Archive for the ‘Coups de coeur’ Category

DésaCorps, une exposition remarquable de l’EHPAD La Maison de Fontaudin à Pessac

vendredi, février 17th, 2017

DésaCorps

Désaccords entre le corps qui vieillit et la tête qui ne perd pas une miette de son enfance ; Des accords malgré tout parce que le résultat est époustouflant.

et si l’on dansait

Des corps à corps ; des corps à cris ; des corps à vivre, à supporter, à sourire et à rire le plus souvent possible.

duo

Oui, bien sûr parfois la mémoire s’en va laissant des bulles de vide, des blancs, des points d’interrogation, des points de suspension. Silences toujours.

Et puis soudain du mouvement, du projet où dansent les corps, aux mains qui s’affairent, semaine après semaine, mois après mois… PUIS surgit la parole.

en avant la musique

Celle de Yves, Madeleine, Paulette, Reine, Marie-Josée, Félix, Christiane, Edith ; précieuse dans ce qu’elle imagine, ce qu’elle dit et ne dit pas, ce qu’elle cache du naufrage de la vieillesse et celle qui dit le bonheur d’être là, de vivre.

swing

en accord

tous réunis

C’est tout cela que l’on ressent en entrant dans l’exposition DésaCorps à la médiathèque Jacques Ellul de Pessac (Gironde). Tout à coup nous voilà en proie à l’émotion, alors que la musique d’antan nous accompagne. Nous entrons dans l’intimité de ces personnes de L’EHPAD La Maison de Fontaudin, toujours à Pessac ; nous entrons dans le projet de leurs accompagnants qui y ont cru et l’ont mené à son terme.

attentive

Il s’agit là d’un projet de longue haleine où les mains ont pétri, façonné, malaxé, où les acteurs se sont confrontés à la difficulté de la réalisation, celle qui crée un abîme entre le corps vécu, imaginé, représenté en deux dimensions par le biais de la photo avant de parvenir à le traduire en trois dimensions. Mais il y avait aussi le corps à saisir en mouvement au cours du bal festif: difficulté supplémentaire!

au piano

Il y a aussi les « petites souris » qui ont guetté chaque instant et nous donnent à voir l’album de l’avancement du projet, toutes les expressions et la concentration des acteurs.

chaque histoire est singulière

face à face

Justement, ces fameux traits du visage, ces particularités de la silhouette, il fallait les croquer et faire émerger la beauté du geste, la beauté intrinsèque à chacun. Avoir habillé chaque sculpture avec les habits portés par leur double humain nous projette dans une tranche de vie ; le décor soigné, coloré, chaleureux est aussi un témoignage des jeunes années de nos anciens.

D’aucuns ont compris l’importance du regard « Tant que ses yeux ne parlent pas, on ne peut saisir qui elle est ». Ce regard qui nous caractérise, qui n’appartient qu’à nous et nous accompagne jusqu’au dernier jour, laisse entrer la lumière, la joie et restitue au centuple ces précieuses expériences de vie.

Il me reste à saluer aussi bien ceux qui font bouger la vie à l ‘EHPAD avec un projet d’une telle sensibilité et d’une telle ampleur ainsi que les participants.

L’exposition se termine à la médiathèque Jacques Ellul mais elle ira réveiller d’autres consciences ailleurs.

Merci.

Il y eut ceux de passage qui se prirent au jeu du dialogue, du mouvement:

on se connaît?

tu te rappelles le bon vieux temps?

Le pouvoir des mots et de la langue

vendredi, février 5th, 2016
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Le soir sur la façade de la Bibliothèque de Mériadeck: la signature des « 3 M »

« Depuis quelque temps, les accents grognaient. Ils se sentaient mal-aimés, dédaignés, méprisés. À l’école, les enfants ne les utilisaient presque plus. Chaque fois que je croisais un accent dans la rue, un aigu, un grave, un circonflexe, il me menaçait.

-Notre patience a des limites, grondait-il. Un jour, nous ferons la grève. Attention, notre nature n’est pas si douce qu’il y paraît. Nous pouvons causer de grands désordres. Je ne prenais pas les accents au sérieux. J’avais tort. »

La révolte des accents Erik Orsenna

 

LA RÉVOLTE DES ACCENTS

ERIK ORSENNA de l’ACADÉMIE FRANÇAISE/

Stock

*

Sur fond de réforme orthographique partielle, montée en épingle ou portée à la connaissance de chacun par des journalistes semeurs(friands?) d’alertes, il est bon parfois de revenir se plonger au pays des mots et dans la belle langue qui est la nôtre.

Certes son apprentissage est ardu, riche en sensations mais nous assistons souvent aujourd’hui à une sorte de débâcle, un nivellement par le bas.

Face à la querelle de l’accent circonflexe, ne vaudrait-il pas mieux remonter le cours du temps dans l’histoire de la langue pour donner du sens au « chapeau chinois » de notre enfance ?  Avec lui, les homophones  s’y comprennent par le recours à la langue écrite. Lui, l’accent circonflexe, l’objet de toutes les attentions, est apparu au XVIème siècle et s’est normalisé au siècle suivant. Il est aussi le témoin d’une langue dérivée du latin et peut remplacer une lettre disparue, un « s » ou bien une autre lettre encore : une lettre affaiblie, disparue, rappelée par l’accent circonflexe. Mais pas seulement…

Je garde pour ma part le souvenir de belles découvertes de la langue française et j’éprouve de la reconnaissance pour tous ceux et celles qui, instituteurs ou professeurs de collège, de lycée ou de l’enseignement supérieur m’ont permis d’étudier dans le plaisir, le vocabulaire, la grammaire, les conjugaisons, la phonétique, les analyses logiques, la littérature ; puis il y eut ceux qui ont nourri mes réflexions sur la langue et m’ont donné les moyens d’éveiller les enfants aux plaisirs de l’apprentissage de la langue, aux plaisirs de la lecture.

