Je dialogue d’ombres et reflets

     

« Mon semblable

Mon autre

Là où tu es

Je suis »… ANDRÉE CHEDID

       

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  REFLETS      D’HIVER

 

 Dans le gris du ciel jusqu’à la pointe du soir

       Je note sur l’ombre portée à bras le corps

               Les reflets mêlés, tête à tête,

                         Comme des paroles enrouées de chien errant.

 Et puis, la paresse sur la langue

                       Et les mots,

                     les phrases réverbères

              Creusés dans le lit froid de l’hiver.

L’humidité stagne sur la lame du ciel

Et sous les pas s’entend l’écho des draps froissés .

Les points de rupture, en aiguilles et  suture,

Les derniers grains de sel fondent en éclats d’absence.

          Gris, gris, tout est gris.

                  Les arbres ont déposé les armes

                            Dans la courbe stérile du néant.

Tout s’en va ; rien ne s’étale en palabre ;

Les accents vrillent sang sur la frange

Aux berges du promeneur esseulé.

                          Nerfs,

                               nervures,

                                      pensées déracinées

L’onde est muette en bulbes et frissons.

                              Les feuilles .

                      Passe une flottille linéaire,

                   Les feuilles et rien d’autre

            Je, tu sur l’autre rive

L’impossible,

           l’homme

                   et les faits

                                   divers.

***

 

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©Maïté L/ avec le concours involontaire des ombres et reflets d’hiver, pêle-mêle sont suggérés: Claire Adelfang, Germaine Richier, Othoniel et Nerwenn.à l’exposition « La Belle et la Bête »/ Institut Culturel Bernard Magrez, au Château Labottière/ Bordeaux

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ou les mots sur quelque autre rive du songe.

*******

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26 Responses to “Je dialogue d’ombres et reflets”

  1. Sergio Says:

    Sortis de la grisaille le texte fait merveille pour traduire ces jours mornes pris en tenaille par l’hiver qui ne desserre toujours pas son emprise. Les photos d’ombres et de reflets confortent un bien joli texte. Bonne journée bien au chaud !

  2. colo Says:

    Aiguilles et sutures, tu enfiles les mots, les rassembles dans le gris, et les reflets en deviennent vivants.
    Miroirs et lumières.
    Belle semaine Maïté-poetiza

  3. fifi Says:

    J’aime beaucoup cette démarche de traquer ombres et reflets: images inédites, volées, surprises, fugaces…et tes mots qui savent si bien extraire de la réalité, le mystère des choses !
    Bonne soirée, Maïté !
    PS
    « Gris, gris tout est gris »…
    Vivement le soleil :-)

  4. cerisemarithe Says:

    L’étrange se voile et se dévoile,
    Quand l’irréel déguise le réel …
    Autres, Autrement sont les reflets-mystères,
    Et feutrés deviennent les formes et les sons,
    Brillances et lumières estompées,
    Figés les mouvements…
    D’une rive à l’autre,
    Semblables et différents
    Dialoguent les ombres et les reflets…

  5. Frantz Says:

    Superbe. »L’humidité stagne sur la lame du ciel »

    Je ne sais pourquoi, cette ambiance sombre, pluvieuse et brumeuse, ces jeux de rives comme des marges, et l’ombre statuaire et tutélaire du bras de cet homme vers cette femme estompée, on évoqué ce merveilleux et triste texte littéraire à l’agnostique que je suis:

    Frères humains, qui après nous vivez,
    N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
    Car, si pitié de nous pauvres avez,
    Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
    Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
    Quant à la chair, que trop avons nourrie,
    Elle est piéça dévorée et pourrie,
    Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
    De notre mal personne ne s’en rie ;
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
    Se frères vous clamons, pas n’en devez
    Avoir dédain, quoique fûmes occis
    Par justice. Toutefois, vous savez
    Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.
    Excusez-nous, puisque sommes transis,
    Envers le fils de la Vierge Marie,
    Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
    Nous préservant de l’infernale foudre.
    Nous sommes morts, âme ne nous harie,
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
    La pluie nous a débués et lavés,
    Et le soleil desséchés et noircis.
    Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
    Et arraché la barbe et les sourcils.
    Jamais nul temps nous ne sommes assis
    Puis çà, puis là, comme le vent varie,
    A son plaisir sans cesser nous charrie,
    Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
    Ne soyez donc de notre confrérie ;
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
    Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
    Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
    A lui n’ayons que faire ne que soudre.
    Hommes, ici n’a point de moquerie ;
    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

    François Villon, La ballade des pendus

  6. Denise Says:

    Tes mots m’émerveilles ainsi que tes photos d’ombres et de reflets. Ton textes est un bijou. Une fusion magnifique de mots et de photos.
    Tout est gris, c’est vrai mais le soleil dans le coeur :-)
    Belle soirée Maïté et mes bisous.

