes troncs.

Un chevreuil, c’est mignon, quand ça vient brouter les pommes sous un pommier, à 20 m de nous, alors que nous pique-niquons; mais dans les jeunes plantations, c’est définitivement NON! Ils grignotent la tendre cime du jeune plan, ou bien le tronc du jeune arbre condamnant l’arbre à végéter ou à mourir.

Soyons positifs! J’ai aussi ressenti un grand bonheur quand j’ai vu apparaître les premières pommes de pins cet été sur ces jeunes arbres.

les premières pignes!

Ce automne, au matin , la lumière faisait resplendir les ajoncs, qui ont subi un enveloppement à la manière de Christo. C’était doux, soyeux, élastique. Nous avons pensé au travail des araignées, assurées de ne pas être dérangées.

à la manière de Christo
un travail d’artiste
en 2019
Le chêne nous sert de référence, car il est en train de se faire dépasser en hauteur par les jeunes pins. Nous sommes aussi dépassés!
2019, la pousse est drue.

Petit clin d’œil trouvé dans « La maison du retour » de Jean-Paul Kauffmann

« Le tour de l’airial que j’effectue quotidiennement fait partie de ces joies simples. Elles ne sont pas exemptes de contrariétés. J‘évoquais tout à l’heure la terre des Landes-assurément il y a des malheurs plus grands. Personne ne peut rien contre la nature du sol. En revanche, il me faut affronter de terribles adversaires: les chevreuils et les bambous. »Bambi et bambou », comme le résume plaisamment Joëlle. Dès mon arrivée aux Tilleuls, je les avais clairement identifiés. Ces deux-là, qui a priori ne figurent pas parmi les nuisances de la nature, allaient me donner du fil à retordre. Aujourd’hui, je ne souhaite pas qu’ils disparaissent mais qu’ils se contiennent.

Les invités des Tilleuls ne comprennent pas une telle hostilité à l’égard de ces gracieux cervidés. Certains petits-déjeuners pris sous l’auvent donnent l’occasion de voir à quelques mètres les chevreuils bondir dans la lumière du matin. une telle scène comble tous les fantasmes de la vie à la campagne… J’ai beau expliquer à mes amis que les chevreuils ne sont que des prédateurs, je me heurte à un mur. Les premières années, les jeunes essences sont mortes les unes après les autres. J’ai vite compris la cause de cette hécatombe: les chevreuils. Ces charmants animaux adorent l’écorce des jeunes arbres. ils épluchent consciencieusement le tronc. Une fois l’écorce mangée, l’arbre meurt… »

Dans mon prochain article, nous suivrons l’évolution d’autres plantations: autre terre, autre configuration,autres problèmes…

en attendant, la forêt est fragile: prenez-en soin: pour vous et pour les générations futures.

un matin d’automne 2019

« Pour accéder à la postérité, on n’est pas obligé d’être un génie ou un roi, il suffit seulement de planter un arbre… »

Yasmina Khadra/ Ce que le mirage doit à l’oasis

*

Petit à petit le projet de reboisement se précise et finit par voir le jour, pour nous, sur la première parcelle, en 2015. Avec beaucoup d’interrogations:

-comment créer une future forêt vivante, bénéfique? Une forêt dans laquelle reviendront de nombreux habitants: oiseaux, araignées, carabes, papillons de jour, coléoptères saproxyliques(bois mort)…

-quel choix faut-il faire pour dessiner les paysages de demain?

Compte tenu de la présence de petits chênes bien implantés sur le terrain, et ayant résisté aux tempêtes, nous avons absolument tenu à les garder. Les sols étant plutôt pauvres et arides, nous avons opté pour des plantations classiques de pins maritimes. Bien sûr nous avons aussi gardé les petits pins déjà sur le terrain issus des graines de pins abattus par Klauss.

Fin 2018, dans les Landes,

200 000 ha ont été reboisés en pins maritimes, soit 250 millions d’arbres.

Le plan de reboisement, à partir de pins de 4 ème génération, prévoit des cycles de culture plus courts mais le temps peut être allongé en fonction du terrain.

Voici maintenant un aperçu des travaux.