Mon désarroi est bien plus profond encore, devant notre langue écorchée, malmenée où le futur se dissout dans le conditionnel et surtout devant un « franglais » où l’anglais est devenu dominant,  le français prenant la place très inconfortable du dominé.

En prenant de l’âge, j’éprouve la désagréable sensation personnelle, d’employer la langue en sous-régime, avec un corpus de mots restreint par rapport aux si riches possibilités qu’offre le français. Heureusement, je rencontre sur ma route des amoureux de la langue, des anonymes et d’autres dont je peux lire les blogs et puis le plaisir de la littérature ne fait que grandir. Le temps presse : il y a tant et tant à découvrir, lire et relire.

Lorsque je faisais mes premiers pas sur le net, il y a un peu plus d’une dizaine d’années, j’ai tout de suite été sensibilisée à l’emploi du mot juste, par des défenseurs de la francophonie. Pour eux, point de «  bon we » qui était déjà passé dans les mœurs mais « une bonne fin de semaine »… Je compris que nous français, moi la première, étions en train de baisser les bras.

Afin de nourrir la réflexion, je tiens à vous présenter en plus du livre d’ERIK ORSENNA cité en préambule, quatre livres, quatre personnalités complémentaires, qui peuvent nourrir la réflexion sur la langue française : l’auteur d’un essai, une anthropologue , une romancière et un linguiste.

*

De quel amour blessée... Alain Borer

RÉFLEXIONS SUR LA LANGUE FRANÇAISE

ALAIN BORER

PRIX FRANÇOIS MAURIAC 2015

  Sur le bandeau de présentation est écrit : « avis de tempête »

 

Il s’agit d’un essai dans lequel ALAIN BORER, poète, romancier, professeur… amoureux de la  langue avant tout, sème la tempête.

Il s’interroge sur les spécificités de la langue française et déroule sa prise de position avec des mots très durs envers nos voisins, nos politiques, nos concitoyens et nous-mêmes.

Le titre est extrait de Racine :

« Ariane, ma soeur, de quel amour blessée Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »

Comment prendre conscience que notre belle langue disparaît sous nos yeux et avec elle la civilisation qui s’y rattache ? Elle s’efface, sans combattre, au profit de la langue anglaise.

Ce livre érudit, écrit pour des spécialistes délivre cependant son message d’amour à qui voudra se pencher sur ses pages. On y apprend beaucoup dans des chapitres courts, incisifs qui réveillent notre culpabilité avant de nous insuffler l’énergie et la connaissance nécessaires à la défense de la langue.

Nous y apprenons par exemple que la Grande Bretagne a accueilli 37000 mots français à partir du XIème siècle et que l’anglais est du français à 63% !

Segalen disait  à propos des Maoris : «  En perdant ses mots, on perd son âme »

Si vous lisez ce livre, vous ne verrez plus jamais notre langue de la même façon. Et vous vous surprendrez à être  soudain beaucoup plus vigilants… Vous revivrez aussi certains épisodes de notre Histoire avec un éclairage nouveau. Vous apprendrez beaucoup. Vous ne retiendrez pas tout mais l’essentiel sera gravé en vous.

*

Le goût des mots Françoise Héritier

LE GOÛT DES MOTS

FRANÇOISE HÉRITIER

ÉDITIONS ODILE JACOB

Les mots ont un pouvoir : ils peuvent nous sauver. La crise que nous traversons n’est pas seulement économique mais elle est aussi morale et nous vivons dans la morosité.

Afin de retrouver le goût des mots, leur couleur, leur matière et nos étonnements d’enfance face à la langue, FRANÇOISE  HÉRITIER nous convie à puiser dans le trésor des mots avec joie, en explorant plusieurs pistes : celle du mystère, celle de l’imagination qui retrouve une certaine brillance, celle des émotions et des perceptions au plus près de notre corps.

FRANÇOISE  HÉRITIER explore les mots avec délectation, gourmandise, sensualité. Elle crée des listes pour le plaisir et sur plusieurs registres que j’ai eu la joie d’emprunter sur ses pages.

C’est un livre jouissif.Un livre qui invite aussi le lecteur à entrer dans le jeu et à prolonger la lecture avec ses propres mots.

« Je suis entourée de mots dans une forêt bruissante où chacun se démène pour attirer l’attention et prendre le dessus, retenir, intriguer, subjuguer, et chacun aspire à ces échappées belles. Comme si on les sortait de leur prison. On entre dans le domaine de la joie pure. Tous ces mots qui se déhanchent, se désintègrent, ondulent autour de moi et m’entraînent dans la grande ronde de la fantaisie première. Avec le bricolage surprenant et inattendu des figures qui surgissent alors, on entre dans le grand capharnaüm de la liberté créatrice où tout est permis. »

*

Chantiers Marie-Hélène Lafon

CHANTIERS

MARIE-HÉLÈNE LAFON

ÉDITIONS DES BUSCLATS

Là aussi l’amour de la langue éclate à chaque page avec le souci de cerner les idées, les souvenirs, les émotions avec les mots justes. L’écriture est généreuse, joyeuse, précise, fluide. C’est la danse des synonymes, notamment chez les adjectifs. MARIE-HÉLÈNE LAFON nous régale d’une belle langue classique et cependant si actuelle, si ancrée dans la chair.

Chantiers signe un corps-à-corps avec l’écriture, un ouvrage sans cesse remis en chantier et qui aboutit à des livres ouverts au monde.

Chantiers : un petit livre précieux à lire et relire.

*

Le Voyage des mots Alain Rey

LE VOYAGE DES MOTS

ALAIN REY

De l’Orient arabe et persan vers la langue française

Calligraphies de Lassaâd Metoui

 

Ce livre m’a été offert par une amie. C’est un très beau livre, un de ceux que l’on ne range pas et dans lequel on chemine dans l’Histoire et l’histoire des mots. C’est un carnet de voyages original qui nous montre les langues en mouvement.

