» Si la forêt mourait, le monde inconsolable,

Irait jusqu’à la mer recueillir ses sanglots;

La lande dénudée deviendrait vulnérable,

Et l’âme du désert envahirait les flots. »

JEAN-ANDRÉ JEANNIN/ SONGES SUR LA LANDE

3 mois après, des grumes à perte de vue

Partout, au bord des routes, au bord des pistes forestières, des pare-feu, des grumes. Pour nous ici, restait le seul souvenir de cette parcelle de pins qui avait été plantée peu de temps après les incendies d’après guerre. Ces pins étaient beaux, mais poussaient lentement, car nous sommes ici sur des terres pauvres.

Avant la tempête, 8 millions de m3 de bois étaient écoulés par la filière bois chaque année. Il a suffi d’une nuit pour se retrouver avec 40 millions de m3 à terre,soit l’équivalent de 5 années de récolte.

Il fallait donc écouler en urgence, ce qui pouvait l’être et réaliser le stockage du reste sous aspersion continue. Sinon, le bois aurait bleui et n’aurait plus été exploitable. 8 millions de m3 ont été ainsi stockés.

Jeu de construction/déconstruction

Évidemment, les prix ont dégringolé, passant de 35€ le m3 à 3 ou 4 € le m3. Autant vous dire qu’on était vite la proie d’intermédiaires flairant l’aubaine et que parfois avec des bois jeunes (de 10 à 15 ans d’âge), c’était tout juste s’il restait quelques euros, une fois les camions partis.

Mais pour pouvoir exploiter les bois, il a fallu d’abord , dans l’urgence,dégager les pistes d’accès(28000 km dans les Landes) avec l’aide de toutes les forces vives: militaires, pompiers venus d’une multitude de départements, Sécurité Civile, volontaires, bûcherons venus de l’Europe entière.

Les géants à terre et ceux qui ont résisté

3 mois après je faisais mienne la citation de J-M-G Le CLÉZIO dans GENS DES NUAGES:

« Le trésor s’est éparpillé comme le sable, il est dans l’ombre des ravins, dans les puits, sur les arbustes des dunes. Il est dans la mémoire. Non seulement la mémoire des hommes, la mémoire des plantes, la mémoire du ciel et du vent. »

je n’oublie pas la vision esthétique de la situation, même si le cœur n’y est pas.

au sol les traces du ballet des engins

« Quand le soir venu, la tempête s’annonce

Par un ciel déchiré et de sourds grondements;

La lande touche aux nues et l’horizon s’enfonce,

Ne faisant plus qu’une ombre avec les éléments.

JEAN-ANDRÉ JEANNIN/ SONGES SUR LA LANDE.

« Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout… »
THÉOPHILE GAUTIER

Ce même poète qui osait la comparaison entre l’arbre semblable à un soldat blessé qui veut mourir debout et le poète, qu’aurait-il écrit en voyant ainsi la résine couler?

l’âge de l’arbre

Les souches nous permettent de lire dans l’arbre à terre comme dans un livre d’Histoire: le livre de SON histoire.1 cercle de bois par an et selon que l’arbre aura connu des années néfastes (sécheresse, autre arbre lui faisant de l’ombre, attaque d’insectes…) les cercles seront plus ou moins étroits.

En tous cas, voici les différentes parties d’un tronc:

1-l’écorce

2-l’assise cambiale, zone très mince située juste entre l’écorce et le bois

3-l’aubier: bois fabriqué par l’assise cambiale les années précédentes

4-le bois de cœur au centre.

en gros plan

le temps des comptes.

