Le pouvoir des mots et de la langue

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Le soir sur la façade de la Bibliothèque de Mériadeck: la signature des « 3 M »

« Depuis quelque temps, les accents grognaient. Ils se sentaient mal-aimés, dédaignés, méprisés. À l’école, les enfants ne les utilisaient presque plus. Chaque fois que je croisais un accent dans la rue, un aigu, un grave, un circonflexe, il me menaçait.

-Notre patience a des limites, grondait-il. Un jour, nous ferons la grève. Attention, notre nature n’est pas si douce qu’il y paraît. Nous pouvons causer de grands désordres. Je ne prenais pas les accents au sérieux. J’avais tort. »

La révolte des accents Erik Orsenna

 

LA RÉVOLTE DES ACCENTS

ERIK ORSENNA de l’ACADÉMIE FRANÇAISE/

Stock

*

Sur fond de réforme orthographique partielle, montée en épingle ou portée à la connaissance de chacun par des journalistes semeurs(friands?) d’alertes, il est bon parfois de revenir se plonger au pays des mots et dans la belle langue qui est la nôtre.

Certes son apprentissage est ardu, riche en sensations mais nous assistons souvent aujourd’hui à une sorte de débâcle, un nivellement par le bas.

Face à la querelle de l’accent circonflexe, ne vaudrait-il pas mieux remonter le cours du temps dans l’histoire de la langue pour donner du sens au « chapeau chinois » de notre enfance ?  Avec lui, les homophones  s’y comprennent par le recours à la langue écrite. Lui, l’accent circonflexe, l’objet de toutes les attentions, est apparu au XVIème siècle et s’est normalisé au siècle suivant. Il est aussi le témoin d’une langue dérivée du latin et peut remplacer une lettre disparue, un « s » ou bien une autre lettre encore : une lettre affaiblie, disparue, rappelée par l’accent circonflexe. Mais pas seulement…

Je garde pour ma part le souvenir de belles découvertes de la langue française et j’éprouve de la reconnaissance pour tous ceux et celles qui, instituteurs ou professeurs de collège, de lycée ou de l’enseignement supérieur m’ont permis d’étudier dans le plaisir, le vocabulaire, la grammaire, les conjugaisons, la phonétique, les analyses logiques, la littérature ; puis il y eut ceux qui ont nourri mes réflexions sur la langue et m’ont donné les moyens d’éveiller les enfants aux plaisirs de l’apprentissage de la langue, aux plaisirs de la lecture.

Mon désarroi est bien plus profond encore, devant notre langue écorchée, malmenée où le futur se dissout dans le conditionnel et surtout devant un « franglais » où l’anglais est devenu dominant,  le français prenant la place très inconfortable du dominé.

En prenant de l’âge, j’éprouve la désagréable sensation personnelle, d’employer la langue en sous-régime, avec un corpus de mots restreint par rapport aux si riches possibilités qu’offre le français. Heureusement, je rencontre sur ma route des amoureux de la langue, des anonymes et d’autres dont je peux lire les blogs et puis le plaisir de la littérature ne fait que grandir. Le temps presse : il y a tant et tant à découvrir, lire et relire.

Lorsque je faisais mes premiers pas sur le net, il y a un peu plus d’une dizaine d’années, j’ai tout de suite été sensibilisée à l’emploi du mot juste, par des défenseurs de la francophonie. Pour eux, point de «  bon we » qui était déjà passé dans les mœurs mais « une bonne fin de semaine »… Je compris que nous français, moi la première, étions en train de baisser les bras.

Afin de nourrir la réflexion, je tiens à vous présenter en plus du livre d’ERIK ORSENNA cité en préambule, quatre livres, quatre personnalités complémentaires, qui peuvent nourrir la réflexion sur la langue française : l’auteur d’un essai, une anthropologue , une romancière et un linguiste.

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De quel amour blessée... Alain Borer

RÉFLEXIONS SUR LA LANGUE FRANÇAISE

ALAIN BORER

PRIX FRANÇOIS MAURIAC 2015

  Sur le bandeau de présentation est écrit : « avis de tempête »

 

Il s’agit d’un essai dans lequel ALAIN BORER, poète, romancier, professeur… amoureux de la  langue avant tout, sème la tempête.

Il s’interroge sur les spécificités de la langue française et déroule sa prise de position avec des mots très durs envers nos voisins, nos politiques, nos concitoyens et nous-mêmes.

Le titre est extrait de Racine :

« Ariane, ma soeur, de quel amour blessée Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »

Comment prendre conscience que notre belle langue disparaît sous nos yeux et avec elle la civilisation qui s’y rattache ? Elle s’efface, sans combattre, au profit de la langue anglaise.