Il est au confluent d’un livre consacré à la langue et d’un livre d’art. En fait il s’inscrit parfaitement dans les deux registres car il s’agit d’une conversation entre le linguiste, lexicographe érudit et le calligraphe qui s’inspire aussi bien de Hartung que de Soulages.

Sur la route des deux cultures, ALAIN REY nous montre comment les mots voyagent et viennent enrichir la langue où ils viennent se poser.

Ma page préférée est celle qui suit les pérégrinations du mot  » houle » à ses origines, avec ses hésitations, ses pistes sûres, et pour finir ses certitudes.

«  La houle est la respiration des mers. Calme, régulière, faible, elle berce ; forte, haletante, puissante, elle menace.

D’où vient la houle ? De partout où le vent souffle sur l’océan. »

Mais d’où vient le mot ? Beaucoup de mots se rapportant à la navigation viennent des pays nordiques mais une autre piste passe par les récits de voyages maritimes, des histoires qui s’y rattachent, prend sa source en Inde, avant de gagner la langue arabe et de nous revenir par L’Espagne. Le mot « houle » apparu en Espagne en 1403 n’est remonté qu’un siècle plus tard chez nous.

Je laisse à ALAIN REY cette note d’espoir citée dans sa préface :

« Cependant les mots ne sont pas des vivants ;ils peuvent s’effacer, mais non pas mourir ».

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Montaigne, Montesquieu, Mauriac

 

OBJETS TROUVÉS sur le chemin des grands jardins

vendredi, janvier 22nd, 2016

SECOND PAS JANV ( BIS )16 011

« OBJETS TROUVÉS »

un cairn élevé dans le Golfe du Morbihan

une photo que je lui emprunte

une dédicace

de ROGER DAUTAIS à mon intention

sur

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

sur sa route 73, billet du 18 janvier 2016

*

« Nommer chaque chose à part

          est le commencement de tout

Mais dire ce qui surgit d’entre elles

         toujours neuf

                      et imprévu

C’est

          Chaque fois

                       re-commencer le monde… »

FRANÇOIS  CHENG/ A l’orient de tout

 

Juste pour faire mentir avec  l’œuvre de Roger Dautais et avec ALEXANDRE JOLLIEN, ceux qui nous préféreraient « pauvres et muets, sans paroles et sans rêves »

Vous l’aurez peut-être apprécié lors de l’émission LA GRANDE LIBRAIRIE, en compagnie de MATTHIEU RICARD et CHRISTOPHE  ANDRÉ   à l’occasion de la parution du livre qu’ils ont conçu ensemble: « Trois amis en quête de sagesse » L’iconoclaste Allary éditions

***

MES MOTS:

DE LA VIE MINUSCULE A LA VIE MAJUSCULE

OBJETS TROUVÉS

*Dans ce chaos moutonné

Objets Trouvés, êtes-vous une arme

Un lance-pierre à l’horizon

Un va-et-vient du temps

Un passage à la mer

Une respiration en marge

Entre ce qui s’offre

Ce qui se désire

 Et ce qui s’élève

Au gré des courants ?

 

*Celui  qui s’appuie

Sur l’épaule de pierre,

De pierre secourable,

Lui, Sur la tranche hissé

Est-il l’homme de pierre,

Au cœur battant

Ou bien  son compagnon

L’homme de sang

Au galbe si poli ?

Entre nuages et vent

Soumis au cri des bernaches

Danse de plume, danse sa  pierre

Toque le cri des éléments

A coups de becs et d’ongles.

 

*A l’hiver Les Objets Trouvés

Font flèche atout ciel

Au détour d’une moue

Soudain, ils sortent du chaos

 Et se déploient en rêves inassouvis.

Cruauté et violence

N’ont pas dit leurs derniers mots.

*L’homme siffle le début de la partie

Evite  l’affrontement quand pulse son sang.

Les mains usées de tout hisser

Le corps brisé mais

La tête dans les étoiles

Au cirque, le dompteur

Face  aux domptés des  embruns jamais lassés

Offre de clairs échos aux fragances de liberté.

Le chant des paroles rivières, presqu’île ou grève

Lui donne corps, lui redonne vie.

 

*Le chant des baies et des pierriers

Crisse sous les pas

Quand jaillit la lumière, l’impalpable vie

Celle que l’on sent frémir sous la peau

Des mots… Objets trouvés au détour d’un rêve…

Maïté L

Souliers en mal de propriétaire

lundi, septembre 28th, 2015
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les souliers tournent comme les ailes d’un moulin

♦♦♦

Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé,
Ils m’ont porté de l’école à la guerre
J’ai traversé sur mes souliers ferrés,
Le monde et sa misère.

2.
Moi, mes souliers ont passé dans les prés,
Moi, mes souliers ont piétiné la lune,
Puis mes souliers ont couché chez les fées
Et fait danser plus d’une.

3.
Sur mes souliers y a de l’eau des rochers,
D’la boue des champs et des pleurs de femmes,
J’peux dire qu’ils ont respecté le curé,
L’pays, l’bon Dieu et l’âme.

4.
S’ils ont marché pour trouver l’débouché,
S’ils ont traîné de village en village,

Suis pas rendu plus loin qu’à mon lever,
Mais devenu plus sage.

5.
Tous les souliers qui bougent dans les cités
Souliers de gueux et souliers de reine,
Un jour cesseront d’user les planchers,
Peut-être cette semaine.

6.
Moi, mes souliers n’ont pas foulé Athènes,
Moi, mes souliers ont préféré les plaines;
Quand mes souliers iront dans les musées,
Ce s’ra pour s’y,s’y accrocher.