à suivre…

avant le passage de Klauss

« La fille, cette fille, a étudié le latin et le grec. Elle a appris l’étymologie de humilié. Elle sait que humilié, étymologiquement, veut dire qui est au sol, à terre, humus le sol en latin, comme dans inhumer et exhumer, et posthume; au sol, sur la terre, dans la terre, planté dans la terre comme un arbre. Depuis toujours, depuis qu’elle a pris conscience d’être, elle se sent comme ça, plantée en terre comme un arbre, comme l’érable de la cour de la ferme…

Elle se sent plantée en terre comme l’érable de la cour, cet érable, ou comme les frênes au bord de la Santoire, ou comme certain hêtre du pré qu’elle connaît mieux que personne, muettement;depuis toujours, très très longtemps avant de se frotter au latin et d’être frottée de latin, très très longtemps avant de lire Flaubert et Homère, elle a eu cette histoire avec les arbres en particulier, et avec le pays, voire le paysage, voire les paysages en général.

Avoir une histoire comme on dit d’une histoire d’amour, sauf que cette histoire d’amour-là ne finit pas, elle dure depuis que cette fille est au monde, et c’est une grâce inouïe, une grâce une force un jet une joie un élan une source; on ne sait pas bien quel mot mettre là, je ne sais pas bien, on s’y épuiserait. »

MARIE-HÉLÈNE LAFON/ CHANTIERS

une des cabanes de mon enfance

En ce qui me concerne, il ne faut pas prendre toute ressemblance avec Marie-Hélène Lafon au pied de la lettre, tout au moins pour le grec qui n’a jamais fait partie de mon apprentissage, pas plus que pour l’érable ou le frêne qui ne sont pas partie prenante du paysage landais.Mais cependant, mon attachement viscéral va vers les chênes de l’airial, qui aujourd’hui ne sont plus, vers ceux de la forêt aussi,ceux qui poussent spontanément, et vers ces pins qu’une amie québécoise avait trouvés « si maigres » et dont elle se demandait s’ils étaient malades. Et bien sûr, j’ai cette histoire d’amour avec le sol, si maigre soit-il; qu’il soit d’ajoncs ou de bruyère, de fougères, de sable, de terre à fouler, d’un lieu où s’ancrer, avec ce qui veut bien y pousser.

Ces mêmes pins qui refusent de se livrer et de livrer leur monde subtil à ceux qui ne les voient que depuis l’autoroute, à 130km/ et dont parlait le poète, mettant le pin au cœur d’un symbole:

« On ne voit en passant par les Landes désertes,

Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,

Surgir de l’herbe sèche est des flaques d’eaux vertes,

D’autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc… »

écrivait Théophile Gautier.

Bien sûr je m’insurge contre cette description ni tout à fait vraie, ni tout à fait fausse, et puis les derniers gemmeurs ou résiniers ont déserté les forêts avec leur « hapchot » et leur échasse appuyée contre le pin, comme mon grand-père maternel. ou mon père.

La craste en février

Landes d’avant Klauss

j’ai aussi de ces aubes en camaïeu
où la rosée pianote sur les fougères
et diamante les dentelles d’araignées
de pin à pin comme toile de nuit
à suspendre au creux du petit jour.
Les chemins se sablent doré
et les pas de fraîche en fraîche
sont de pure virginité.
L’espoir en sautoir
brode les rayons d’horizon.
Rien ne bruit. Tout est doux
Roux et or pâtiné d’humidité.
La lande mijote son ardeur
et ses cigales heureuses
entre deux tartines d’été.
Les heures n’ont de cesse
de préparer en secret
le volcan de midi
les couleurs de Van Gogh
au zénith de l’air en suspension.
La lande poudroie
La lande rougeoie
et tourne en dérision
le passé décomposé
des sombres années
où la forêt était sueur
était chemin du résinier.
Le souvenir est contemplation
nectar d’enfant nourri de sa passion.

Maïté L

« Ces traits tirés à l’infini, ces chemins à perte de vue paraissent rectilignes, ouverts alors que rien n’est plus sinueux, plus secret que cet alignement de pins compact et inépuisable »
JEAN-PAUL KAUFFMANN: LA MAISON DU RETOUR
*
à suivre

De l’abattement à l’espoir

Il me faut planter le décor de la série de billets qui vont suivre:

Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2009, la tempête Klauss a tué 12 personnes en France et mis à terre 230 000 ha de forêt, soit 60% du massif landais.

