lever du soleil à l’automne sur le Douro

2020

Déjà !

J’ai faim de la nouvelle année

Hâte de la croquer à l’aune d’une jeune vie d’espérance.

Hâte d’en verser son lait dans la jarre de chaque jour.

Goutte à goutte, sans en perdre une seule.

Sera-t-il possible de LA traverser dans la promesse du matin, sortant de la brume ses atouts de lumière ?

le matin de Noël
elle caresse la pierre
la rose de Ronsard?

Aura-t-ELLE la fragilité, les transparences, mais aussi la subtilité d’une fleur d’été éclose pour Noël ?

Ou bien se balancera-t-ELLE au gré du vent comme les dernières roses veloutées de l’année ?

panorama d’automne
ou sillage des jours?

Nous montrera-t-ELLE le chemin, le bon chemin qui nous mènera à notre propre rencontre ; celui qui s’efface peu à peu au crépuscule et ressurgit sous la caresse du soleil le lendemain ?

Nous accordera-t-ELLE ce précieux silence diaphane où vient parfois s’asseoir le volcan des mots ou bien la sagesse ?

« Ce n’est pas moi qui vois les choses. Ce sont les choses qui me donnent leurs yeux. Les images pures, personne ne les invente. L’âme de l’arbre se sépare un instant de l’arbre, vient sur la page, écrit le poème sur l’arbre et signe Ronsard » écrit Christian Bobin dans » la Nuit du Cœur ».

Comme Sylvain Tesson et Vincent Munier laissant leurs traces dans la blancheur virginale du « TIBET Minéral Animal » ou «TIBET Promesse de l’invisible », nous avancerons, à l’affût, imprimant chaque page blanche de 2020.

Que 2020 nous irradie d’harmonie, de couleurs jaillies du blanc, jaillies du noir.

Profitons de chaque étincelle de lumière.

rosace de l’église de La Rochefoucauld(Charente)

2020 nous regarde. Soyons au rendez-vous.

Cap vers l’horizon!

« Horizon » sur le Grand-Théâtre(Bordeaux)
Même pas le vertige

Bonne Année 2020 pour vous tous.

en 2017
Petits pins deviendront grands
en 2017

Le sort des jeunes plantations est différent selon les terrains. La première parcelle de lande replantée en 2015 est pour ainsi dire sans histoire. Les petits pins poussent et, au gré des saisons, nous admirons le vert tendre des aiguilles et la bruyère, essentiellement la bruyère cendrée (Erca cinerea). Elle voisine avec la callune qui est moins généreuse chez nous.

la callune
la bruyère cendrée

A la fin de l’été, à l’automne, les tapis roses odorants attirent l’œil: ça sent le miel, les abeilles bourdonnent: bientôt on pourra consommer le miel de bruyère.

comme par enchantement
Gros plan

Plus rare, la bruyère cendrée blanche, pousse à raison d’un pied, toujours au même endroit. Depuis que je parcours la lande, c’est-à-dire depuis l’enfance, j’ai dû rencontrer en tout et pour tout 3 ou 4 pieds de cette bruyère blanche et rare que je couve amoureusement du regard, ne m’autorisant qu’un prélèvement de quelques brins dans un gros bouquet rose à faire sécher. Pour moi, à chaque découverte, c’est un moment de pure émotion.

Cette année, le pied de bruyère blanche n’a pas refleuri.

dommage!

Cependant, ces jours-ci, nous avons découvert que les chevreuils sont venus se délecter des jeunes troncs.

Un chevreuil, c’est mignon, quand ça vient brouter les pommes sous un pommier, à 20 m de nous, alors que nous pique-niquons; mais dans les jeunes plantations, c’est définitivement NON! Ils grignotent la tendre cime du jeune plan, ou bien le tronc du jeune arbre condamnant l’arbre à végéter ou à mourir.

Soyons positifs! J’ai aussi ressenti un grand bonheur quand j’ai vu apparaître les premières pommes de pins cet été sur ces jeunes arbres.

les premières pignes!

Ce automne, au matin , la lumière faisait resplendir les ajoncs, qui ont subi un enveloppement à la manière de Christo. C’était doux, soyeux, élastique. Nous avons pensé au travail des araignées, assurées de ne pas être dérangées.

à la manière de Christo
un travail d’artiste
en 2019
Le chêne nous sert de référence, car il est en train de se faire dépasser en hauteur par les jeunes pins. Nous sommes aussi dépassés!
2019, la pousse est drue.