7.
Au paradis, paraît-il, mes amis,
C’est pas la place pour les souliers vernis,
Dépêchez-vous de salir vos souliers
Si vous voulez être pardonnés…(Bis)

Felix Leclerc

♦♦♦

En ce moment, et ce, depuis le mois d’août, je suis très souvent sur les routes, les autoroutes, les chemins de campagne. Les kilomètres défilent entre Bordeaux et les Landes, entre Bordeaux et le Bassin d’Arcachon, mais sans jamais apercevoir ce dernier. Même le Chemin des Houx n’accueille plus mes petites promenades. Parfois, j’aperçois un chevreuil dans la lande. Ou bien je comprends que le cerf à l’imposante ramure aperçu par les voisins sous les pommiers,  est venu aiguiser ses bois dans les sapins et à défaut de bois a laissé des branches au sol.

Mais que dire de l’apparition de ces souliers suspendus dans les airs, comme des notes sur la portée du vent.

La première fois que je les ai aperçus, ils taquinaient les fils électriques bien au-dessus d’une petite route de campagne dans les grands champs du nord des Landes… Mais je n’avais pas mon appareil photo ! Depuis, le vent a soufflé si fort qu’ils se sont réfugiés contre les pylônes.

Toutes les hypothèses sont permises : l’individu at-il voulu taquiner les étoiles, conter fleurette à la Fée Electricité ou s’envoler en suivant la course des nuages ? Etait-il sur le dos d’une grue cendrée rentrant prématurément vers le nord ? Peut-être était-ce l’enjeu d’un pari, d’un lancer de basket… Il existe bien des concours de  lancer de tongs !

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Un géant est-il passé par-là?

 

Les épouvantails de La Béchade à la fête — 1 —

vendredi, juin 26th, 2015

« Tel un épouvantail il ne fait peur que de loin. »

Proverbe égyptien

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par Chantal

Mes promenades dans le quartier me conduisent souvent au Jardin de la Béchade

Ce petit parc proche du stade Chaban-Delmas et du CHU, abrite depuis son origine, de nombreuses espèces de chênes et des plants de vigne (proximité de crûs célèbres comme Château Haut-Brion ou Château Pape Clément)venus s’ajouter aux arbres tricentenaires sur cette ancienne propriété privée appartenant maintenant à la Ville de Bordeaux.

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L’année dernière, sont nés à leur tour les jardins partagés qui portent le nom de « Jardins de Bacchus ».

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par Chantal

Pour fêter le premier anniversaire des Jardins partagés une fête champêtre et un concours d’épouvantails ont eu lieu ce mois-ci.

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l’homme de paille

Dans nos campagnes livrées aux pesticides, dans nos jardins on ne voit plus guère d’épouvantails, sensés assurer l’intérim des jardiniers et paysans lorsque ceux-ci sont absents des champs. Mais qu’épouvantaient-ils vraiment, confectionnés à partir de vieux habits, de vieux chiffons,  de paille et crucifiés à tous vents.  Je crois bien plus à leur formidable capital de sympathie qu’à leur pouvoir d’effarouchement, à force d’observer la capacité de nos oiseaux à s’adapter à leur environnement.

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la pêche est dans le vent

Aujourd’hui, les épouvantails sont revenus symboliquement dans les Jardins de Bacchus où d’ailleurs, Bacchus lui-même s’est invité.

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Les épouvantails sont les amis des enfants, des poètes et de la culture raisonnée, comme j’ai pu le constater lors de ma première visite. Ils donnent de la couleur, de l’humour, de la joie de vivre aux jardins partagés.  Ils sont les clowns joyeux de nos pensées et de formidables liens  alimentant les conversations. Ils nous ressemblent dans nos travers, nos préoccupations ou nos joies. Mais aussi comme un dessinateur talentueux pourrait le faire, ils croquent nos travers ou les travers de certains corps de métier.

Aux jardins de Bacchus, les nombreux épouvantails font vibrer l’esprit jardin et nature et semblent chanter la chanson de l’été.

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le tube de l’été

L’épouvantail traditionnel  est souvent masculin, souvent affublé d’un couvre-chef, je sais gré à certains d’avoir conçu une dame créole qui ne manque pas d’allure.

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Dame créole en son jardin exposé

Il y a là le gardien du jardin, fortement adepte du divin nectar de Bacchus,

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Altela! Hic!

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qui l’eût cru?

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la panoplie du parfait gardien des jardins de Bacchus

copain de bamboche d’Anatole, conçu par notre correspondante Sud-Ouest Chantal (qui est aussi mon amie),

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Buvons un coup fleuri!

 

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Anatole par Chantal

le gardien des roses trémières, Le Drôle d’Oiseau , frère du vent, toujours conçu par Chantal,

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Drôle d’oiseau par Chantal

tout comme l’épouvantail qui nous accueille à l’entrée.  Bacchus évolue au milieu des capucines et les contributeurs à la réflexion sur la nature et les déchets ont fait non des hommes non de paille mais de sacs poubelle qui ne manquent pas de charme lorsque le vent s’engouffre dans leur robe de plastique

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jupes au vent

tandis que  cliquette l’homme de canettes.

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coca mon amour!

En partant il ne faut  pas oublier de saluer les épouvantails qui préfèrent le calme, près d’un banc accueillant

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venez donc me tenir compagnie

ou dans les bras d’un chêne.

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auprès de mon arbre je vivais heureux

 

Petite anecdote : lorsque j’ai fait une série de photos : il y avait de la joie au jardin tout bruissant des échos de la fête récente. Pendant que je photographiais, un groupe d’enfants commentaient chaque épouvantail. Bacchus retenait leur attention lorsque  à un moment donné, ils m’ont vue et très à l’aise, après un moment d’hésitation dû à mon appareil photo ? à mon immobilité ? à ma joie de les observer ? Ou bien peut-être à mon habillement peu conventionnel, l’un d’entre eux a soudain tourné ses grands yeux vers moi et dit en me regardant : » oh ! je croyais que c’était un épouvantail« !

L’épouvantail

Les cheveux en bataille
Le corps en brin de paille
Vêtu d’un vieux chandail,
C’est l’épouvantail.


