Patiras: Scènes d’été « Ici, ailleurs ». Impressions -3-

Je  suis incertaine sur le pont

Qui mène à l’île rêvée, comme toutes les îles,

 Celles que je porte en idéal, avec

 Les jeux de tangage et du vent

Celles qui délivreront les paroles et les chants

A mon cœur qui bat d’impatience.

Tambour contre étrave avant l’île-Refuge,

L’île au phare qui s’annonce en lettres essentielles :

 Patiras.

Et soudain, comme une révélation :

Vous/ Nou(és) les liens du passé et ceux du présent.

Les cordes se croisent, se tendent, se hissent au soleil.

Des champs de maïs.

Dans la transparence des huttes, le faîte prie le ciel de se souvenir de

 L’ici, l’ailleurs, oiseaux plumes musiques, hommes femmes compagnons de besogne

D’esclavage

Noirs.

  Toi, Tu Voues ta passion au milan

Qui plane au-dessus des îliens du rêve, ceux qui sont partis, ceux qui se sont établis

Ici

Ceux venus de l’ailleurs pour quelques instants. Ceux qui, noirs, ont souffert dans leurs chaînes.

Pioche, pioche dans le lopin de terre. Erige des cathédrales sur pilotis

Dans la musique des bambous, frontières abolies, végétal étalement vert sombre

Lumière blanchie tout contre

 Les lèvres de la terre, gonflées de tout le sel

Qui gercent une fois les marées retirées,

Ici

 Gisent les avancées à coup de bois flottés, échoués.
Paroles d’îlouts lancées sur le haut de la berge

Offerte la mélopée d’un soir à l’estuaire :

 A lui, le Maître linéaire qui file pressé devant nous.

La tête bercée aux émotions d’herbe, dernières lueurs paroles et chants reçus

Dans le creux vert tendre de l’agora, à l’ombre

Des continents, paroles et chants de souffrance, d’espoir

Wolof

Sorti veine après veine, de la gangue de l’oubli.

Départ Bateau et Gens d’estuaire. Accueil paroles  de nuit

Chants d’ici.

Pauillac,

Le quai

S’étire

Orange

La nuit

L’emporte

Glisse la nuit

Avec

Ou

Sans étoiles

Je ne sais pas. Pas vu ailleurs mais dans les yeux, oui … l’espace d’un bonheur.

Impression d’été 2012.

©Maïté L

***

***

J’ai choisi de partir par la fin: les images qui se sont installées dans mes souvenirs. J’ai choisi de prolonger un peu le rêve par des mots. J’ai choisi de dévoiler les images peu à peu.

Mes remerciements vont à ceux qui ont fait de cette soirée un ensemble de vibrations, d’émotions, une escale de bonheur:

les Scènes d’été du Conseil général de la Gironde

les associations MC2A (Guy Lenoir) et Musiques de nuit (Patrick Duval) qui ont  proposé une rencontre « Ici, ailleurs », autour de la notion de migrations.

– La mise en espace par le collectif de plasticiens « Les Mains dans les pioches« .

 – La chorale de l’opéra wolof Leena à laquelle participait notamment la chorale de Pessac Croq Notes donnant l’Oratorio de l’Opéra Leena, musiques de El Hadj N’Diaye et Mathieu Ben Hassen

– la lectures des textes de Michel Quéral, auteur naturaliste, accompagné des musiciens présentés par Musiques de Nuit : 5 musiciens du Monde’ Rocher de Palmer) Pascal Lefeuvre,( vielle à roue), Philippe Bayle( tiple), Pedram Khavar Zamini(tombak) et Doudou Cissoko(kora).

-L’ évocation incantatoire de la mémoire des îlouts, portée par la chorale Pianissimo et contée par Davis De Souza.

     »  Un voyage  autour d’un axe migratoire majeur : l’estuaire de la Gironde.
Toutes ces migrations, proches et lointaines : mémoire de la traite négrière, souvenirs des ilouts, passage des oiseaux mis en scène sur l’île de Patiras par différents regards artistiques. »

******* à suivre*******

19 commentaires

  1. « Pas vu ailleurs mais dans les yeux, oui … l’espace d’un bonheur. » Tout est dit de ce moment riche, beau et fort que tu détailles comme une pensée qui surgit en images et mots. Coup de coeur pour le ruban rouge effiloché noué à la corde blanche !

  2. Une bien belle mélopée que ce chant mêlé à la poésie des gens de l’estuaire. Les photos qui accompagnent sont magnifiques !

  3. Nul besoin d’aller au bout du monde pour se sentir dépaysé, l’aventure commence à Patiras ! Je comprend que le lieu évoque autant d’émotions, le Conseil Général de la Gironde est bien inspiré de mettre en scène Patiras que je ne connais pas mais que j’ai déjà vu dans un reportage qui m’a marqué aussi. Je salue aussi le travail de mémoire qui réconcilie les peuples qui savent regarder l’histoire avec lucidité et aussi un très beau texte.