Petit clin d’œil trouvé dans « La maison du retour » de Jean-Paul Kauffmann

« Le tour de l’airial que j’effectue quotidiennement fait partie de ces joies simples. Elles ne sont pas exemptes de contrariétés. J‘évoquais tout à l’heure la terre des Landes-assurément il y a des malheurs plus grands. Personne ne peut rien contre la nature du sol. En revanche, il me faut affronter de terribles adversaires: les chevreuils et les bambous. »Bambi et bambou », comme le résume plaisamment Joëlle. Dès mon arrivée aux Tilleuls, je les avais clairement identifiés. Ces deux-là, qui a priori ne figurent pas parmi les nuisances de la nature, allaient me donner du fil à retordre. Aujourd’hui, je ne souhaite pas qu’ils disparaissent mais qu’ils se contiennent.

Les invités des Tilleuls ne comprennent pas une telle hostilité à l’égard de ces gracieux cervidés. Certains petits-déjeuners pris sous l’auvent donnent l’occasion de voir à quelques mètres les chevreuils bondir dans la lumière du matin. une telle scène comble tous les fantasmes de la vie à la campagne… J’ai beau expliquer à mes amis que les chevreuils ne sont que des prédateurs, je me heurte à un mur. Les premières années, les jeunes essences sont mortes les unes après les autres. J’ai vite compris la cause de cette hécatombe: les chevreuils. Ces charmants animaux adorent l’écorce des jeunes arbres. ils épluchent consciencieusement le tronc. Une fois l’écorce mangée, l’arbre meurt… »

Dans mon prochain article, nous suivrons l’évolution d’autres plantations: autre terre, autre configuration,autres problèmes…

en attendant, la forêt est fragile: prenez-en soin: pour vous et pour les générations futures.

un matin d’automne 2019

« Pour accéder à la postérité, on n’est pas obligé d’être un génie ou un roi, il suffit seulement de planter un arbre… »

Yasmina Khadra/ Ce que le mirage doit à l’oasis

*

Petit à petit le projet de reboisement se précise et finit par voir le jour, pour nous, sur la première parcelle, en 2015. Avec beaucoup d’interrogations:

-comment créer une future forêt vivante, bénéfique? Une forêt dans laquelle reviendront de nombreux habitants: oiseaux, araignées, carabes, papillons de jour, coléoptères saproxyliques(bois mort)…

-quel choix faut-il faire pour dessiner les paysages de demain?

Compte tenu de la présence de petits chênes bien implantés sur le terrain, et ayant résisté aux tempêtes, nous avons absolument tenu à les garder. Les sols étant plutôt pauvres et arides, nous avons opté pour des plantations classiques de pins maritimes. Bien sûr nous avons aussi gardé les petits pins déjà sur le terrain issus des graines de pins abattus par Klauss.

Fin 2018, dans les Landes,

200 000 ha ont été reboisés en pins maritimes, soit 250 millions d’arbres.

Le plan de reboisement, à partir de pins de 4 ème génération, prévoit des cycles de culture plus courts mais le temps peut être allongé en fonction du terrain.

Voici maintenant un aperçu des travaux.

Les souches ont été mises en tas et ont séché durant un temps assez long.Un an environ, le temps d’être lavées par la pluie.
la machine à dessoucher
le terrain est aplani
le chêne veillera sur les futures plantations
le tracteur de labourage
le terrain est labouré: sillons et billons
après le labourage
les petits pins en attente de plantation
le travail est effectué à la main (Société Planfor)
la canne à planter
merci d’avoir accepté de faire connaître cet aspect du travail de reboisement
Petits pins deviendront grands (on l’espère)
Ceux-ci ont été plantés en fin d’hiver
et ceux-ci en fin de printemps

Il ne reste plus qu’à surveiller les plantations, et selon le terrain à effectuer les travaux d’entretien. Il ne reste plus qu’à dire aux petits pins qu’on les aime et qu’un jour, nous les confierons aux générations suivantes.

un petit pin c’est comme cela
mais ramené à la taille du pied…

Je ne manquerai pas, par la suite de vous montrer l’évolution des plantations, avec ses joies et les aléas qui vont avec.

Et surtout…

Parce que la forêt nous veut du bien,

N’oubliez pas:

La forêt est fragile, il faut la protéger.

« Parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui, et lui rendre hommage non de nos vains bavardages mais de notre silence? »THÉODORE MONOT

dans la lande

LE PAYS PARLE À MI-VOIX:

pendant quelques années, il fallut attendre, organiser l’après-tempête, laisser sécher les souches, les faire enlever, laisser reposer le terrain, attendre, attendre encore avant de repartir à zéro.