Il fait peur aux moineaux
Aux corneilles, aux corbeaux,
À tout oiseau qui piaille,
C’est l’épouvantail.


Est-ce que tu oserais
Le toucher, l’embrasser,
Le prendre par la taille,
Cet épouvantail
?

Corinne Albaut

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Zébulon

 

 

Il y a donc une certaine empathie entre les non épouvantables épouvantails et moi et je ne voudrais pas clore ce billet sans faire un saut dans « le Magicien d’Oz » auprès de Dorothée qui veut aider l’épouvantail, véritable  homme de paille à qui ne manque apparemment qu’une cervelle.

« ça ne me dérange pas d’avoir les jambes, les bras et le corps empaillés, au contraire : on ne risque pas de me faire du mal. Si on me marche sur les orteils ou qu’on m’enfonce une épingle, ça n’a aucune importance, puisque je ne sens rien. Mais je ne veux pas qu’on me traite de sot, et si ma tête, au lieu d’avoir une cervelle comme la vôtre, reste bourrée de paille, comment apprendrai- je jamais quelque chose ? »

Mais au fait quelle est la vie des épouvantails dans les jardins de Bacchus lorsque le parc est fermé au public ?

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au soleil les salades

Un petit détour encore du côté du Magicien d’Oz pourrait semer le trouble en nous.

« Comme Dorothée dévisageait gravement l’étrange face peinte de l’Épouvantail, elle eut la surprise de le voir cligner lentement de l’œil dans sa direction. Tout d’abord, elle crut s’être trompée : au Kansas aucun Épouvantail ne cligne de l’œil ; mais voilà que le mannequin lui adressait un signe amical de la tête. Elle descendit alors de la barrière et s’approcha, tandis que Toto courait autour du pieu en aboyant. – Bonne journée, dit l’Épouvantail d’une voix plutôt enrouée. – Vous avez parlé ? demanda la fillette, très étonnée. – Sans doute, répondit l’Épouvantail ; comment allez-vous ? – Assez bien, merci, répliqua poliment Dorothée ; et vous ? – Ça ne va pas fort, dit l’Épouvantail en souriant, car c’est bien ennuyeux d’être là, perché nuit et jour, à effrayer les corbeaux. – Vous ne pouvez  pas descendre ? – Non, ce pieu est enfoncé dans mon dos. Si vous vouliez bien me l’ôter, je vous en serais très reconnaissant. Dorothée se hissa jusqu’aux deux bras et enleva le mannequin, qui, bourré de paille, ne pesait pas lourd. – Merci beaucoup, dit l’Épouvantail, une fois posé à terre. Je me sens un autre homme. Dorothée était très intriguée ; un homme en paille qui parlait, qui s’inclinait et lui emboîtait le pas, tout cela lui paraissait plutôt bizarre. »

Maïté L

à suivre…

 

Eux aussi: Vivre ensemble.

lundi, janvier 19th, 2015

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Ces deux-là, on ne les voyait jamais ensemble ou alors juste parce que Lui(à gauche) jouait à importuner l’Elle qui traversait la cour d’un pas nonchalant.

Par quel miracle les voilà partageant le même espace?

Eux aussi ont été touchés par la grâce?

Ou comment vivre ensemble…

♥♥♥

Plus sérieusement, je partage avec vous cette relecture:

Contre-Chant

 

Où en es-tu, Vie ?

Où en sommes-nous ?

 

Plaine d’encre. Supplices. Hécatombes.

Nasses du malheur. Phénix de la haine.

Beaux visages racornis.

Un temps pour chacun,

Et puis le gong final !

 

Si je te mesure à tes ombres,

La grêle des preuves te condamne.

 

Toi, dans la lagune aux couleuvres.

Toi, nid de mort.

Toi, pourrie par les racines.

Je te couvre du linceul de nos mains.

 

Pourtant, de toutes nos voix

Je te crie :             Bienvenue !

Bienvenue aux fenêtres

Qui criblent la muraille,

A l’âme sans séjour,

A nos corps continués,

Aux terrasses de demain où l’on veille,

A tes lopins d’infini où l’on croit.

 

Toi, plus vive que les ronces,

Bienvenue !

Toi, gravée d’espace

Et de cette terre des terres.

Toi, arquée au-dessus des nuits.

 

Vie, où en es-tu ?

 

Où nous en sommes.

ANDREE CHEDID/ CONTRE-CHANT 1968

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

dimanche, août 10th, 2014

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Aujourd’hui, je vous invite à suivre LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

http://rogerdautais.blogspot.fr/

et à retrouver ROGER DAUTAIS, à le découvrir, si cela n’est pas encore fait.

Cela fait des années que je me promène de ce côté-là, que je savoure son approche du LAND ART, que j’y puise du réconfort, de l’émotion, des connaissances, de la réflexion. mais ce n’est que récemment que j’ai osé laisser une trace pour la première fois. J’étais très intimidée.

Je vous invite à lire en particulier le dernier billet à ce jour datant du 6 août où j’ai eu la joie de découvrir avec émotion que Roger Dautais a fait battre pour moi « Le tambour du monde ».

Voici ma réponse:

 

A Roger

Comme à chaque fois, Roger, je viens ici tâter le goût de la terre, du ciel, de l’eau et du feu, prendre part au festin des mots, des couleurs, des odeurs, écouter pulser les sortilèges  de la levée polyphonique  des voix. Puis je m’éloigne pour un temps, forte de toutes ces graines qui se sont insinuées en moi et ne me laisseront de cesse que lorsque je serai  revenue au bord des cairns et des mandalas, guetter avec la marée cet apaisement de la tête soumise à un tourbillon de feux. J’écouterai les voix présentes, les absentes, les cris d’amour, le tambour de la vie et toute cette énergie que je puise car perceptible, dans l’apaisement et dans l’harmonie de la tâche accomplie.