Les souches ont été mises en tas et ont séché durant un temps assez long.Un an environ, le temps d’être lavées par la pluie.
la machine à dessoucher
le terrain est aplani
le chêne veillera sur les futures plantations
le tracteur de labourage
le terrain est labouré: sillons et billons
après le labourage
les petits pins en attente de plantation
le travail est effectué à la main (Société Planfor)
la canne à planter
merci d’avoir accepté de faire connaître cet aspect du travail de reboisement
Petits pins deviendront grands (on l’espère)
Ceux-ci ont été plantés en fin d’hiver
et ceux-ci en fin de printemps

Il ne reste plus qu’à surveiller les plantations, et selon le terrain à effectuer les travaux d’entretien. Il ne reste plus qu’à dire aux petits pins qu’on les aime et qu’un jour, nous les confierons aux générations suivantes.

un petit pin c’est comme cela
mais ramené à la taille du pied…

Je ne manquerai pas, par la suite de vous montrer l’évolution des plantations, avec ses joies et les aléas qui vont avec.

Et surtout…

Parce que la forêt nous veut du bien,

N’oubliez pas:

La forêt est fragile, il faut la protéger.

« Parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui, et lui rendre hommage non de nos vains bavardages mais de notre silence? »THÉODORE MONOT

dans la lande

LE PAYS PARLE À MI-VOIX:

pendant quelques années, il fallut attendre, organiser l’après-tempête, laisser sécher les souches, les faire enlever, laisser reposer le terrain, attendre, attendre encore avant de repartir à zéro.

Attendre

Lorsque je me promenais seule, dans cette lande à perte de vue, j’avais le cœur gros au nom de ce passé disparu et malgré tout, je mesurais ma chance de pouvoir marcher, flâner, sans rencontrer âme qui vive. Un mot revenait en boucle dans ma tête: « désert, désert, désert à l’infini ». Il ne me fallait pas aller bien loin pour trouver le désert.

Il y avait ces terrains qui se reposaient et puis ceux qui étaient retournés définitivement à l’état de lande parce que leurs propriétaires renonçaient à reboiser.

Il y avait ce silence, tantôt silence de luxe dans notre société actuelle, tantôt un silence lourd, pesant, synonyme d’abandon, de retour à la lande sans son aspect pastoral.

aussi loin que porte le regard

Je pensais alors à mes ancêtres juchés sur leurs échasses afin de surveiller leurs troupeaux, ceux d’avant la loi de 1857 de Napoléon III, qui avait mis un terme à cette civilisation agro-pastorale, en généralisant les plantations de pins, créant ainsi le plus grand massif forestier.

entre ciel et terre

Un homme a immortalisé ce changement de société: FÉLIX ARNAUDIN(1844_1921), originaire de Labouheyre(40).Formidable témoin de cette révolution naissante, sillonnant ce coin des Landes durant 50 ans, pour immortaliser par la photo les derniers soubresauts de la vie rurale et les paysages originels, il se déplaçait inlassablement sur une distance d’environ 60 km.

un livre-mémoire

Il y a quelques années, une exposition remarquable lui fut consacrée au MUSÉE d’AQUITAINE(Bordeaux) intitulée »LE GUETTEUR MÉLANCOLIQUE. Accompagnée d’un livre d’une rare beauté retraçant l’œuvre unique de FÉLIX ARNAUDIN (négatifs sur verre et tirages originaux), si riche de passion, de précision, si émouvante, nous plongeâmes , grâce à ces clichés présentés pour certains de façon panoramique, dans ce qu’il appelait « la vastitude ».

l’eau des marais, des lagunes, des crastes, le trop-plein des pluies…

SAUF QUE… Dans cet après-tempête, en parcourant la lande, j’avais la sensation de revivre ces paysages originels.

« … le ciel béant, la terre inhabitée, vide à donner le vertige… » écrivait FÉLIX ARNAUDIN.

Lui aussi guettait les arbres solitaires

Je revenais sans cesse vers des écrits évoquant le désert, sous la plume notamment de J-M-G LE CLÉZIO. Comme Bernard Pivot, lors de la parution du livre « DÉSERT », j’étais persuadée que je ne me lasserais pas de ce roman à double lecture, à lire tantôt sous l’éclairage de ses deux personnages, tantôt histoire après histoire.

Il évoquait ce que je ressentais; « un pays perdu, un lieu de mythe, une plongée au cœur du temps »,  » un paysage vide, du vent », « une aire de recueillement, d’énergie ».

au jour finissant

« Ce qui sépare le nomade du sédentaire (c’est-à-dire du citadin), c’est cette faculté qui est celle du marin sur son bateau, ou de l’Esquimau sur sa banquise, de distinguer le moindre changement, d’admirer la variété là où d’autres ne verraient que du vide. Ici, nous avons tout à apprendre. »

J-M-G LE CLÉZIO

le théâtre du silence
légère brume

à suivre

 » Si la forêt mourait, le monde inconsolable,

Irait jusqu’à la mer recueillir ses sanglots;

La lande dénudée deviendrait vulnérable,

Et l’âme du désert envahirait les flots. »

JEAN-ANDRÉ JEANNIN/ SONGES SUR LA LANDE

3 mois après, des grumes à perte de vue

Partout, au bord des routes, au bord des pistes forestières, des pare-feu, des grumes. Pour nous ici, restait le seul souvenir de cette parcelle de pins qui avait été plantée peu de temps après les incendies d’après guerre. Ces pins étaient beaux, mais poussaient lentement, car nous sommes ici sur des terres pauvres.