Attendre

Lorsque je me promenais seule, dans cette lande à perte de vue, j’avais le cœur gros au nom de ce passé disparu et malgré tout, je mesurais ma chance de pouvoir marcher, flâner, sans rencontrer âme qui vive. Un mot revenait en boucle dans ma tête: « désert, désert, désert à l’infini ». Il ne me fallait pas aller bien loin pour trouver le désert.

Il y avait ces terrains qui se reposaient et puis ceux qui étaient retournés définitivement à l’état de lande parce que leurs propriétaires renonçaient à reboiser.

Il y avait ce silence, tantôt silence de luxe dans notre société actuelle, tantôt un silence lourd, pesant, synonyme d’abandon, de retour à la lande sans son aspect pastoral.

aussi loin que porte le regard

Je pensais alors à mes ancêtres juchés sur leurs échasses afin de surveiller leurs troupeaux, ceux d’avant la loi de 1857 de Napoléon III, qui avait mis un terme à cette civilisation agro-pastorale, en généralisant les plantations de pins, créant ainsi le plus grand massif forestier.

entre ciel et terre

Un homme a immortalisé ce changement de société: FÉLIX ARNAUDIN(1844_1921), originaire de Labouheyre(40).Formidable témoin de cette révolution naissante, sillonnant ce coin des Landes durant 50 ans, pour immortaliser par la photo les derniers soubresauts de la vie rurale et les paysages originels, il se déplaçait inlassablement sur une distance d’environ 60 km.

un livre-mémoire

Il y a quelques années, une exposition remarquable lui fut consacrée au MUSÉE d’AQUITAINE(Bordeaux) intitulée »LE GUETTEUR MÉLANCOLIQUE. Accompagnée d’un livre d’une rare beauté retraçant l’œuvre unique de FÉLIX ARNAUDIN (négatifs sur verre et tirages originaux), si riche de passion, de précision, si émouvante, nous plongeâmes , grâce à ces clichés présentés pour certains de façon panoramique, dans ce qu’il appelait « la vastitude ».

l’eau des marais, des lagunes, des crastes, le trop-plein des pluies…

SAUF QUE… Dans cet après-tempête, en parcourant la lande, j’avais la sensation de revivre ces paysages originels.

« … le ciel béant, la terre inhabitée, vide à donner le vertige… » écrivait FÉLIX ARNAUDIN.

Lui aussi guettait les arbres solitaires

Je revenais sans cesse vers des écrits évoquant le désert, sous la plume notamment de J-M-G LE CLÉZIO. Comme Bernard Pivot, lors de la parution du livre « DÉSERT », j’étais persuadée que je ne me lasserais pas de ce roman à double lecture, à lire tantôt sous l’éclairage de ses deux personnages, tantôt histoire après histoire.

Il évoquait ce que je ressentais; « un pays perdu, un lieu de mythe, une plongée au cœur du temps »,  » un paysage vide, du vent », « une aire de recueillement, d’énergie ».

au jour finissant

« Ce qui sépare le nomade du sédentaire (c’est-à-dire du citadin), c’est cette faculté qui est celle du marin sur son bateau, ou de l’Esquimau sur sa banquise, de distinguer le moindre changement, d’admirer la variété là où d’autres ne verraient que du vide. Ici, nous avons tout à apprendre. »

J-M-G LE CLÉZIO

le théâtre du silence
légère brume

à suivre

 » Si la forêt mourait, le monde inconsolable,

Irait jusqu’à la mer recueillir ses sanglots;

La lande dénudée deviendrait vulnérable,

Et l’âme du désert envahirait les flots. »

JEAN-ANDRÉ JEANNIN/ SONGES SUR LA LANDE

3 mois après, des grumes à perte de vue

Partout, au bord des routes, au bord des pistes forestières, des pare-feu, des grumes. Pour nous ici, restait le seul souvenir de cette parcelle de pins qui avait été plantée peu de temps après les incendies d’après guerre. Ces pins étaient beaux, mais poussaient lentement, car nous sommes ici sur des terres pauvres.

Avant la tempête, 8 millions de m3 de bois étaient écoulés par la filière bois chaque année. Il a suffi d’une nuit pour se retrouver avec 40 millions de m3 à terre,soit l’équivalent de 5 années de récolte.

Il fallait donc écouler en urgence, ce qui pouvait l’être et réaliser le stockage du reste sous aspersion continue. Sinon, le bois aurait bleui et n’aurait plus été exploitable. 8 millions de m3 ont été ainsi stockés.

Jeu de construction/déconstruction

Évidemment, les prix ont dégringolé, passant de 35€ le m3 à 3 ou 4 € le m3. Autant vous dire qu’on était vite la proie d’intermédiaires flairant l’aubaine et que parfois avec des bois jeunes (de 10 à 15 ans d’âge), c’était tout juste s’il restait quelques euros, une fois les camions partis.