Depuis cette nuit-là, après le passage du vent à 130, 140 km/h, les Landes ne sont plus comme avant et j’ai eu, au fil des ans, l’impression de traverser un champ de désespoir, d’où s’était enfuie toute vie, puis un désert, avant de reprendre espoir, afin d’effacer peu à peu le traumatisme.

Mon père, sylviculteur, ancien résinier, était mort 4 ans auparavant. Ma mère était octogénaire. Une montagne de problèmes s’est élevée devant nous. » Nous », c’est avant tout mon mari, sans qui rien n’aurait été possible.

A 84 ans, ma mère a parcouru la forêt avec moi pour évaluer les pertes de plusieurs générations: elle avait, dans son enfance, planté certains des pins à terre.

Nous sommes de petits acteurs de la forêt et notre chance a été de nous regrouper en association, de trouver sur notre chemin des bénévoles qui n’ont compté ni leur temps ni leurs efforts. Sans eux, nous n’aurions pu reboiser.

Nous avons dû apprendre en urgence; nous ne sommes pas toujours tombés sur des gens honnêtes. Cependant, c’était une évidence qu’il fallait reconstituer la forêt pour les générations futures: nous ne sommes que les maillons d’une chaîne.

Notre travail n’est pas terminé mais je tiens à présenter les étapes qui le jalonnent.

Il s’agit aussi d’un attachement à mes racines.

AVANT, c’était comme ça:

la forêt majestueuse

Entre ombre et lumière
un pare-feu

LE VIEUX PAYSAN LANDAIS

Quand le vieux paysan sentait la mort le frôler

Et que la vieillesse, au soir d’une journée

De travail bien remplie, sans aucune force le laissait,

Lorsque la terre nourricière désormais il ne pouvait

Plus venir la labourer… Dans ses champs abandonnés,

Il donnait, une dernière fois, contraint et forcé

La vie dans des sillons de sa main tremblante tracés

A de jeunes plants de pins maritimes destinés

A croître cinquante ou soixante-dix ans bien comptés.

Alors on voyait à ses côtés, dans un élan de solidarité,

Frère, cousin, femme, enfants et voisin affairés,

Ne pas ménager leur peine et contribuer

A passer le flambeau aux descendants à peine nés.

ET juste avant de mourir, le cœur plein de sagesse, apaisé,

Il parcourait une dernière fois ses petites parcelles boisées

Avec dans le cœur, le sens du devoir accompli et la fierté

D’embrasser d’un regard rassuré

Ces terres de sueur qu’il avait tant aimées.

Mais déjà la Terre s’était mise à protester

Et tempêtes après tempêtes déclenchées

Les éléments inlassablement se déchaînaient.

Les mauvaises années se succédaient

Laissant craindre le feu qui tout ravageait

Ou les nuits interminables où les pins s’écrasaient

Dans un fracas d’enfer contre sa porte sans s’arrêter.

Puis vint Klauss et l’horreur jamais égalée.

Aujourd’hui, en passant devant la porte du cimetière déglinguée

J’ai simplement dit, moi aussi résignée,

« Pépé, mémé et papa si vous saviez

Comme d’autres vous perdriez la mémoire des faits

… Ou vous en mourriez »!

Maïté Ladrat/ Landes le 29/01/2009

APRÈS

Volis et chablis
au loin des pins ont résisté

à suivre

à toutes mes lectrices, à tous mes lecteurs

Que chaque jour

 Le rêve jaillisse

Du plus profond

De nous-mêmes

Que le regard s’émerveille

Encore et encore.

Que chaque jour, chaque aurore

Trouve sa raison d’espérer.

Meilleurs Vœux

Du fond du cœur.