Avant la tempête, 8 millions de m3 de bois étaient écoulés par la filière bois chaque année. Il a suffi d’une nuit pour se retrouver avec 40 millions de m3 à terre,soit l’équivalent de 5 années de récolte.

Il fallait donc écouler en urgence, ce qui pouvait l’être et réaliser le stockage du reste sous aspersion continue. Sinon, le bois aurait bleui et n’aurait plus été exploitable. 8 millions de m3 ont été ainsi stockés.

Jeu de construction/déconstruction

Évidemment, les prix ont dégringolé, passant de 35€ le m3 à 3 ou 4 € le m3. Autant vous dire qu’on était vite la proie d’intermédiaires flairant l’aubaine et que parfois avec des bois jeunes (de 10 à 15 ans d’âge), c’était tout juste s’il restait quelques euros, une fois les camions partis.

Mais pour pouvoir exploiter les bois, il a fallu d’abord , dans l’urgence,dégager les pistes d’accès(28000 km dans les Landes) avec l’aide de toutes les forces vives: militaires, pompiers venus d’une multitude de départements, Sécurité Civile, volontaires, bûcherons venus de l’Europe entière.

Les géants à terre et ceux qui ont résisté

3 mois après je faisais mienne la citation de J-M-G Le CLÉZIO dans GENS DES NUAGES:

« Le trésor s’est éparpillé comme le sable, il est dans l’ombre des ravins, dans les puits, sur les arbustes des dunes. Il est dans la mémoire. Non seulement la mémoire des hommes, la mémoire des plantes, la mémoire du ciel et du vent. »

je n’oublie pas la vision esthétique de la situation, même si le cœur n’y est pas.

au sol les traces du ballet des engins

« Quand le soir venu, la tempête s’annonce

Par un ciel déchiré et de sourds grondements;

La lande touche aux nues et l’horizon s’enfonce,

Ne faisant plus qu’une ombre avec les éléments.

JEAN-ANDRÉ JEANNIN/ SONGES SUR LA LANDE.

« Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout… »
THÉOPHILE GAUTIER

Ce même poète qui osait la comparaison entre l’arbre semblable à un soldat blessé qui veut mourir debout et le poète, qu’aurait-il écrit en voyant ainsi la résine couler?

l’âge de l’arbre

Les souches nous permettent de lire dans l’arbre à terre comme dans un livre d’Histoire: le livre de SON histoire.1 cercle de bois par an et selon que l’arbre aura connu des années néfastes (sécheresse, autre arbre lui faisant de l’ombre, attaque d’insectes…) les cercles seront plus ou moins étroits.

En tous cas, voici les différentes parties d’un tronc:

1-l’écorce

2-l’assise cambiale, zone très mince située juste entre l’écorce et le bois

3-l’aubier: bois fabriqué par l’assise cambiale les années précédentes

4-le bois de cœur au centre.

en gros plan

le temps des comptes.

à suivre…

avant le passage de Klauss

« La fille, cette fille, a étudié le latin et le grec. Elle a appris l’étymologie de humilié. Elle sait que humilié, étymologiquement, veut dire qui est au sol, à terre, humus le sol en latin, comme dans inhumer et exhumer, et posthume; au sol, sur la terre, dans la terre, planté dans la terre comme un arbre. Depuis toujours, depuis qu’elle a pris conscience d’être, elle se sent comme ça, plantée en terre comme un arbre, comme l’érable de la cour de la ferme…

Elle se sent plantée en terre comme l’érable de la cour, cet érable, ou comme les frênes au bord de la Santoire, ou comme certain hêtre du pré qu’elle connaît mieux que personne, muettement;depuis toujours, très très longtemps avant de se frotter au latin et d’être frottée de latin, très très longtemps avant de lire Flaubert et Homère, elle a eu cette histoire avec les arbres en particulier, et avec le pays, voire le paysage, voire les paysages en général.