Mais pour pouvoir exploiter les bois, il a fallu d’abord , dans l’urgence,dégager les pistes d’accès(28000 km dans les Landes) avec l’aide de toutes les forces vives: militaires, pompiers venus d’une multitude de départements, Sécurité Civile, volontaires, bûcherons venus de l’Europe entière.

Les géants à terre et ceux qui ont résisté

3 mois après je faisais mienne la citation de J-M-G Le CLÉZIO dans GENS DES NUAGES:

« Le trésor s’est éparpillé comme le sable, il est dans l’ombre des ravins, dans les puits, sur les arbustes des dunes. Il est dans la mémoire. Non seulement la mémoire des hommes, la mémoire des plantes, la mémoire du ciel et du vent. »

je n’oublie pas la vision esthétique de la situation, même si le cœur n’y est pas.

au sol les traces du ballet des engins

« Quand le soir venu, la tempête s’annonce

Par un ciel déchiré et de sourds grondements;

La lande touche aux nues et l’horizon s’enfonce,

Ne faisant plus qu’une ombre avec les éléments.

JEAN-ANDRÉ JEANNIN/ SONGES SUR LA LANDE.

« Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout… »
THÉOPHILE GAUTIER

Ce même poète qui osait la comparaison entre l’arbre semblable à un soldat blessé qui veut mourir debout et le poète, qu’aurait-il écrit en voyant ainsi la résine couler?

l’âge de l’arbre

Les souches nous permettent de lire dans l’arbre à terre comme dans un livre d’Histoire: le livre de SON histoire.1 cercle de bois par an et selon que l’arbre aura connu des années néfastes (sécheresse, autre arbre lui faisant de l’ombre, attaque d’insectes…) les cercles seront plus ou moins étroits.

En tous cas, voici les différentes parties d’un tronc:

1-l’écorce

2-l’assise cambiale, zone très mince située juste entre l’écorce et le bois

3-l’aubier: bois fabriqué par l’assise cambiale les années précédentes

4-le bois de cœur au centre.

en gros plan

le temps des comptes.

à suivre…

avant le passage de Klauss

« La fille, cette fille, a étudié le latin et le grec. Elle a appris l’étymologie de humilié. Elle sait que humilié, étymologiquement, veut dire qui est au sol, à terre, humus le sol en latin, comme dans inhumer et exhumer, et posthume; au sol, sur la terre, dans la terre, planté dans la terre comme un arbre. Depuis toujours, depuis qu’elle a pris conscience d’être, elle se sent comme ça, plantée en terre comme un arbre, comme l’érable de la cour de la ferme…

Elle se sent plantée en terre comme l’érable de la cour, cet érable, ou comme les frênes au bord de la Santoire, ou comme certain hêtre du pré qu’elle connaît mieux que personne, muettement;depuis toujours, très très longtemps avant de se frotter au latin et d’être frottée de latin, très très longtemps avant de lire Flaubert et Homère, elle a eu cette histoire avec les arbres en particulier, et avec le pays, voire le paysage, voire les paysages en général.

Avoir une histoire comme on dit d’une histoire d’amour, sauf que cette histoire d’amour-là ne finit pas, elle dure depuis que cette fille est au monde, et c’est une grâce inouïe, une grâce une force un jet une joie un élan une source; on ne sait pas bien quel mot mettre là, je ne sais pas bien, on s’y épuiserait. »

MARIE-HÉLÈNE LAFON/ CHANTIERS

une des cabanes de mon enfance

En ce qui me concerne, il ne faut pas prendre toute ressemblance avec Marie-Hélène Lafon au pied de la lettre, tout au moins pour le grec qui n’a jamais fait partie de mon apprentissage, pas plus que pour l’érable ou le frêne qui ne sont pas partie prenante du paysage landais.Mais cependant, mon attachement viscéral va vers les chênes de l’airial, qui aujourd’hui ne sont plus, vers ceux de la forêt aussi,ceux qui poussent spontanément, et vers ces pins qu’une amie québécoise avait trouvés « si maigres » et dont elle se demandait s’ils étaient malades. Et bien sûr, j’ai cette histoire d’amour avec le sol, si maigre soit-il; qu’il soit d’ajoncs ou de bruyère, de fougères, de sable, de terre à fouler, d’un lieu où s’ancrer, avec ce qui veut bien y pousser.