« La plus populaire des reines de France a passé ses quatorze dernières années près de l’abbaye où elle est enterrée… »

MARTIN AURELL, historien, médiéviste, spécialiste de l’Histoire des Plantagenêt. Il est LA référence pour beaucoup d’écrivains cités dans mes différents billets. Il a notamment écrit  » L’EMPIRE DES PLANTAGENÊT ».

ALIÉNOR D’AQUITAINE est liée à FONTEVRAUD par sa famille; sa grand-mère Philippa, comtesse de Toulouse était proche de ROBERT D’ARBRISSEL.

Elle y est allée pour la première fois en 1152, au moment où Mathilde d’Anjou, tante d’HENRI PLANTAGENÊT y est abbesse.

Elle y signe alors une charte de son seul nom:

« Moi, Aliénor, par la grâce de Dieu, après avoir été séparée pour cause de parenté de mon seigneur, Louis le très illustre roi de France, et avoir été unie par le mariage avec mon très noble seigneur, Henri, comte d’Anjou, touchée par une inspiration divine, j’ai souhaité visiter la sainte congrégation des vierges de Fontevrault et, par la grâce de Dieu, j’ai pu réaliser cette intention que j’avais dans l’esprit. Je suis donc venue, conduite par Dieu, à Fontevrault, j’ai franchi le seuil où se rassemblent les moniales et là, le cœur plein d’émotion, j’ai approuvé, concédé et confirmé tout ce que mon père et mes ancêtres ont donné à Dieu et à l’église de Fontevrault, et en particulier cette aumône de cinq cents sous de monnaie poitevine que mon seigneur Louis, roi de France, qui était alors mon mari,  et moi-même, nous avions donnée. » 

Petites et grandes donations se sont succédé au fil des ans. Par exemple, à un moment donné, ALIÉNOR confirme la donation de  » 20 livres de Rouen prises sur les revenus du port de Dieppe pour permettre au monastère d’acheter des harengs à la Saint-Michel. »

RÉGINE PERNOUD: « LA FEMME AU TEMPS DES CATHÉDRALES »

*à noter les 3 orthographes du lieu utilisées au cours des âges: Font-Evrault, Fontevrault et Fontevraud actuellement.

ALIÉNOR réside notamment à FONTEVRAUD, idéalement placée au cœur du territoire Plantagenêt, après le retour de captivité de RICHARD CŒUR DE LION de 1194 à 1199, jusqu’à la mort de ce dernier. Mais elle devra revenir vers le monde pour gouverner aux côtés de JEAN SANS TERRE.

Il me reste à partager ici des extraits d’une lecture récente, celle du roman historique LA RÉVOLTE/ CLARA DUPONT-MONOD

(FONTEVRAUD) un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur

« (Fontevraud)C‘est un lieu que ma mère et moi aimons éperdument, un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur. Depuis toujours Aliénor en prend soin. Elle a prévu une rente pour l’achat des robes des religieuses, offert une croix de procession en or,des ornements liturgiques en soie, lancé la construction des murs autour de l’abbaye. Jean n’avait pas sa place dans cette cité de silence, repliée sur un magnifique jardin. Il y a de longs couloirs en arcades, au solde damier noir et blanc, de hautes fenêtres qui donnent sur les vignes plantées en terrasses.Le toit des cuisines domine l’ensemble, un toit hérissé de piques pierreuses et de cheminées sous cloches, d’où s’échappe l’odeur des poissons fumés. Enfant, je me souviens du silence et de la pâleur de la pierre. L’air semblait immobile, sans un bruit… »

Les cuisines romanes

Cette quiétude, c’était sa part manquante

« Soudain, je me souviens de l’abbaye de Fontevraud, où les moniales mangent sans un mot et sans visage en face d’elles. Rien ne m’avait plus impressionné que ce rituel. Trois cents femmes assises à de longues tables sous une charpente immense, chacune montrant son dos à celle placée derrière elle, dans un réfectoire tourné vers le soleil…J’avais compris l’attachement de ma mère pour cette abbaye. Cette quiétude, c’était sa part manquante. »

les chardons bleus de Fontevraud

« Ma mère… Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu. A mes côtés. On la sculptera couchée, les pieds vers l’Orient. Cette statue se tiendra là, sous des voûtes irradiées de lumière… Entre ses mains, on sculptera un livre ouvert, de pages blanches. »

« Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu.«  Elle qui eut un destin d’exception et un caractère libre.