Avoir une histoire comme on dit d’une histoire d’amour, sauf que cette histoire d’amour-là ne finit pas, elle dure depuis que cette fille est au monde, et c’est une grâce inouïe, une grâce une force un jet une joie un élan une source; on ne sait pas bien quel mot mettre là, je ne sais pas bien, on s’y épuiserait. »

MARIE-HÉLÈNE LAFON/ CHANTIERS

une des cabanes de mon enfance

En ce qui me concerne, il ne faut pas prendre toute ressemblance avec Marie-Hélène Lafon au pied de la lettre, tout au moins pour le grec qui n’a jamais fait partie de mon apprentissage, pas plus que pour l’érable ou le frêne qui ne sont pas partie prenante du paysage landais.Mais cependant, mon attachement viscéral va vers les chênes de l’airial, qui aujourd’hui ne sont plus, vers ceux de la forêt aussi,ceux qui poussent spontanément, et vers ces pins qu’une amie québécoise avait trouvés « si maigres » et dont elle se demandait s’ils étaient malades. Et bien sûr, j’ai cette histoire d’amour avec le sol, si maigre soit-il; qu’il soit d’ajoncs ou de bruyère, de fougères, de sable, de terre à fouler, d’un lieu où s’ancrer, avec ce qui veut bien y pousser.

Ces mêmes pins qui refusent de se livrer et de livrer leur monde subtil à ceux qui ne les voient que depuis l’autoroute, à 130km/ et dont parlait le poète, mettant le pin au cœur d’un symbole:

« On ne voit en passant par les Landes désertes,

Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,

Surgir de l’herbe sèche est des flaques d’eaux vertes,

D’autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc… »

écrivait Théophile Gautier.

Bien sûr je m’insurge contre cette description ni tout à fait vraie, ni tout à fait fausse, et puis les derniers gemmeurs ou résiniers ont déserté les forêts avec leur « hapchot » et leur échasse appuyée contre le pin, comme mon grand-père maternel. ou mon père.

La craste en février

Landes d’avant Klauss

j’ai aussi de ces aubes en camaïeu
où la rosée pianote sur les fougères
et diamante les dentelles d’araignées
de pin à pin comme toile de nuit
à suspendre au creux du petit jour.
Les chemins se sablent doré
et les pas de fraîche en fraîche
sont de pure virginité.
L’espoir en sautoir
brode les rayons d’horizon.
Rien ne bruit. Tout est doux
Roux et or pâtiné d’humidité.
La lande mijote son ardeur
et ses cigales heureuses
entre deux tartines d’été.
Les heures n’ont de cesse
de préparer en secret
le volcan de midi
les couleurs de Van Gogh
au zénith de l’air en suspension.
La lande poudroie
La lande rougeoie
et tourne en dérision
le passé décomposé
des sombres années
où la forêt était sueur
était chemin du résinier.
Le souvenir est contemplation
nectar d’enfant nourri de sa passion.

Maïté L

« Ces traits tirés à l’infini, ces chemins à perte de vue paraissent rectilignes, ouverts alors que rien n’est plus sinueux, plus secret que cet alignement de pins compact et inépuisable »
JEAN-PAUL KAUFFMANN: LA MAISON DU RETOUR
*
à suivre

De l’abattement à l’espoir

Il me faut planter le décor de la série de billets qui vont suivre:

Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2009, la tempête Klauss a tué 12 personnes en France et mis à terre 230 000 ha de forêt, soit 60% du massif landais.

Depuis cette nuit-là, après le passage du vent à 130, 140 km/h, les Landes ne sont plus comme avant et j’ai eu, au fil des ans, l’impression de traverser un champ de désespoir, d’où s’était enfuie toute vie, puis un désert, avant de reprendre espoir, afin d’effacer peu à peu le traumatisme.

Mon père, sylviculteur, ancien résinier, était mort 4 ans auparavant. Ma mère était octogénaire. Une montagne de problèmes s’est élevée devant nous. » Nous », c’est avant tout mon mari, sans qui rien n’aurait été possible.

A 84 ans, ma mère a parcouru la forêt avec moi pour évaluer les pertes de plusieurs générations: elle avait, dans son enfance, planté certains des pins à terre.

Nous sommes de petits acteurs de la forêt et notre chance a été de nous regrouper en association, de trouver sur notre chemin des bénévoles qui n’ont compté ni leur temps ni leurs efforts. Sans eux, nous n’aurions pu reboiser.

Nous avons dû apprendre en urgence; nous ne sommes pas toujours tombés sur des gens honnêtes. Cependant, c’était une évidence qu’il fallait reconstituer la forêt pour les générations futures: nous ne sommes que les maillons d’une chaîne.