Ces mêmes pins qui refusent de se livrer et de livrer leur monde subtil à ceux qui ne les voient que depuis l’autoroute, à 130km/ et dont parlait le poète, mettant le pin au cœur d’un symbole:

« On ne voit en passant par les Landes désertes,

Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,

Surgir de l’herbe sèche est des flaques d’eaux vertes,

D’autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc… »

écrivait Théophile Gautier.

Bien sûr je m’insurge contre cette description ni tout à fait vraie, ni tout à fait fausse, et puis les derniers gemmeurs ou résiniers ont déserté les forêts avec leur « hapchot » et leur échasse appuyée contre le pin, comme mon grand-père maternel. ou mon père.

La craste en février

Landes d’avant Klauss

j’ai aussi de ces aubes en camaïeu
où la rosée pianote sur les fougères
et diamante les dentelles d’araignées
de pin à pin comme toile de nuit
à suspendre au creux du petit jour.
Les chemins se sablent doré
et les pas de fraîche en fraîche
sont de pure virginité.
L’espoir en sautoir
brode les rayons d’horizon.
Rien ne bruit. Tout est doux
Roux et or pâtiné d’humidité.
La lande mijote son ardeur
et ses cigales heureuses
entre deux tartines d’été.
Les heures n’ont de cesse
de préparer en secret
le volcan de midi
les couleurs de Van Gogh
au zénith de l’air en suspension.
La lande poudroie
La lande rougeoie
et tourne en dérision
le passé décomposé
des sombres années
où la forêt était sueur
était chemin du résinier.
Le souvenir est contemplation
nectar d’enfant nourri de sa passion.

Maïté L

« Ces traits tirés à l’infini, ces chemins à perte de vue paraissent rectilignes, ouverts alors que rien n’est plus sinueux, plus secret que cet alignement de pins compact et inépuisable »
JEAN-PAUL KAUFFMANN: LA MAISON DU RETOUR
*
à suivre

De l’abattement à l’espoir

Il me faut planter le décor de la série de billets qui vont suivre:

Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2009, la tempête Klauss a tué 12 personnes en France et mis à terre 230 000 ha de forêt, soit 60% du massif landais.

Depuis cette nuit-là, après le passage du vent à 130, 140 km/h, les Landes ne sont plus comme avant et j’ai eu, au fil des ans, l’impression de traverser un champ de désespoir, d’où s’était enfuie toute vie, puis un désert, avant de reprendre espoir, afin d’effacer peu à peu le traumatisme.

Mon père, sylviculteur, ancien résinier, était mort 4 ans auparavant. Ma mère était octogénaire. Une montagne de problèmes s’est élevée devant nous. » Nous », c’est avant tout mon mari, sans qui rien n’aurait été possible.

A 84 ans, ma mère a parcouru la forêt avec moi pour évaluer les pertes de plusieurs générations: elle avait, dans son enfance, planté certains des pins à terre.

Nous sommes de petits acteurs de la forêt et notre chance a été de nous regrouper en association, de trouver sur notre chemin des bénévoles qui n’ont compté ni leur temps ni leurs efforts. Sans eux, nous n’aurions pu reboiser.

Nous avons dû apprendre en urgence; nous ne sommes pas toujours tombés sur des gens honnêtes. Cependant, c’était une évidence qu’il fallait reconstituer la forêt pour les générations futures: nous ne sommes que les maillons d’une chaîne.

Notre travail n’est pas terminé mais je tiens à présenter les étapes qui le jalonnent.

Il s’agit aussi d’un attachement à mes racines.

AVANT, c’était comme ça:

la forêt majestueuse

Entre ombre et lumière
un pare-feu

LE VIEUX PAYSAN LANDAIS

Quand le vieux paysan sentait la mort le frôler

Et que la vieillesse, au soir d’une journée

De travail bien remplie, sans aucune force le laissait,

Lorsque la terre nourricière désormais il ne pouvait

Plus venir la labourer… Dans ses champs abandonnés,

Il donnait, une dernière fois, contraint et forcé

La vie dans des sillons de sa main tremblante tracés

A de jeunes plants de pins maritimes destinés

A croître cinquante ou soixante-dix ans bien comptés.

Alors on voyait à ses côtés, dans un élan de solidarité,

Frère, cousin, femme, enfants et voisin affairés,

Ne pas ménager leur peine et contribuer

A passer le flambeau aux descendants à peine nés.

ET juste avant de mourir, le cœur plein de sagesse, apaisé,

Il parcourait une dernière fois ses petites parcelles boisées

Avec dans le cœur, le sens du devoir accompli et la fierté

D’embrasser d’un regard rassuré

Ces terres de sueur qu’il avait tant aimées.

Mais déjà la Terre s’était mise à protester

Et tempêtes après tempêtes déclenchées

Les éléments inlassablement se déchaînaient.