Être le maître des éléments, les modeler et les mêler au passé, au présent, n’est-ce pas recueillir dans le creux de la paume endolorie le sel des embruns, cet estran dénudé dont tu parles si bien.

Convoquer ici les croix et les cris, le coude-à coude des fruits, les points cardinaux, la fleur de pétales d’énergie au centre en un va-et-vient qui rythme, envoûte. Il y a là une bataille , boucliers au vent, une croisade pacifique et la pierre qui se refroidit ou se réchauffe selon l’humeur.

Car aujourd’hui, j’ai vu le tambour du monde. Mais l’ai-je vraiment vu ?

J’ai écouté le tambour du monde ? Ai-je su l’écouter et aller au-delà pour qu’il sache trouver la porte ouverte ?

J’ai goûté à chaque fruit perlé de patience, à chaque brin de fougère minuscule flèche, aiguille du temps qui bat le tambour.

L’énergie du centre est si puissante qu’elle renvoie des ondes !

Aux armes les pois de senteurs marines !Rosissez vos prétentions !

Et vous bâtonnets feuillus de la roue de la vie, soyez mandala, soyez verte prairie des sentiments.

Roger, en guise de remerciement, je t’offre ces quelques mots d’un poète que j’aime beaucoup, à cheval entre deux mondes, voire plus, un poète à cheval sur les civilisations : Gabriel Mwènè Okoundji.

Dans son livre « Prière aux ancêtres » il écrit :

« Toute réponse est parole et toute parole est nombreuse

Un lézard portant un papillon, cela est une parole

Le coq appelant une poule, cela est aussi une parole

Le hibou chantant sa mélopée à la nuit, cela est encore une parole

La parole n’a pas de père, pas de mère, pas d’ancêtres

Elle est immortalité divine, grossesse et enfantement miraculeux

Elle est esprit du vent : aucun mortel ne peut donner rendez-vous au vent ! »

Mais aussi :

«  C’est à la fin du chemin que commence le cheminement

Qui n’a pas bon pied ne peut reconnaître sa trace

L’audace du premier pas éveille l’impossible quête de l’espace

Seule est nommée gloire, la période où la douleur du cosmos épargne l’homme »

Ne perdons pas la boussole. Merci de m’en avoir offert une que je garderai dans mon cœur.

PS : je crois que j’ai rêvé des années durant qu’un jour tu m’associerais, moi, l’inconnue, à une élévation d’âme. MERCI.

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Danièle Marteau au Château Lescombes: Foultitude

jeudi, juillet 24th, 2014

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Ces sculptures à figures humaines, sont autant d’énigmes. Ces personnages intitulés « PROFILS » de 55 cm de haut font partie d’une série de 60 pièces, des visages modelés dans le grès et juchés sur des blocs de terre.

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L’exposition se tenait  au Château Lescombes , à Eysines où Danièle Marteau voisinait avec Danielle Bigata.

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. « Autant d’expressions différentes qui me sont venues en travaillant » dit l’artiste.

« Cette foultitude est surprenante. Ils sont tous différents. Certains sont beaux, d’autres moins, voire beaucoup moins, presque laids. Certains suscitent de la sympathie, d’autres, du rejet. J’ai décidé de tous les garder. Ainsi va la vie ».

 « Mon travail trouve son origine dans les rencontres humaines » 

Interview de Danièle Marteau dans le journal Sud-Ouest 10/01/2014.

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Cette foultitude m’a inspiré quelques mots parce que dans son œuvre autour de laquelle j’ai longuement tourné, j’ai ressenti des émotions, des interrogations, des pensées mouvantes selon l’axe d’approche, cette force de l’expression associée au dépouillement.

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à Monique

à qui ma poésie manquait…

Foultitude

Sarabande vertige

Tourbillon

De la foule

JE

En soltitude

Va-et-vient

Aux portes de l’autre

Frôle l’aura

Freine l’ange

Au chuchotis

Dans le brouhaha

Passe  repasse

Glisse

Ou s’enlise

La tête haute

Le dos courbé

Belle beauté

Enlaidie

A l’ombre des JE.

Le jeu des évitements

Le miroir des télescopages

 Mais Qui parle ?

Qui voit le regard croisé

L’absence

Le repli

Le dialogue qui n’aura pas lieu ?

Ainsi la guerre

Fratricide

Homicide

L’ailleurs sans voix

La bouche mutique

JE tire les tangentes

Trace les parallèles

Au cordeau.

Ses pensées intimes

Mises en équations,

Il n’en reste plus rien

De grès en force

Du passage à vide

 A la Vie d’ange déchu

Le salut ou la pluie

Viendront-ils du ciel ?

Seul Je s’arrête, suspend son verbe

Viendra ?

 Viendra pas

Ce cri du corps nié

Où seule la tête grave

Le billet du jour blond

Le vent, le poids des âges courbe

Lutte

Frontalement aux autres.

Qui détient la vérité

Dans l’incertitude

Des attitudes ?

La pâle ouate de la convergence

Emerge

De la plume

Du mot

Lisse le JE

Dans la négation des oripeaux.

 Avec  le Silence

Aux yeux trop grands

Le nez prend le vent

 L’Ange ou démon

 Dans sa fenêtre convaincue,

JE parle à JE en pied-de-nez

Rumeur, rumeur, rumeur,

 Humeur de  JE,

JE à l’honneur malmené.

Qui se fond dans la ville ?JE

Qui s’oublie dans la ville ?JE

Qui se meut dans la ville ?JE

Qui se meurt dans la ville ?JE

Quel poids ou quelle insouciance

Charrie la foultitude des  JE ?

Maïté Ladrat

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Le ballet des petites têtes noires à Bordeaux : un hommage à Eric Tabarly

samedi, juillet 12th, 2014

« Dans ces sortes de compétitions, l’esprit tout entier est tendu vers un but : gagner. Or il y a beaucoup à faire sur un bateau si l’on veut gagner une course »…

Eric Tabarly

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A la lecture du livre :

 « Victoire en solitaire, Atlantique 1964,  récit» (Arthaud)

cette phrase du formidable compétiteur que fut Eric Tabarly a curieusement fait écho dans ma tête.