Notre travail n’est pas terminé mais je tiens à présenter les étapes qui le jalonnent.

Il s’agit aussi d’un attachement à mes racines.

AVANT, c’était comme ça:

la forêt majestueuse

Entre ombre et lumière
un pare-feu

LE VIEUX PAYSAN LANDAIS

Quand le vieux paysan sentait la mort le frôler

Et que la vieillesse, au soir d’une journée

De travail bien remplie, sans aucune force le laissait,

Lorsque la terre nourricière désormais il ne pouvait

Plus venir la labourer… Dans ses champs abandonnés,

Il donnait, une dernière fois, contraint et forcé

La vie dans des sillons de sa main tremblante tracés

A de jeunes plants de pins maritimes destinés

A croître cinquante ou soixante-dix ans bien comptés.

Alors on voyait à ses côtés, dans un élan de solidarité,

Frère, cousin, femme, enfants et voisin affairés,

Ne pas ménager leur peine et contribuer

A passer le flambeau aux descendants à peine nés.

ET juste avant de mourir, le cœur plein de sagesse, apaisé,

Il parcourait une dernière fois ses petites parcelles boisées

Avec dans le cœur, le sens du devoir accompli et la fierté

D’embrasser d’un regard rassuré

Ces terres de sueur qu’il avait tant aimées.

Mais déjà la Terre s’était mise à protester

Et tempêtes après tempêtes déclenchées

Les éléments inlassablement se déchaînaient.

Les mauvaises années se succédaient

Laissant craindre le feu qui tout ravageait

Ou les nuits interminables où les pins s’écrasaient

Dans un fracas d’enfer contre sa porte sans s’arrêter.

Puis vint Klauss et l’horreur jamais égalée.

Aujourd’hui, en passant devant la porte du cimetière déglinguée

J’ai simplement dit, moi aussi résignée,

« Pépé, mémé et papa si vous saviez

Comme d’autres vous perdriez la mémoire des faits

… Ou vous en mourriez »!

Maïté Ladrat/ Landes le 29/01/2009

APRÈS

Volis et chablis
au loin des pins ont résisté

à suivre

à toutes mes lectrices, à tous mes lecteurs

Que chaque jour

 Le rêve jaillisse

Du plus profond

De nous-mêmes

Que le regard s’émerveille

Encore et encore.

Que chaque jour, chaque aurore

Trouve sa raison d’espérer.

Meilleurs Vœux

Du fond du cœur.

« La plus populaire des reines de France a passé ses quatorze dernières années près de l’abbaye où elle est enterrée… »

MARTIN AURELL, historien, médiéviste, spécialiste de l’Histoire des Plantagenêt. Il est LA référence pour beaucoup d’écrivains cités dans mes différents billets. Il a notamment écrit  » L’EMPIRE DES PLANTAGENÊT ».

ALIÉNOR D’AQUITAINE est liée à FONTEVRAUD par sa famille; sa grand-mère Philippa, comtesse de Toulouse était proche de ROBERT D’ARBRISSEL.

Elle y est allée pour la première fois en 1152, au moment où Mathilde d’Anjou, tante d’HENRI PLANTAGENÊT y est abbesse.

Elle y signe alors une charte de son seul nom:

« Moi, Aliénor, par la grâce de Dieu, après avoir été séparée pour cause de parenté de mon seigneur, Louis le très illustre roi de France, et avoir été unie par le mariage avec mon très noble seigneur, Henri, comte d’Anjou, touchée par une inspiration divine, j’ai souhaité visiter la sainte congrégation des vierges de Fontevrault et, par la grâce de Dieu, j’ai pu réaliser cette intention que j’avais dans l’esprit. Je suis donc venue, conduite par Dieu, à Fontevrault, j’ai franchi le seuil où se rassemblent les moniales et là, le cœur plein d’émotion, j’ai approuvé, concédé et confirmé tout ce que mon père et mes ancêtres ont donné à Dieu et à l’église de Fontevrault, et en particulier cette aumône de cinq cents sous de monnaie poitevine que mon seigneur Louis, roi de France, qui était alors mon mari,  et moi-même, nous avions donnée. » 

Petites et grandes donations se sont succédé au fil des ans. Par exemple, à un moment donné, ALIÉNOR confirme la donation de  » 20 livres de Rouen prises sur les revenus du port de Dieppe pour permettre au monastère d’acheter des harengs à la Saint-Michel. »

RÉGINE PERNOUD: « LA FEMME AU TEMPS DES CATHÉDRALES »

*à noter les 3 orthographes du lieu utilisées au cours des âges: Font-Evrault, Fontevrault et Fontevraud actuellement.