  7. ulysse Says:

    un beau mariage de mots et d’images

  8. Apolline Says:

    Mots et silhouettes de mots. Nos regards et nos coeurs parfois bien lourds et inquiets,passent comme des ombres sur les saisons.
    Plein de bisous

  9. JEA Says:

    dernière photo : prise voici des lustres déjà…

  10. ulysse Says:

    Longtemps j’entendrai l’écho de ces phrases réverbères….

  11. Alienor Says:

    @ Sergio
    Merci et sois assuré qu’au premier rayon de soleil comme aujourd’hui, je me débarrasse avec un plaisir évident de la gangue de la grisaille!
    ***
    @ Colo
    j’enfile les mots comme ils viennent, les perles de lumière lorsqu’elles se présentent, les reflets lorsqu’ils zigzaguent, qu’ils soient dans l’eau, ou bien sous les lustres des châteaux et je file de château en Espagne en ombre d’interrogation: l’ombre est parfois une toute petite silhouette en bronze et je rêve…
    ***
    @ Fifi
    le mystère des choses, le renversement des points de vue, le regard à l’affût de ce que les autres ne voient pas toujours.
    Et vive le ciel bleu et le soleil d’aujourd’hui! On revit!
    ***
    @ ceriseMarithé
    Qu’est-ce que le réel? ce que je vois et que l’autre ne voit pas, ce que je crois percevoir, ce que je transforme d’un seul pas esquissé sur le côté, ce que je donne à voir parce que le temps est gris(souvent) ou que je parcours actuellement la noirceur des polars et que soudain, les ombres me prennent par la main?
    Mais les dialogues s’installent…
    ***
    @ Frantz
    Allez donc savoir pourquoi la Ballade des pendus de Villon et pourquoi pas?
    Le pouvoir des mots générateurs d’images très personnelles, accrochant du sens très personnel.
    « Et nous, les os, devenons cendre et poudre. »
    Peut-être avec un stade intermédiaire au royaume des ombres.
    Car « cavés » sont les personnages en creux dont ne subsistent que les sombres à-plats.
    Merci pour cette touche si personnelle.
    Peut-être ne devrais-je pas commenter cet apport poétique qui me va droit au cœur, justement parce que toute association d’idées est recevable et signe sur le chemin de chacun.
    ***

    @ Denise
    Merci.
    Le soleil enfermé dans le cœur finit toujours par revenir au zénith.
    ***

    @ Ulysse
    Merci pour vos différents passages ici.
    Les phrases réverbères sont des témoins de l’histoire en marche.
    ***

    @ Apolline
    C’est vrai, tu as raison. parfois tout s’inverse: nous devenons grisaille à notre tour et nous ne pouvons que dériver, sans emprise: des ombres flottées.
    Bisesssssssssss
    ***

    @ JEA
    Je souris..
    que de lustres de grisaille parés pour nous sombres passants de la brume.

  12. Frantz Says:

    Oui, association d’idées…

    D’abord, le contre-jour, l’ombre, la grisaille et l’humidité règnent en maîtres dans votre première photo, dont j’ignore où elle a été prise. Une sensation, une certitude même, que contrairement à mes jeunes pensées, les techniques modifient peu notre cortex archaïque. Et puis ces statues, une vague impression de polythéisme qui avait la qualité d’intégrer les nouvelles croyances. A Athènes, il y avait une stèle réservée au dieu inconnu, pas si bête et vectrice de paix, en ce nouveau temps de guerres de religions (mariage et Mali).

    Ensuite, dans cette ambiance je pensais à mon pays natal, bord de mer rude, de pêche et de chasse, humidité, brouillard, catholicisme religion quasi unique, pas d’albigeois, peu de protestants.

    Dans ce contexte, m’est venue à l’esprit la belle chanson de Brel, Manche, mer du Nord, comme dernier terrain vague, et un ciel si bas qu’un …. canal s’est pendu.

    Et puis j’ai pensé à ma professeur de français de seconde, agrégée exigeante et passionnée, qui m’a transmis le goût de la littérature, notamment du XVIème siècle, cette époque où la vie était dure, au gré des seigneurs, des rites quotidiens et du passages de bandits de grands chemins, auxquels participait François Villon, dont la langue magnifique surplombe dans le temps et l’élégance tourmentée celle de Monsieur Brel.