  4. Les moments de bonheur que tu as vécu resteront dans ton coeur. L’émotion est là, tes mots et tes photos sont de merveilleux souvenirs. Et j’aime ces cordes nouées par un ruban rouge. Tout un symbole. Merci Maïté de ce merveilleux partage.

  5. Je ssiu très touchée par ce texte superbe. Et ces photos……….Ces liens, ce rouge, ces neouds, ces drapeaux, des bateaux échoués sur terre………………Mais qu’est-ce que ce lieu? Quel passé? je ne connais pas……..

  6. @ Fifi

    Coup de cœur aussi pour l’installation du collectif plasticien  » Les Mains dans les Pioches » et toute la symbolique qui s’y rattache.

    ***

    @ Danièle

    Je l’ai voulue mélopée à la mémoire de tout ce qui a été évoqué et de tout ce qui continuera à trouver matière à se souvenir, ici même.
    J’ai pris tant de plaisir à « piocher » dans les divers angles possibles de ces installations.

    ***

    @ Sergio

    Le Conseil Général a de belles initiatives estivales tournant autour des îles réhabilitées : que du bonheur pour moi.
    Quant au retour lucide sur l’Histoire, il est assez récent mais s’inscrit maintenant aussi dans le Musée d’Aquitaine, de façon officielle.

    ***

    @Marithé

    un excellent résumé de toute l’émotion qui fut au rendez-vous entre 17h et la nuit pour une escale hors du temps.

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    @JEA

    maîtresse Solitude maîtrisée, l’île affleure dans la tempête.

    ***
    @ Denise

    au pays des cordes refuge, la transparence se jouait des derniers feux avant la nuit. Seule la fraîcheur venue de l’estuaire initiait les rappels à la réalité et la marée venant clapoter sous le ponton, avant la corne du départ. Gens d’estuaire, Gens aimant l’estuaire, Gens aimant approcher de temps en temps l’estuaire unis dans l’émotion.

    ***

    @Ulysse

    Heureux qui peut s’imaginer à travers les plaisirs de la lecture ce qui est donné à partager. C’est toujours le cas chez vous sur un mode engagé , humoristique et esthétique.

    @ Anne
    je lèverai le voile peu à peu. Un lieu sublime:une escale du rêve.

  7. Patiras, esto me suena a « partirás », en fait c’est ce que j’avais d’abord lu.
    Mais c’est bien ce dont tu parles avec des mots si choisis, « l’espace du bonheur » rendu vivant par ce ruban rouge si émouvant.
    Merci Maïté!

  8. Je crois que tu as été sirène dans une autre vie.
    L’océan est ton domaine , ta maison.
    Heureusement pour nous qui partageons tes voyages.
    merci.

  9. @ Colo
    Patiras, partiras, en partance, même racines d’un même désir de se frotter aux embruns, ne serait-ce que pour oublier l’écume des jours.

    ***

    @ Maria-D

    insulaire, agitateur de rêves, buveur de bords d’eaux frappant à la porte du ponton.

    ***

    @ Ladyapolline

    merci. plein de bisous aussi.

    ***

    @ Omillou

    Pourquoi pas?
    Et comme dans les légendes, toute sirène ayant quitté son élément ne peut que le dévorer des yeux.
    Merci à toi aussi et à tous ceux qui laissent un message.

  10. Merci Maïté pour « les fruits secs » ! Le feuillage commence à prendre des couleurs maintenant, c’est vraiment l’automne 🙂
    Bonne fin de semaine !
    Je t’embrasse !

  11. Très bel ensemble. Les deux dernière photos sont superbes, toute en contrastes.

    Dommage que le bout de marine, le blanc, soient en matière synthétique. Moins cher, mais le coton me semble plus joli comme écoute de foc ou de grand voile.

    Ce rouge me faisait penser à quelque chose mais je ne trouvais pas. Et puis finalement, j’ai trouvé. sur les haubans des voiliers (filins en acier torsadé qui maintiennent la mat), on noue par le milieu environ 40 cm de ruban rouge. En navigant la position de ces rubans vous donne, mieux que la girouette en tête de mat, une idée du vent réel sur les voiles puisque le vent pousse à l’intérieur des voiles mais surtout aspire de l’autre coté par un effet aérodynamique de succion, après avoir été perturbés par la face au vent de la voile.

    On nomme ces rubans pennons, et ce sonT des guides précieux pour garder son cap et aussi sa vitesse.

    Ces deux photos sont superbes. Je ne manie pas bien mon Canon numérique, et j’en serais bien incapable.

    Félicitations et c’est d’ailleurs l’avis général.

  12. @ Frantz
    merci pour la pertinence de ces commentaires. vous, le marin avez donné du sens à ces bouts de chiffon rouge qui étaient déjà hautement symboliques sur leurs cordages.
    merci de votre apport très éclairé et surtout merci pour vos commentaires en salve qui font reculer le côté éphémère de ces articles.
    Merci encore.

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