ALIÉNOR réside notamment à FONTEVRAUD, idéalement placée au cœur du territoire Plantagenêt, après le retour de captivité de RICHARD CŒUR DE LION de 1194 à 1199, jusqu’à la mort de ce dernier. Mais elle devra revenir vers le monde pour gouverner aux côtés de JEAN SANS TERRE.

Il me reste à partager ici des extraits d’une lecture récente, celle du roman historique LA RÉVOLTE/ CLARA DUPONT-MONOD

(FONTEVRAUD) un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur

« (Fontevraud)C‘est un lieu que ma mère et moi aimons éperdument, un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur. Depuis toujours Aliénor en prend soin. Elle a prévu une rente pour l’achat des robes des religieuses, offert une croix de procession en or,des ornements liturgiques en soie, lancé la construction des murs autour de l’abbaye. Jean n’avait pas sa place dans cette cité de silence, repliée sur un magnifique jardin. Il y a de longs couloirs en arcades, au solde damier noir et blanc, de hautes fenêtres qui donnent sur les vignes plantées en terrasses.Le toit des cuisines domine l’ensemble, un toit hérissé de piques pierreuses et de cheminées sous cloches, d’où s’échappe l’odeur des poissons fumés. Enfant, je me souviens du silence et de la pâleur de la pierre. L’air semblait immobile, sans un bruit… »

Les cuisines romanes

Cette quiétude, c’était sa part manquante

« Soudain, je me souviens de l’abbaye de Fontevraud, où les moniales mangent sans un mot et sans visage en face d’elles. Rien ne m’avait plus impressionné que ce rituel. Trois cents femmes assises à de longues tables sous une charpente immense, chacune montrant son dos à celle placée derrière elle, dans un réfectoire tourné vers le soleil…J’avais compris l’attachement de ma mère pour cette abbaye. Cette quiétude, c’était sa part manquante. »

les chardons bleus de Fontevraud

« Ma mère… Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu. A mes côtés. On la sculptera couchée, les pieds vers l’Orient. Cette statue se tiendra là, sous des voûtes irradiées de lumière… Entre ses mains, on sculptera un livre ouvert, de pages blanches. »

« Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu.«  Elle qui eut un destin d’exception et un caractère libre.

Deux fois reine, elle continue à nous subjuguer. Si vous voulez la voir vivre, et c’est absolument magique, plongez dans les deux romans historiques de CLARA DUPONT-MONOD.

Dans le premier, « LE ROI DISAIT QUE J’ÉTAIS DIABLE », ALIÉNOR vit par les yeux et les mots du roi LOUIS VII. Dans le deuxième paru récemment « LA RÉVOLTE« , elle est vue par les yeux et les mots de son fils RICHARD CŒUR de LION. Je trouve ce roman très attachant par son monologue poétique et hautement littéraire: la langue y est belle, comme les sentiments évoqués. La fiction, sous le contrôle d’éminents spécialistes, notamment MARTIN AURELL, ne permet-elle pas de combler les vides, de comprendre ce que fut la réalité d’une femme, d’une famille, d’une époque? De plus la couverture est très belle; on a plaisir à l’effleurer, à rêver. J’aurais aimé que la lecture de ce roman-monologue ne s’arrêtât jamais.

Merci à tous les auteurs cités au fil des billets. J’ai encore tant à apprendre.

Merci à ceux et celles qui m’ont lue jusqu’au bout. Si je suis passionnée par le personnage d’ALIÉNOR, je ne suis ni une inconditionnelle de la royauté, ni ne cherche à excuser les pages sombres de sa vie. Ce qui m’attire, c’est ce destin de femme libre, compte-tenu de la période historique. Je cherche à COMPRENDRE de fil en aiguille…

Récemment, j’ai aussi relu ‘L’HOMME-JOIE de CHRISTIAN BOBIN et il me semble que cette citation trouve sa place ici:

« Les morts sont des gens étranges. Leurs paupières ont la lourdeur des pierres de monastère. On les dirait captifs d’une lecture indéchiffrable. »

Pour terminer je vous souhaite une bonne visite de FONTEVRAUD en suivant le lien:http://www.fontevraud.fr/Visiter-Fontevraud/L-abbaye-Royale-de-Fontevraud-vue-d-un-drone

Le cloître du Grand-Moûtier

ROBERT D’ARBRISSEL (1045-1116)

 L’abbaye de Fontevraud, et avec elle l’ordre du même nom, ont été fondés par une personnalité à part : ROBERT D’ARBRISSEL, issu d’une famille de prêtres de père en fils.