Ce livre érudit, écrit pour des spécialistes délivre cependant son message d’amour à qui voudra se pencher sur ses pages. On y apprend beaucoup dans des chapitres courts, incisifs qui réveillent notre culpabilité avant de nous insuffler l’énergie et la connaissance nécessaires à la défense de la langue.

Nous y apprenons par exemple que la Grande Bretagne a accueilli 37000 mots français à partir du XIème siècle et que l’anglais est du français à 63% !

Segalen disait  à propos des Maoris : «  En perdant ses mots, on perd son âme »

Si vous lisez ce livre, vous ne verrez plus jamais notre langue de la même façon. Et vous vous surprendrez à être  soudain beaucoup plus vigilants… Vous revivrez aussi certains épisodes de notre Histoire avec un éclairage nouveau. Vous apprendrez beaucoup. Vous ne retiendrez pas tout mais l’essentiel sera gravé en vous.

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Le goût des mots Françoise Héritier

LE GOÛT DES MOTS

FRANÇOISE HÉRITIER

ÉDITIONS ODILE JACOB

Les mots ont un pouvoir : ils peuvent nous sauver. La crise que nous traversons n’est pas seulement économique mais elle est aussi morale et nous vivons dans la morosité.

Afin de retrouver le goût des mots, leur couleur, leur matière et nos étonnements d’enfance face à la langue, FRANÇOISE  HÉRITIER nous convie à puiser dans le trésor des mots avec joie, en explorant plusieurs pistes : celle du mystère, celle de l’imagination qui retrouve une certaine brillance, celle des émotions et des perceptions au plus près de notre corps.

FRANÇOISE  HÉRITIER explore les mots avec délectation, gourmandise, sensualité. Elle crée des listes pour le plaisir et sur plusieurs registres que j’ai eu la joie d’emprunter sur ses pages.

C’est un livre jouissif.Un livre qui invite aussi le lecteur à entrer dans le jeu et à prolonger la lecture avec ses propres mots.

« Je suis entourée de mots dans une forêt bruissante où chacun se démène pour attirer l’attention et prendre le dessus, retenir, intriguer, subjuguer, et chacun aspire à ces échappées belles. Comme si on les sortait de leur prison. On entre dans le domaine de la joie pure. Tous ces mots qui se déhanchent, se désintègrent, ondulent autour de moi et m’entraînent dans la grande ronde de la fantaisie première. Avec le bricolage surprenant et inattendu des figures qui surgissent alors, on entre dans le grand capharnaüm de la liberté créatrice où tout est permis. »

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Chantiers Marie-Hélène Lafon

CHANTIERS

MARIE-HÉLÈNE LAFON

ÉDITIONS DES BUSCLATS

Là aussi l’amour de la langue éclate à chaque page avec le souci de cerner les idées, les souvenirs, les émotions avec les mots justes. L’écriture est généreuse, joyeuse, précise, fluide. C’est la danse des synonymes, notamment chez les adjectifs. MARIE-HÉLÈNE LAFON nous régale d’une belle langue classique et cependant si actuelle, si ancrée dans la chair.

Chantiers signe un corps-à-corps avec l’écriture, un ouvrage sans cesse remis en chantier et qui aboutit à des livres ouverts au monde.

Chantiers : un petit livre précieux à lire et relire.

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Le Voyage des mots Alain Rey

LE VOYAGE DES MOTS

ALAIN REY

De l’Orient arabe et persan vers la langue française

Calligraphies de Lassaâd Metoui

 

Ce livre m’a été offert par une amie. C’est un très beau livre, un de ceux que l’on ne range pas et dans lequel on chemine dans l’Histoire et l’histoire des mots. C’est un carnet de voyages original qui nous montre les langues en mouvement.

Il est au confluent d’un livre consacré à la langue et d’un livre d’art. En fait il s’inscrit parfaitement dans les deux registres car il s’agit d’une conversation entre le linguiste, lexicographe érudit et le calligraphe qui s’inspire aussi bien de Hartung que de Soulages.

Sur la route des deux cultures, ALAIN REY nous montre comment les mots voyagent et viennent enrichir la langue où ils viennent se poser.

Ma page préférée est celle qui suit les pérégrinations du mot  » houle » à ses origines, avec ses hésitations, ses pistes sûres, et pour finir ses certitudes.

«  La houle est la respiration des mers. Calme, régulière, faible, elle berce ; forte, haletante, puissante, elle menace.