Les mauvaises années se succédaient

Laissant craindre le feu qui tout ravageait

Ou les nuits interminables où les pins s’écrasaient

Dans un fracas d’enfer contre sa porte sans s’arrêter.

Puis vint Klauss et l’horreur jamais égalée.

Aujourd’hui, en passant devant la porte du cimetière déglinguée

J’ai simplement dit, moi aussi résignée,

« Pépé, mémé et papa si vous saviez

Comme d’autres vous perdriez la mémoire des faits

… Ou vous en mourriez »!

Maïté Ladrat/ Landes le 29/01/2009

APRÈS

Volis et chablis
au loin des pins ont résisté

à suivre

à toutes mes lectrices, à tous mes lecteurs

Que chaque jour

 Le rêve jaillisse

Du plus profond

De nous-mêmes

Que le regard s’émerveille

Encore et encore.

Que chaque jour, chaque aurore

Trouve sa raison d’espérer.

Meilleurs Vœux

Du fond du cœur.

« La plus populaire des reines de France a passé ses quatorze dernières années près de l’abbaye où elle est enterrée… »

MARTIN AURELL, historien, médiéviste, spécialiste de l’Histoire des Plantagenêt. Il est LA référence pour beaucoup d’écrivains cités dans mes différents billets. Il a notamment écrit  » L’EMPIRE DES PLANTAGENÊT ».

ALIÉNOR D’AQUITAINE est liée à FONTEVRAUD par sa famille; sa grand-mère Philippa, comtesse de Toulouse était proche de ROBERT D’ARBRISSEL.

Elle y est allée pour la première fois en 1152, au moment où Mathilde d’Anjou, tante d’HENRI PLANTAGENÊT y est abbesse.

Elle y signe alors une charte de son seul nom:

« Moi, Aliénor, par la grâce de Dieu, après avoir été séparée pour cause de parenté de mon seigneur, Louis le très illustre roi de France, et avoir été unie par le mariage avec mon très noble seigneur, Henri, comte d’Anjou, touchée par une inspiration divine, j’ai souhaité visiter la sainte congrégation des vierges de Fontevrault et, par la grâce de Dieu, j’ai pu réaliser cette intention que j’avais dans l’esprit. Je suis donc venue, conduite par Dieu, à Fontevrault, j’ai franchi le seuil où se rassemblent les moniales et là, le cœur plein d’émotion, j’ai approuvé, concédé et confirmé tout ce que mon père et mes ancêtres ont donné à Dieu et à l’église de Fontevrault, et en particulier cette aumône de cinq cents sous de monnaie poitevine que mon seigneur Louis, roi de France, qui était alors mon mari,  et moi-même, nous avions donnée. » 

Petites et grandes donations se sont succédé au fil des ans. Par exemple, à un moment donné, ALIÉNOR confirme la donation de  » 20 livres de Rouen prises sur les revenus du port de Dieppe pour permettre au monastère d’acheter des harengs à la Saint-Michel. »

RÉGINE PERNOUD: « LA FEMME AU TEMPS DES CATHÉDRALES »

*à noter les 3 orthographes du lieu utilisées au cours des âges: Font-Evrault, Fontevrault et Fontevraud actuellement.

ALIÉNOR réside notamment à FONTEVRAUD, idéalement placée au cœur du territoire Plantagenêt, après le retour de captivité de RICHARD CŒUR DE LION de 1194 à 1199, jusqu’à la mort de ce dernier. Mais elle devra revenir vers le monde pour gouverner aux côtés de JEAN SANS TERRE.

Il me reste à partager ici des extraits d’une lecture récente, celle du roman historique LA RÉVOLTE/ CLARA DUPONT-MONOD

(FONTEVRAUD) un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur

« (Fontevraud)C‘est un lieu que ma mère et moi aimons éperdument, un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur. Depuis toujours Aliénor en prend soin. Elle a prévu une rente pour l’achat des robes des religieuses, offert une croix de procession en or,des ornements liturgiques en soie, lancé la construction des murs autour de l’abbaye. Jean n’avait pas sa place dans cette cité de silence, repliée sur un magnifique jardin. Il y a de longs couloirs en arcades, au solde damier noir et blanc, de hautes fenêtres qui donnent sur les vignes plantées en terrasses.Le toit des cuisines domine l’ensemble, un toit hérissé de piques pierreuses et de cheminées sous cloches, d’où s’échappe l’odeur des poissons fumés. Enfant, je me souviens du silence et de la pâleur de la pierre. L’air semblait immobile, sans un bruit… »