Il avait une voix tonitruante. Et c’était nécessaire car il s’est fait connaître par une tournée de prédication. Il allait sur les routes, suivi par un grand nombre d’adeptes.

Selon lui chacun pouvait accéder au salut et il pensait que ça valait aussi pour les femmes.

Il prônait la chasteté en couchant à côté des femmes. Cela lui a été reproché et a été assimilé à un péché d’orgueil.

en arrière-plan le clocher de l’église abbatiale

En 1095, il devient ermite dans la forêt de Craon (Mayenne)

En 1101, il fonde une communauté qui s’installe à l’abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire), lieu idéalement situé à l’intersection des régions d’Anjou, de la Touraine, et du Poitou.

Mort en 1116, il est enterré dans le Chœur de Fontevraud. Sa tombe se trouve dans une partie non ouverte au public.

Fontevraud, était un monastère mixte, ouvert à toutes les origines sociales, ce qui était assez extraordinaire pour l’époque.

L’ordre de Fontevraud a perduré jusqu’à la Révolution. La règle  a été édictée par ROBERT D’ARBRISSEL et revisitée notamment par Jeanne-Baptiste Bourbon

du côté de la salle capitulaire

LE POUVOIR AUX FEMMES, LA SALLE CAPITULAIRE EN TÉMOIGNE.

la salle capitulaire

En 1115,ROBERT D’ARBRISSEL nomme Pétronille de Chemillé, première abbesse de Fontevraud. Issue de la noblesse angevine, veuve, elle a rejoint la communauté de ROBERT D’ARBRISSELqui la choisit pour diriger l’abbaye mixte.

Depuis le XIIème siècle jusqu’à la Révolution, 36 abbesses se sont succédé.

D’AUTRES ABBESSES qui ont compté:

Gabrielle de Rochechouart

Au XVIIème siècle, Gabrielle de Rochechouart est nommée abbesse par Louis XV. Elle est la sœur de celle qui deviendra la marquise de Montespan, favorite de Louis XIV. Très cultivée, elle correspond avec des écrivains, traduit « Le Banquet de Platon » et fait jouer « Esther » de Racine.

détails du porche de la salle capitulaire

 Marie de Bretagne, arrive à 33 ans à Fontevraud. Elle redéfinit la règle de l’ordre de Fontevraud dans le sens de l’ascèse.

détails

Julie D’Antin, la 36 ème et dernière abbesse est éduquée à Fontevraud dès l’âge de 3 ans. Elle remet au goût du jour les nombreuses fêtes qu’aimait Gabrielle de Rochechouart. Elle devra quitter Fontevraud en 1792 et l’Abbaye est pillée et vendue comme bien national.12 ans plus tard, l’Abbaye est transformée en prison par un décret napoléonien. Elle l’était encore pendant la deuxième guerre mondiale. La prison, une des plus dures de France sera fermée en 1963.

le carrelage de la salle capitulaire

Louise de Bourbon et Renée de Bourbon

1542, sous l’abbatiat de Louise de Bourbon. eut lieu la reconstruction de la salle capitulaire. Les initiales des Bourbon apparaissent sur le sol, sur le porche…

http://www.cite-ideale.fr/la-salle-capitulaire-ou-la-gestion-collective-de-labbaye-royale/

Détails du porche

A noter que sur les 8 filles du roi Louis XV, 4 furent élevées à Fontevraud. Tout comme deux enfants d’Aliénor et Henri II y furent partiellement élevés : Jeanne(future Jeanne de Sicile) et Jean (Jean Sans Terre).

L’abbaye s’étend actuellement sur une surface de 13 ha et des panneaux explicatifs rendent hommage à l’œuvre de ROBERT D’ARBRISSEL sur les hauteurs du domaine qui offrent un magnifique point de vue.

une vue depuis l’espace Robert D’Arbrissel situé sur les hauteurs

 

 

FONTEVRAUD, 27 juillet 2016

Cela faisait longtemps que J’attendais le moment où j’apercevrais l’ABBAYE DE FONTEVRAUD.

J’avais reçu, dans mes débuts de blogueuse, des photos du gisant d’ALIÉNOR d’AQUITAINE, j’en avais vu la réplique au Musée d’Aquitaine,  Alors, je peaufinais ce rêve : aller à FONTEVRAUD.

Et puis, le 27 juillet 2016, au matin, apparut enfin le panneau du village puis bientôt l’ABBAYE.

Enfin!