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« Il réunissait donc au plus haut point les qualités de marin océanique, du navigateur solitaire, solide et résistant, et du régatier. Il le fallait pour réaliser un tel exploit sportif ! » dit de lui dans son hommage en préface du livre le capitaine de vaisseau  De Kerviler.

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J’ai été heureuse de renouer  avec mes balades sur les quais, appareil photo en bandoulière, à l’occasion de la venue des Pen Duick dans le Port de la Lune. Leur déplacement  a été salué par la foule, 50 ans après la victoire d’Eric Tabarly sur Pen Duick II,arrivé à Newport alors qu’il émergeait des brumes insistantes, pilote automatique cassé, silence radio depuis le début…

Cela faisait des mois aussi que j’étais entre parenthèses pour « gagner » non pas une course contre la montre car je n’appartiens pas aux « voileux » ni effectuer une traversée en solitaire…

Mais… comme LUI l’a fait en son temps, mes frères et sœurs d’infortune et moi-même nous devons vaincre et  cette « gagne nous mobilise à plein temps. Nous savons bien que nous n’aurons pas de médaille, et que nous devons arracher la rémission grâce à la médecine, avec la tête, les jambes, le sourire, la force mentale et notre entourage, proche ou lointain. Que nous devons collectionner les petits bonheurs même si nous avons dû réduire la voilure. Parfois nous connaissons la gîte, les creux, le calme plat, la chute parfois et chaque jour se gagne… Mon parallèle ne doit pas apparaître comme présomptueux.

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Bref revenons à Pen Duick

A l’origine…

 Pen Duick, le premier du genre

fut construit en Irlande en 1898 et « datait déjà » lorsque les parents D’Eric Tabarly l’achetèrent en 1938.Eric Tabarly l’a racheté à son père en 1952, à l’âge de 21 ans.

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« Le bateau ; aucun ne m’est plus cher que mon vieux Pen Duick, un cotre franc de quinze mètres, dessiné par Five… Il y a aujourd’hui  tout juste deux tiers de siècle. Il n’y a pas de « marine » que je préfère à la photo qui le représente incliné sous le vent, le plat-bord à fleur d’eau, toutes voiles dehors ».

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« Quand je le regarde, avec son habit noir et son plastron de voiles, il évoque pour moi un vieux et digne gentleman. Entre lui, dont la silhouette désuète fête ses cent ans et moi le retraité de la Marine, s’est nouée une affection qui a marqué nos existences. Sans moi, il ne serait plus qu’une épave. Sans lui ma vie eût été différente. »

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« Il est là, superbe, sous son gréement aurique, humant le vent, évaluant la force de la mer, frissonnant dans l’attente de la première risée : objet d’art, précieux, exigeant, sensuel, vif, capricieux, tel est Pen Duick, mon bateau ». 

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 ***

Tabarly, un visionnaire qui conçoit des machines à gagner grâce à ses connaissances en architecture navale.

Naissance du Pen Duick II:

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un bateau plus léger que son prédécesseur, en contreplaqué marine, construit pour naviguer en solitaire nécessitant la mise en œuvre de deux concepts : Rapidité et maniabilité.

1964: Eric Tabarly Vainqueur de la Transat en solitaire sur Pen Duick II

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« Pourquoi Pen Duick II ? Pour moi la réponse est simple, je voulais associer à mon nouveau bateau le souvenir du premier. J’ajoute que ces deux mots bretons signifient    petite tête noire , et sont aussi le nom de la mésange (de la mésange « à tête noire », très répandue, paraît-il, en Bretagne) ».

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« Je crayonnai ces indications, comme à l’ordinaire, sur quelques feuilles de cahier d’écolier et commençai à les concrétiser sous forme de plans et de profils à l’échelle. Puis je les apportai à Gilles, et de nouveau nous nous installâmes devant sa table à dessin. Je venais tous les week-ends de Lorient. J’arrivais à Saint-Philibert le samedi après-midi et aussitôt nous nous mettions au travail. Nous discutions parfois chez Gilles jusqu’à une heure avancée de la nuit et, le dimanche, nous retournions  dans la salle de dessin du chantier… En octobre, notre projet était déjà très avancé.

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… Et, à la fin décembre, j’avais pratiquement renoncé…quant au dernier moment, un ami rencontré par hasard me proposa d’avancer l’argent qui manquait ». 

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« Je descends et m’installe dans la cuisine. A bord du Pen Duick II on ne trouve que l’essentiel. La table de carré, chère aux plaisanciers mais peu utilisable dans mon cas, n’existe pas ici. Je n’ai gardé qu’une table à cartes et je prends mes repas à la cuisine sur une combinaison de réchaud et de tablette à cardan qui suffit à mes besoins. Ne pouvant m’y tenir debout étant donné la faible hauteur sous barrots (1,50 m), j’ai fait installer une selle de moto (je précise une selle de moto Harley Davidson) large et confortable, montée sur un pied vertical à hauteur réglable et que l’on peut incliner pour compenser la gîte…. » 

Le célèbre ketch et son numéro 14

 

Victoire en solitaire sur Pen Duick II

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« J’ai donc été très occupé, mais – et quelles qu’aient été les difficultés qui s’ajoutaient pour moi aux occupations normales du bord- je puis dire que la course par elle-même n’a pas été une épreuve. Elle correspondait à la vie même que je désirais le plus mener. Et, physiquement aussi bien que moralement, je crois que j’aurais pu tenir encore des jours et des jours après celui de cette arrivée. »

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 « On m’a souvent demandé si j’avais éprouvé de l’angoisse en quittant la terre et en me retrouvant seul à bord, ayant perdu de vue aussi mes compagnons de départ. Je suis bien obligé encore une fois de constater que non. D’abord ce n’était pas la première fois que je naviguais hors de vue de la côte : c’est une situation à laquelle je suis accoutumé depuis l’enfance. J’aurais même de la peine à dire si mon plus vieux souvenir se rapporte à la terre ou à la mer ».