Deux fois reine, elle continue à nous subjuguer. Si vous voulez la voir vivre, et c’est absolument magique, plongez dans les deux romans historiques de CLARA DUPONT-MONOD.

Dans le premier, « LE ROI DISAIT QUE J’ÉTAIS DIABLE », ALIÉNOR vit par les yeux et les mots du roi LOUIS VII. Dans le deuxième paru récemment « LA RÉVOLTE« , elle est vue par les yeux et les mots de son fils RICHARD CŒUR de LION. Je trouve ce roman très attachant par son monologue poétique et hautement littéraire: la langue y est belle, comme les sentiments évoqués. La fiction, sous le contrôle d’éminents spécialistes, notamment MARTIN AURELL, ne permet-elle pas de combler les vides, de comprendre ce que fut la réalité d’une femme, d’une famille, d’une époque? De plus la couverture est très belle; on a plaisir à l’effleurer, à rêver. J’aurais aimé que la lecture de ce roman-monologue ne s’arrêtât jamais.

Merci à tous les auteurs cités au fil des billets. J’ai encore tant à apprendre.

Merci à ceux et celles qui m’ont lue jusqu’au bout. Si je suis passionnée par le personnage d’ALIÉNOR, je ne suis ni une inconditionnelle de la royauté, ni ne cherche à excuser les pages sombres de sa vie. Ce qui m’attire, c’est ce destin de femme libre, compte-tenu de la période historique. Je cherche à COMPRENDRE de fil en aiguille…

Récemment, j’ai aussi relu ‘L’HOMME-JOIE de CHRISTIAN BOBIN et il me semble que cette citation trouve sa place ici:

« Les morts sont des gens étranges. Leurs paupières ont la lourdeur des pierres de monastère. On les dirait captifs d’une lecture indéchiffrable. »

Pour terminer je vous souhaite une bonne visite de FONTEVRAUD en suivant le lien:http://www.fontevraud.fr/Visiter-Fontevraud/L-abbaye-Royale-de-Fontevraud-vue-d-un-drone

Ce mariage de Louis de France, futur Louis VII et d’Aliénor, duchesse d’Aquitaine, que signifie-t-il en termes de territoires ? Tout d’abord la promesse pour le roi d’exercer une influence directe sur des régions où elle n’est pour l’instant que théorique.

Retournons donc dans  le livre Aliénor d’Aquitaine de Régine Pernoud pour prendre toute la dimension de ces moments importants de l’Histoire de France:

« C’est avec surprise que l’on constate que, si le roi possède trente fermes à Marly, un four de verrier à Compiègne, des granges à Poissy et des moulins à Cherisy près de Dreux, s’il lève une taxe sur le marché d’Argenteuil et sur les pêcheurs du Loiret aux environs d’Orléans, les habitants de Senlis se trouvent quittes avec lui quand ils lui ont fourni, pour ses cuisines, les casseroles, les écuelles, l’ail et le sel pendant ses séjours dans la ville. Ses ressources sont ainsi faites d’une poussière de droits qui souvent nous paraissent infimes… »

Or le domaine aquitain, plus vaste que l’Île-de-France, est plus riche aussi. « Opulente Aquitaine, écrit un moine du temps, Héritier de Lobbes,…douce comme nectar grâce à ses vignes, semées de forêts, regorgeant de fruits, pourvue surabondamment en pâturages. » Largement ouverte sur l’océan, ses ports sont prospères. Bordeaux, de toute antiquité, La Rochelle fondée depuis peu exportent le vin et le sel ; Bayonne s’est fait une spécialité de pêche à la baleine.