Au fond, les gisants

En pénétrant dans la nef, devant le gisant d’ALIÉNOR, j’ai été submergée par l’émotion. Heureusement, il n’y avait pas encore grand monde. J’ai eu le privilège d’avoir ce face-à-face avec l’image d’ALIÉNOR d’AQUITAINE, le souvenir d’ALIÉNOR rien que pour moi pendant un temps très précieux. J’avais tant attendu cet instant. J’étais comblée.

Aliénor d’Aquitaine et Henri II

Bien sûr, je ne suis pas dupe. Il ne reste rien physiquement d’ALIÉNOR mais il reste cependant tant d’elle, l’essentiel, entre les murs où elle a vécu et bien au-delà.

Le souvenir des personnes habite les lieux, malgré tout ce qui a pu éloigner l’ABBAYE de sa vocation première au fil des époques. J’ai vibré devant ces gisants, ne pouvant détacher mon regard de celui d’ALIÉNOR si belle, si digne si élégante et fine, si féminine. Le poids des ans n’a pas de prise sur elle, même s’il en a sur la pierre. Il flotte comme un air de sérénité, une infinie tendresse palpable dans un je ne sais quoi de lumière. Notre petit monde a rendez-vous et aura toujours rendez-vous avec cette grande dame, avec ses failles, ses grandeurs et son destin. Unie, envers et contre tout à son deuxième mari, elle repose aux côtés du roi HENRI II ; Le fils chéri d’ALIÉNOR, RICHARD CŒUR DE LION et ISABELLE d’ANGOULÊME, la femme de JEAN SANS TERRE, leur font face.

Richard Cœur de Lion au 1er plan

Isabelle d’Angoulême et Richard Cœur de Lion

ALIÉNOR les éclipse tous : nous n’avons d’yeux que pour elle : Après des siècles, elle nous fascine toujours.

« Le gisant d’Aliénor semble être une des premières représentations en Occident d’une femme à la lecture ». Xavier Kawa Topor, directeur de L’Abbaye royale de Fontevraud de 2005 à 2014.

Il est à noter que le cœur de JEAN SANS TERRE fut aussi confié à FONTEVRAUD.

La journée se poursuivra ensuite avec la visite guidée, puis nous continuerons seuls la découverte de l’immense domaine… Je rapporterai, comme je le fais souvent, non pas un peu de terre mais un petit caillou du chemin.

Le personnage d’ ALIÉNOR a toujours été une source d’inspiration et le poème qui suit s’inscrit dans cette lignée. Il a été composé par JACQUES ROUBAUD, à la suite de sa visite de l’ABBAYE en août 2013. C’est une méditation face au gisant d’Aliénor, à ses yeux fermés, à son livre ouvert, vide. Il invite le lecteur à inventer un livre possible, à méditer sur le néant. Il suit la forme de la sextine.

Les auteurs de l’Oulipo ont été invités à répondre à la question : que lit Aliénor ?

http://www.fontevraud.fr/lelivredalienor/

 

Le livre d’Aliénor, sextine

 

Morte, allongée, Aliénor

Dans ses mains de gisante tient un livre

Je le regarde ouvert devant mes yeux

Appuyé sur deux doigts de chaque main

Mais si tout semble prêt pour la lecture

Sur les pages du livre il n’y a rien

 

Pas un seul mot n’est là, rien

Sur les pages du livre d’Aliénor

Étrange proposition de lecture

Que celle-là, pages blanches d’un livre

Que morte la lectrice eut dans ses mains

Mais qui n’offrent qu’un néant à ses yeux

 

J’observe de près ses yeux

Il me semble qu’ils ne regardent rien

Sous la violence des siècles la main

A perdu son pouce droit, Aliénor

Perpétuellement soutient son livre

Le regard ailleurs, pour quelle lecture?

 

Décidées pour la lecture

Les pages grises de poussière, aux yeux

Vont-elles se remplir de signes? Livre

Qu’un ange saurait à partir du rien

Emplir de lumière pour Aliénor

Et guider vers l’écriture sa main

 

On imagine sa main

Prête à la ‘tourne’ des pages, lecture

De prières, de psaumes qu’Aliénor

Voulait voir toujours offerts à nos yeux

Où ce serait le poème du ‘rien’

Du ‘pur néant recueilli en ce livre

 

Que chacun invente un livre

Qu’il le confie en pensée à ces mains

Qu’il y médite la leçon du rien,

De la mort terminable, et la lecture

En soit proposée silencieuse aux yeux

De la gisante en attente, Aliénor

 

JACQUES ROUBAUD

la place du village

perspective d’une rue

une très vieille porte.