Les cuisines romanes

Cette quiétude, c’était sa part manquante

« Soudain, je me souviens de l’abbaye de Fontevraud, où les moniales mangent sans un mot et sans visage en face d’elles. Rien ne m’avait plus impressionné que ce rituel. Trois cents femmes assises à de longues tables sous une charpente immense, chacune montrant son dos à celle placée derrière elle, dans un réfectoire tourné vers le soleil…J’avais compris l’attachement de ma mère pour cette abbaye. Cette quiétude, c’était sa part manquante. »

les chardons bleus de Fontevraud

« Ma mère… Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu. A mes côtés. On la sculptera couchée, les pieds vers l’Orient. Cette statue se tiendra là, sous des voûtes irradiées de lumière… Entre ses mains, on sculptera un livre ouvert, de pages blanches. »

« Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu.«  Elle qui eut un destin d’exception et un caractère libre.

Deux fois reine, elle continue à nous subjuguer. Si vous voulez la voir vivre, et c’est absolument magique, plongez dans les deux romans historiques de CLARA DUPONT-MONOD.

Dans le premier, « LE ROI DISAIT QUE J’ÉTAIS DIABLE », ALIÉNOR vit par les yeux et les mots du roi LOUIS VII. Dans le deuxième paru récemment « LA RÉVOLTE« , elle est vue par les yeux et les mots de son fils RICHARD CŒUR de LION. Je trouve ce roman très attachant par son monologue poétique et hautement littéraire: la langue y est belle, comme les sentiments évoqués. La fiction, sous le contrôle d’éminents spécialistes, notamment MARTIN AURELL, ne permet-elle pas de combler les vides, de comprendre ce que fut la réalité d’une femme, d’une famille, d’une époque? De plus la couverture est très belle; on a plaisir à l’effleurer, à rêver. J’aurais aimé que la lecture de ce roman-monologue ne s’arrêtât jamais.

Merci à tous les auteurs cités au fil des billets. J’ai encore tant à apprendre.

Merci à ceux et celles qui m’ont lue jusqu’au bout. Si je suis passionnée par le personnage d’ALIÉNOR, je ne suis ni une inconditionnelle de la royauté, ni ne cherche à excuser les pages sombres de sa vie. Ce qui m’attire, c’est ce destin de femme libre, compte-tenu de la période historique. Je cherche à COMPRENDRE de fil en aiguille…

Récemment, j’ai aussi relu ‘L’HOMME-JOIE de CHRISTIAN BOBIN et il me semble que cette citation trouve sa place ici:

« Les morts sont des gens étranges. Leurs paupières ont la lourdeur des pierres de monastère. On les dirait captifs d’une lecture indéchiffrable. »

Pour terminer je vous souhaite une bonne visite de FONTEVRAUD en suivant le lien:http://www.fontevraud.fr/Visiter-Fontevraud/L-abbaye-Royale-de-Fontevraud-vue-d-un-drone

Ce mariage de Louis de France, futur Louis VII et d’Aliénor, duchesse d’Aquitaine, que signifie-t-il en termes de territoires ? Tout d’abord la promesse pour le roi d’exercer une influence directe sur des régions où elle n’est pour l’instant que théorique.

Retournons donc dans  le livre Aliénor d’Aquitaine de Régine Pernoud pour prendre toute la dimension de ces moments importants de l’Histoire de France:

« C’est avec surprise que l’on constate que, si le roi possède trente fermes à Marly, un four de verrier à Compiègne, des granges à Poissy et des moulins à Cherisy près de Dreux, s’il lève une taxe sur le marché d’Argenteuil et sur les pêcheurs du Loiret aux environs d’Orléans, les habitants de Senlis se trouvent quittes avec lui quand ils lui ont fourni, pour ses cuisines, les casseroles, les écuelles, l’ail et le sel pendant ses séjours dans la ville. Ses ressources sont ainsi faites d’une poussière de droits qui souvent nous paraissent infimes… »

Or le domaine aquitain, plus vaste que l’Île-de-France, est plus riche aussi. « Opulente Aquitaine, écrit un moine du temps, Héritier de Lobbes,…douce comme nectar grâce à ses vignes, semées de forêts, regorgeant de fruits, pourvue surabondamment en pâturages. » Largement ouverte sur l’océan, ses ports sont prospères. Bordeaux, de toute antiquité, La Rochelle fondée depuis peu exportent le vin et le sel ; Bayonne s’est fait une spécialité de pêche à la baleine.

Le train de vie en Aquitaine est réputé plus fastueux que celui du roi de France.