***

Et puis vinrent Pen Duick III

1967 Eric Tabarly Vainqueur du championnat du R.O.R.C.(Angleterre) et de Sydney-Hobart (Australie) sur Pen Duick III

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Pen Duick IV disparu en mer avec Alain Colas

1968 Mise à l’eau de Pen Duick IV

1969 Record Eric Tabarly de Los Angeles-Honolulu sur Pen Duick IV.

Pen Duick V

 1969: Mise à l’eau de Pen Duick V

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et Pen Duick VI

1973Participe à la première course autour du monde sur Pen Duick VI

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Pour terminer cette note, un lien s’impose: celui menant à l’association Eric Tabarly dont les objectifs sont les suivants:

Cette association possède plusieurs missions complémentaires :

– Maintenir en condition de navigabilité les Pen Duick, et les faire naviguer.

– Poursuivre l’œuvre maritime et éducative d’Eric Tabarly en favorisant le développement de la culture maritime, en suscitant l’intérêt, la recherche et l’innovation dans les différents domaines de la Plaisance.

– Accompagner et aider la Cité de la Voile Eric Tabarly à mettre en œuvre les objectifs ci-dessus.

J’ ajouterai simplement que la présentation des Pen Duick par monsieur Gérard Petipas fut des plus agréables et émouvants.

Vous trouverez toutes les explications relatives à chaque bateau sur ce site relativement bien fait.

http://www.asso-eric-tabarly.org/

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 ***

NB:Toutes les citations ou presque ( à l’exception de deux d’entre elles)  sont extraites du livre cité au début « Victoire en solitaire » écrit par Eric TABARLY, aux éditions  Arthaud

Pour prendre connaissance de l’ensemble  des courses gagnées par Eric Tabarly, voir le site de l’association.

La MATERNITÉ YAO par DANIELLE BIGATA –7–

dimanche, mai 18th, 2014

 La Maternité Yao, sous le signe de la tendresse.

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Madones, Vierge à l’Enfant occupent une place importante dans l’iconographie et la peinture occidentale.

A partir de la Renaissance, les personnages gagnent en humanité lorsque transparaît l’intimité dans des scènes mêlant poésie et sensualité.

La Renaissance italienne quant à elle introduit la notion de décor naturel apportant une touche d’intemporel.

Le concept glisse doucement vers la prise en compte de la condition humaine en général chez les peintres flamands :  la Vierge et Jésus deviennent une mère et son enfant placés dans un décor naturel.

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Chez DANIELLE BIGATA, nous sommes au cœur du thème profane avec un souvenir de voyage cueilli dans le monde du travail, dans les rizières du Vietnam.

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Le décor de cette Maternité Yao  est celui que l’artiste lui  donne maintenant, tantôt décor intérieur de musée, tantôt décor et théâtre de verdure comme au parc Laurenzanne à Gradignan.Mais il y a comme un sentiment religieux chez ces deux-là, la mère dégage une énergie qu’elle nous transmet par le regard; l’enfant a les yeux tournés vers le monde, tout en étant dans la chaleur de sa mère. Les deux rayonnent en nous, vers nous.

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« L’ethnie Yao vit dans les terres montagneuses de tout le sud-est asiatique. La patine du bronze valorise le contraste entre les matières et met en scène l’imbrication entre la mère et l’enfant. La maternité n’est plus ethnique mais universelle. »/Danielle Bigata

 

Une berceuse sud-vietnamienne douce et envoûtante envoyée par Cerisemarithé

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DANIELLE BIGATA plante le décor dans lequel elle a recueilli cette vision avant de nous la faire partager :

« Quand on voit les femmes Yao éparpillées dans les rizières, avec leurs coiffes rouges, on a l’impression d’un champ de coquelicots. Comme les femmes africaines, elles privilégient le contact physique rapproché avec leur enfant enserré dans des voiles au plus près de leur corps. »

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J’avoue que cela me permet de faire le lien avec cette saison de coquelicots , notamment lorsque j’en rencontre lovés en cœur à cœur dans mon jardin.

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Ethnie des Dzao rouges ou yao

Les femmes Yao

« les femmes plus distantes sont plus grandes et plus distinguées, elles portent un amoncellement de foulards rouges empilés sur la tête, dont les bords se terminent par des franges au bout desquelles sont cousues des pièces et des perles.

Leur coquetterie : elles se rasent tout le devant du crâne pour faire apparaître un immense front dégagé sous le turban. »

DANIELLE BIGATA/AKUNA MATATA

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Je ne résiste pas au plaisir de la tendresse  mise en mots et susurrée à l’oreille des enfants par des mères aimantes. Berceuses de tous pays, chacune ayant son charme.

BERCEUSE  DOGON

 

Où est partie la mère du petit ?

Partie puiser de l’eau

Pas revenue de puiser de l’eau

Partie piler la feuille de baobab

Pas revenue de piler la feuille

Partie préparer les plats

Pas revenue de préparer les plats

Sur la falaise, sur la falaise

Un œuf de poule est suspendu(1)

Berceuse populaire chantée dans la boucle du Niger, quand un enfant, porté sur le dos, pleure.

(1)       Allusion au derrière du petit enfant suspendu dans le dos de la mère

/ Trésor de la poésie, anthologie de Pierre Menanteau

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Akatombo
berceuse du Japon
Dans le ciel au coucher du soleil,
Libellule rouge
Tu volais pendant que je rêvais
Sur le dos de maman
Je m’endors pendant que vient la nuit
Sur la plaine mauve
En planant ton aile vient fermer
Mes paupières doucement

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un petit intermède musical sur le thème, envoyé par Maria-D

https://www.youtube.com/watch?v=L9PJZrRWs6k