    Et puis je me suis dit que Bordeaux dont je n’avais perçu, lors de mon passage étudiant, que la lumière, la douceur de vie, les pierres, les ors, les vignes, la douceur du Bassin et de l’arrière pays Dordogne et Lot, pouvait l’hiver se dévoiler similaire à mes souvenirs brumeux de Picardie. Que toute contrée, même douce aquarelle, n’échappe pas à la nostalgie qui depuis mon enfance m’accompagne et à la brutalité du destin, des maladies, de la misère, et, aussi, du début de l’arrière saison des années fuyantes.

    Alors, est venu François Villon à mes pensées fugitives. Nul ne sait ce qu’il est devenu ni le lieu de sa mort. Cet homme de culture n’était pas un enfant de choeur. Il se posait, néanmoins, au delà de l’asticot inéluctable, la question du péché, pardon, de l’absolution et même de la grâce… donnée comme çà, pour rien, gratuite pour une mort à crédit.

    Ainsi, a posteriori, et je peux oublier volontairement ou inconsciemment, s’est concrétisé le message que je vous livre, en éclats de pensées et de mots.

    Merci à vous.

  13. Alienor Says:

    @ Frantz

    dans ma première photo, j’ai créé cette atmosphère: une sorte de convocation des ombres alors que nous étions en pleine lumière au milieu des faunes dans le Pavillon du château Labottière, au sein de l’exposition  » La Belle et la Bête ».

    Dans la troisième photo, j’ai aussi donné une coloration particulière qui est une construction à partir de ce que je pouvais voir sur le parvis du château: L’homme et la femme pétrifiés dans les sculptures de bronze de Germaine Richier ( 1947-1949 )une image de la monstruosité humaine; une évocation des désastres guerriers? La guerre, tout court; celle qui se perpétue au nom de…(mariage, Mali…)
    Eclats de pensées, pensées où Villon a sa place, éclats de mots, mots passerelles en effet vers d’autres univers qui s’engendrent, se croisent, s’éloignent ou se rejoignent dans un poème: vous avez votre place privilégiée ici: celle des fidèles qui se voilent et se dévoilent en émergeant de la grisaille: n’est-ce pas cela que l’on appelle aussi un peu vivre?
    Merci Frantz.

  14. emilien Says:

    il existe maintenant des voleurs d’ombres, pas sur cependant qu’ils accompagnent leur larcin de mots légers, de reflets de mots, bref de poésie.
    C’est très joli.
    bises

  15. MirenL Says:

    Un bonjour amical,
    Un plaisir de déambuler dans ton univers,
    Merci chère Maïté :-*

  16. Alienor Says:

    @ Emilien

    Les voleurs d’ombres tiendraient-ils de la Bête avant de se faire la belle?

    Merci.
    Bisessssssssssss
    Un nouveau blog?

  17. Alienor Says:

    @ MirenL

    Rien à voir ou si peu avec ton monde où il est si agréable de s’évader!
    Petit coucou pour toi aussi et bon we.

  18. Maria-D Says:

    Les ombres
    ces reflets de nos âmes

    j’aime cette age en demi-teinte
    et cette image renversée

  19. fifi Says:

    Merci Maïté pour tes:
    « Graines en dragées
    Graines endiablées… »
    pour tes mots semés…
    pour ton amitié
    Bonne et douce semaine à toi !

  20. Alienor Says:

    @ Maria-D
    Image renversée, l ‘en-dedans prolonge l’en-dehors bien au-delà du miroir, Murano nous conte et nous souffle son désir d’île.

  21. Alienor Says:

    @ Fifi
    de graine en graine les saisons s’égrènent nacrées.
    Bonne semaine pour toi aussi.Merci.

  22. DUTEIL Danièle Says:

    Un beau thème que celui des ombres et des reflets. Car, que voyons-nous de la réalité si ce n’est une image inversée ? Et encore, celle que nos yeux et notre état d’âme veulent bien percevoir.
    J’aime ce poème et les photos qui l’appuient.

  23. Alienor Says:

    @ Danièle

    Très juste…Tu vas jusqu’au bout de la réflexion.
    Merci pour ces remarques et cet attrait que nous sommes beaucoup à partager.

  24. Sagine Says:

    En revenant faire un petit tour par ici (quelle bonne idée ce matin !), je suis séduite par ce poème qui, si vous l’accordez, pourrait prendre place dans ma bibliothèque sonore. L’adresse a changé mais le fond est toujours le même. merci de votre réponse

  25. Alienor Says:

    @ Sagine

    merci de ta visite et bien sûr, je suis d’accord et ravie.
    Cela tombe bien. je cherchais tes coordonnées.

  26. Eclats de Mots » Blog Archive » Reflets d’hiver en écho Says:

    […] Elle a été séduite par mes « REFLETS D’HIVER » […]

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