La Porte Cailhau, porte de la ville, côté Garonne avec un bout du rempart initial à droite

« Après la cérémonie religieuse à la cathédrale Saint-André un banquet dans le Palais de L’Ombrière rassemble près d’un millier de convives « sans compter la foule de peuple qui, aux alentours et dans les basses-cours du château, allait avoir ce jour-là sa part des énormes quartiers de viandes et des pièces de vin distribués à tout venant, comme c’était la coutume lors des mariages princiers.

Ce palais de L’Ombrière, dont le nom évoquait une fraîcheur rassurante en cet été torride, était situé à l’angle sud-est du grand quadrilatère que formaient les remparts de la vieille cité romaine, entre le cours du Peugue et celui de la Devèze….

à l’angle de la rue Sainte Catherine et du cours Alsace-Lorraine, 2 sculptures représentant le Peugue et la Devèze

Le Palais de L’Ombrière a été construit au début du X ème siècle par les ducs de Guyenne. Au milieu du XIIIème siècle, le vieux château fut remplacé par un nouveau palais

Le Palais de L’Ombrière

C’était une forteresse puissante, dominant les rives de la Garonne des hauteurs de son donjon, « l’Arbalesteyre : une grosse tour rectangulaire (18 mètres sur 14) aux murs épais flanqués de contreforts. L’actuelle rue du Palais de l’Ombrière passe juste au centre de ce qui fut la cour du château, qui subsistait encore au XVIIIème, ainsi que la salle principale, l’une et l’autre entourées d’une courtine longue de cent mètres environ et renforcée de deux tours, l’une en demi-cercle, l’autre en hexagone.

La Place du Palais vue depuis la Porte Cailhau

Place du Palais

détail de la Porte Cailhau

Charpente de la Tour

intérieur de la Tour devenue un musée

Assis auprès de cette éblouissante jeune fille en robe d’écarlate qui était devenue son épouse, Louis, comme les chevaliers qui l’entouraient, se sentait un peu déconcerté par l’entourage ; l’exubérance de la foule, plus hardie, plus court-vêtue que celle qui peuplait les domaines d’Île-de-France ou de champagne, le parler de langue d’oc qu’ils comprenaient mal, les manières plus bruyantes, les exclamations plus chaleureuses- tout cela les laissait un peu interdits, et ce n’est que lentement, au cours du banquet, dans l’atmosphère de joie générale, que se comblait la distance entre gens du Nord et gens du Sud… Toute la gaieté méridionale s’y donnait libre cours sous les yeux de la jeune duchesse d’Aquitaine, très à son aise dans un rôle de maîtresse de maison qu’elle était habituée à remplir à la cour de son père. Elle était belle, elle le savait ; on le lui avait dit souvent en vers et en prose…

Ce souverain se présentait sous l’aspect d’un jeune homme un peu frêle, un peu effacé, mais sympathique. Et Aliénor, très sûre d’elle-même, s’amusait de constater, aux regards que le jeune prince levait sur elle, qu’il était éperdument amoureux.

Les fêtes de mariage allaient se prolonger plusieurs jours, selon la coutume du temps. Le va-et-vient était continuel entre Bordeaux et les hauteurs de Lormont où les tentes dressées pour la suite royale apparaissaient de loin, taches éclatantes piquées dans la verdure. Sans cesse les petites barques qui assuraient le passage d’une rive à l’autre de la Garonne traversaient et retraversaient le fleuve. »

«  Seul, dans cette atmosphère étourdissante, Suger gardait le visage soucieux »…

vue du château du Prince Noir depuis l’autoroute

l’entrée au château

Le château a été réhabilité par Norbert Fradin

majestueux. Au fond le Pont d’Aquitaine

Dans les hauteurs de Lormont, on aperçoit encore de nos jours, le château du Prince Noir. Il surplombe le bourg. Aliénor l’a connu car il a été construit vers 1060 par Guillaume VII, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine. Elle y aurait séjourné lors de son mariage. J’ai eu l’opportunité de m’en approcher il y a quelques jours à peine.

vue sur le bourg depuis l’entrée du château.

Sur les hauteurs de Lormont se trouve aussi un magnifique parc d’où l’on peut apercevoir la courbe de la Garonne.

depuis les hauteurs de Lormont

 

« Hier j’ai commencé mes courses par une promenade le long de cet admirable demi-cercle que la Garonne forme devant Bordeaux (…)La colline vis-à-vis, à une demi-lieue au-delà de la Garonne, sur la rive droite, est faite exprès pour plaire aux yeux. Elle vient se terminer du fleuve, au village de Lormont, à l’extrême nord de cet admirable demi-cercle. » 

STENDHAL/ mai 1838

à suivre…