Le train de vie en Aquitaine est réputé plus fastueux que celui du roi de France.

La Porte Cailhau, porte de la ville, côté Garonne avec un bout du rempart initial à droite

« Après la cérémonie religieuse à la cathédrale Saint-André un banquet dans le Palais de L’Ombrière rassemble près d’un millier de convives « sans compter la foule de peuple qui, aux alentours et dans les basses-cours du château, allait avoir ce jour-là sa part des énormes quartiers de viandes et des pièces de vin distribués à tout venant, comme c’était la coutume lors des mariages princiers.

Ce palais de L’Ombrière, dont le nom évoquait une fraîcheur rassurante en cet été torride, était situé à l’angle sud-est du grand quadrilatère que formaient les remparts de la vieille cité romaine, entre le cours du Peugue et celui de la Devèze….

à l’angle de la rue Sainte Catherine et du cours Alsace-Lorraine, 2 sculptures représentant le Peugue et la Devèze

Le Palais de L’Ombrière a été construit au début du X ème siècle par les ducs de Guyenne. Au milieu du XIIIème siècle, le vieux château fut remplacé par un nouveau palais

Le Palais de L’Ombrière

C’était une forteresse puissante, dominant les rives de la Garonne des hauteurs de son donjon, « l’Arbalesteyre : une grosse tour rectangulaire (18 mètres sur 14) aux murs épais flanqués de contreforts. L’actuelle rue du Palais de l’Ombrière passe juste au centre de ce qui fut la cour du château, qui subsistait encore au XVIIIème, ainsi que la salle principale, l’une et l’autre entourées d’une courtine longue de cent mètres environ et renforcée de deux tours, l’une en demi-cercle, l’autre en hexagone.

La Place du Palais vue depuis la Porte Cailhau

Place du Palais

détail de la Porte Cailhau

Charpente de la Tour

intérieur de la Tour devenue un musée

Assis auprès de cette éblouissante jeune fille en robe d’écarlate qui était devenue son épouse, Louis, comme les chevaliers qui l’entouraient, se sentait un peu déconcerté par l’entourage ; l’exubérance de la foule, plus hardie, plus court-vêtue que celle qui peuplait les domaines d’Île-de-France ou de champagne, le parler de langue d’oc qu’ils comprenaient mal, les manières plus bruyantes, les exclamations plus chaleureuses- tout cela les laissait un peu interdits, et ce n’est que lentement, au cours du banquet, dans l’atmosphère de joie générale, que se comblait la distance entre gens du Nord et gens du Sud… Toute la gaieté méridionale s’y donnait libre cours sous les yeux de la jeune duchesse d’Aquitaine, très à son aise dans un rôle de maîtresse de maison qu’elle était habituée à remplir à la cour de son père. Elle était belle, elle le savait ; on le lui avait dit souvent en vers et en prose…

Ce souverain se présentait sous l’aspect d’un jeune homme un peu frêle, un peu effacé, mais sympathique. Et Aliénor, très sûre d’elle-même, s’amusait de constater, aux regards que le jeune prince levait sur elle, qu’il était éperdument amoureux.

Les fêtes de mariage allaient se prolonger plusieurs jours, selon la coutume du temps. Le va-et-vient était continuel entre Bordeaux et les hauteurs de Lormont où les tentes dressées pour la suite royale apparaissaient de loin, taches éclatantes piquées dans la verdure. Sans cesse les petites barques qui assuraient le passage d’une rive à l’autre de la Garonne traversaient et retraversaient le fleuve. »

«  Seul, dans cette atmosphère étourdissante, Suger gardait le visage soucieux »…

vue du château du Prince Noir depuis l’autoroute

l’entrée au château

Le château a été réhabilité par Norbert Fradin

majestueux. Au fond le Pont d’Aquitaine

Dans les hauteurs de Lormont, on aperçoit encore de nos jours, le château du Prince Noir. Il surplombe le bourg. Aliénor l’a connu car il a été construit vers 1060 par Guillaume VII, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine. Elle y aurait séjourné lors de son mariage. J’ai eu l’opportunité de m’en approcher il y a quelques jours à peine.

vue sur le bourg depuis l’entrée du château.

Sur les hauteurs de Lormont se trouve aussi un magnifique parc d’où l’on peut apercevoir la courbe de la Garonne.

depuis les hauteurs de Lormont

 

« Hier j’ai commencé mes courses par une promenade le long de cet admirable demi-cercle que la Garonne forme devant Bordeaux (…)La colline vis-à-vis, à une demi-lieue au-delà de la Garonne, sur la rive droite, est faite exprès pour plaire aux yeux. Elle vient se terminer du fleuve, au village de Lormont, à l’extrême nord de cet admirable demi-cercle. » 

STENDHAL/ mai 1838

à suivre…

 

Nous n’en pouvons plus des parapluies ! Ils restent à la maison !

A temps humide, son soleil généreux

-Enfin !-

Ses nuages mousseux et son sentier boueux

Aux bulles en bande dessinée

A perte de vue.

-Il a beaucoup plu, vous savez !-

Les ronds d’eau sous nos pieds, les passants en reflets

Et leur zigzag.

La douceur du bleu est toute évanescente.

-Absence du vent

Au bord du Bassin.-

Parfois s’élèvent les cris des oiseaux

Eux font des ronds dans l’air, des glissés

Sur les rides des anciens marais salants

Pêchant de leur long bec, inaccessibles

Pourtant bien présents

Dans le calme, la solitude de leur élément.

Nos pensées entre ciel et eau, entre digues

Et buissons, et la terre qui colle aux semelles.

Suivre du regard le vol de l’oiseau, une mouette

Si je me souviens,

Elle se laisse porter par le courant d’air, elle !

-J’ai failli glisser dans la gadoue !-

Soudain, sur le sentier du retour,

La pluie s’invite et les grêlons…

Ils font d’autres ronds dans l’eau

Sur le sentier du Littoral

Ajoutent des bulles

Aux flaques généreuses.

Les vaches sont grasses. Elles épousent les marais

Impassibles vaches philosophent.

Nous ruminons le retour de la pluie.

Mais pour nous jailliront

L’arc-en-ciel autour de la cabane et des écluses

Toute cette riche palette des nuages

Tout cela vaut bien… une mémorable saucée.

© 04/02/2018

 

« C’est une folie de haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’on a échoué..

Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ… »

Antoine de Saint- Exupéry/ Le Petit Prince

Au solstice d’hiver

Les dernières roses du jardin

Pétales soumis à la bruine

Dodelinent les pétales

Et tombent les feuilles.

*

Au solstice d’hiver

Les bienveillantes

Nous accompagnent

De leurs vœux

Vive chaque jour.

Que la nouvelle année soit

Doux velours et soie colorée.

Maïté L

Que l’année 2018 vous soit douce! Je vous souhaite le meilleur.♪♪ ♫♪ ♫

 

2-CHRISTOPHE MIRANDE

« Le travail sur cuivre est au cœur de mes créations;il en est la lumière, le souffle, la vie. »Christophe Mirande

Le prieuré à droite

Dans le prieuré situé sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle,à côté duquel se repose d’ailleurs le pèlerin de Danielle Bigata, s’est tissé un dialogue inédit entre deux sensibilités, deux démarches autour de la lumière, du feu. Un dialogue en adéquation avec la sérénité et la beauté du lieu .

de l’ombre jaillit la beauté

Vitraux in situ de Raymond et émaux de Christophe

Un dialogue fait de jeux de lumière et d’ombre, de jeux d’absence et d’appropriation du souvenir et enfin transformation de celui-ci dans le présent et l’avenir de Christophe.

incandescence

spectacle sans cesse renouvelé

au centre

détail1

détail2

détail3

Poétiquement, le fil conducteur parti de l’atelier de Raymond, sans transmission directe de savoir-faire à son fils, a pris du temps pour éclore chez Christophe (né en 1967) : le temps d’une re-naissance, le temps de trouver sa voie faite d’émail sur cuivre, d’ajout de pâte de verre et de transparence, de contraste de zinc et d’ardoise, d’harmonie et de dépouillement dans le monochrome où chaque touche de couleur nous dit l’essentiel.

Raymond1

Je crois me souvenir que Raymond Mirande n’a pas vu l’installation des vitraux dans le prieuré.

dialogue d’œuvres.

ombre et lumières de la terre au ciel

plongée dans le contemporain

l’or vient rehausser l’élégance de l’installation

géographie des possibles, du cœur, de la lumière au bout des yeux.

Christophe se veut plasticien et émailleur. Plasticien jouant de la matière, émailleur d’art contemporain chez qui, le dépouillement, l’apparente simplicité le disputent à la réflexion entre prévisible, visible, caché et fruits du hasard des transformations.

 

détail de l’œuvre précédente

J’ai beaucoup aimé dans l’œuvre de Christophe cette adéquation du lieu et de ses installations. J’ai beaucoup aimé ce silence et cette petite musique du chatoiement soudain d’un reflet, d’un détail qui nous interpelle. Il faut prendre son temps, s’arrêter car la première impression est un choc de beauté qui frappe le cœur, avancer, reculer, contourner, jouer avec la lumière. Le spectateur devient acteur, crée son impression seconde, se lave du monde extérieur, communie dans cette élégance de l’art contemporain. Christophe Mirande aime cette implication du lecteur et il le dit dans le petit film sur son site. Il ne s’impose pas, n’impose pas une approche où tout serait dit d’emblée. Il écoute, dit, il explique, il vient sur nos terres, soutient nos yeux de profane, nous entraîne dans sa chapelle sacrée personnelle, dans son panthéon de possibles. Il faudra revenir, parce que la lumière aura changé, parce qu’un détail nous aura échappé, parce le dialogue passe par les voûtes du prieuré, les vitraux de Raymond Mirande, l’ombre voulue, la lumière travaillée et celle des saisons et des heures. J’ai aimé cette bulle d’apesanteur, j’ai aimé ces clins d’œil à Soulages, à Rothko ou bien à Nicolas de Staël, comme j’aimerai quelques semaines après partir sur les chemins de lumière de Soulages à Rodez ou à Conques.

Évidemment, je suis revenue au prieuré et au nom du fils, j’ai mieux compris le père.

le drakkar rouge aperçu dans un 2ème temps.

 

mon regard à l’œuvre aussi.

 

effets de matière.

 

Par chance, si lors de la première visite, le temps était à la pluie et que les couleurs, la poésie, et les thèmes de Raymond Mirande, en un mot la passion, réchauffaient l’atmosphère, lors de la deuxième visite, le soleil était de la partie. Si ma préférence va au travail de Christophe, cela m’a permis de découvrir avec d’autres yeux l’œuvre du père.

Je vous laisse admirer cette dernière œuvre de Christophe dans ce billet:

Sol béni

détail. Calligraphie? Perles de vie et de lumière? Une œuvre magnétique.

Pour en savoir plus sur Christophe Mirande, une visite s’impose ici, pour prolonger la magie de la découverte.

http://mirande.eu/

Je remercie Christophe Mirande d’avoir si gentiment répondu à mes questions ainsi que tous ceux qui sont à l’origine du si beau livre d’exposition qui m’a bien aidé pour réaliser ce billet.

« Le feu ayant ce pouvoir d’accélérer les métamorphoses, les fusions, l’émailleur et le verrier le vénèrent, lui confient leurs songes : ils ajoutent au feu l’inconnu dont la force et la violence remuent, émeuvent leurs âmes. »

Raymond Mirande/Préface du catalogue d’exposition à Mérignac 1993