D’où vient la houle ? De partout où le vent souffle sur l’océan. »

Mais d’où vient le mot ? Beaucoup de mots se rapportant à la navigation viennent des pays nordiques mais une autre piste passe par les récits de voyages maritimes, des histoires qui s’y rattachent, prend sa source en Inde, avant de gagner la langue arabe et de nous revenir par L’Espagne. Le mot « houle » apparu en Espagne en 1403 n’est remonté qu’un siècle plus tard chez nous.

Je laisse à ALAIN REY cette note d’espoir citée dans sa préface :

« Cependant les mots ne sont pas des vivants ;ils peuvent s’effacer, mais non pas mourir ».

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Montaigne, Montesquieu, Mauriac

 

29 commentaires

  1. Ô ! la la quelle belle note
    Comme j’aime cela … l’amour des mots, l’amour du mot
    cette langue française si belle, certes ardue et complexe, mais n’est-ce pas cela qui en fait sa beauté, son mystère et sa clarté aussi… les mots ne s’écrivent pas tels qu’ ils s’écrivent par hasard… tout orthographe a son sens, son étymologie, sa racine… toute conjugaison a son sens bien précis… une amie hollandaise me disait il y a peu, « nous en Hollande nous n’avons pas toutes ces conjugaisons, chez vous qu’est-ce que c’est compliqué »… alors je lui ai expliqué les subtilités des temps qu’ils soient passés, présents, ou futurs, leur particularité et leur justesse…la richesse des adjectifs, des verbes, des mots pour dire au plus juste…. et elle est bien là la particularité de cette langue, tout est dans la précision… dans la langue française nous pouvons écrire au plus pointu et au plus juste du sens … une mine d’or est cette langue …
    je garde ceci : « En perdant ses mots, on perd son âme » « les mots ne sont pas des vivants ; ils peuvent s’effacer, mais non pas mourir « .

    merci Maïté pour cette note qui donne envie d’ouvrir toutes ces pages

  2. Un livre qu’on ne range pas…
    On ne range jamais les accents de la lumière…
    On ne range jamais les accents qu’elle percute au sein de l’ombre…
    On poursuit le chemin… dans l’axe du vivant qui nous prolonge !

  3. En premier c’est « La révolte des accents » que j’ai envie de découvrir en raison de l’humour sous-jacent du titre et puis Françoise Héritier que j’aime et puis…et puis les autres auteurs que je connais moins. J’aime beaucoup également Henriette Walter et sa pédagogie pleine d’humour encore…
    Merci pour ton billet au coeur de l’actualité des mots et des accents, qui nous donne envie de découvrir des auteurs. Et surtout, merci pour ton talent poétique qui nous enchante si souvent !
    Je t’embrasse, Maïté !

  4. Quel envoi magistral !
    Tu es une passionnée des mots,de la langue française, on le sait tous, mais te voici, avocate de haute volée, courant à son secours. Tu es aussi une excellente libraire. Tous ces livres présentés par toi me plairaient beaucoup et je commencerais bien par celui d’Erik Orsena, ce génial jongleur de mots.

    Je te souhaite une très belle journée.

    Je t’embrasse.

    Roger

  5. Cette note est effectivement au cœur de l’actualité. J’avoue être désarçonné par la réforme de l’orthographe qui écorche la langue française. La force de notre langue est dans ses racines latines, grecques et autres emprunts de mots qui donnent à la langue française une richesse et une puissance unique; ils ouvrent les portes de l’imaginaire.

    Enlever les tirets et l’accentuation appauvrit notre belle langue et contribue à l’affaiblir. Par exemple : Dans forêt l’accent circonflexe rappelle le (s) disparu que l’on retrouve dans forestier. Comment pourra-t’on faire la différence entre forêt et le foret outil de perçage ?

    Quid aussi de toute la culture et l’histoire des mots (forêt vient d’un terme latin, on le retrouve aussi en anglais, langue qui emprunte beaucoup au latin et comme le précise Alain Borer au français.

  6. @ Maria-D

    Merci pour cette réponse très explicative. Pour donner un autre exemple, Alain Borer s’intéresse aussi au neutre et à la neutralisation de la langue. Chez nous, nous portons haut et fort le féminin et ses marques mais pour combien de temps? Nos pronoms différencient le « tu » du « vous », le « vous » de politesse du « vous » pluriel, le « il(s) » du « elle(s) ».
    La langue se neutralise, se rapproche de l’anglais, tend à s’oraliser sans ces marques du masculin, féminin et pluriel et les accords du participe passé.
    Si l’usage décide qu’il en soit ainsi, alors nous irons vers une paupérisation de la langue, qui de plus sera totalement inefficace pour redresser les inégalités tant sociales qu’économiques d’ailleurs.
    Merci Maria-D

  7. @ Alezandro
    juste une citation d’un ancien ministre de l’Éducation, conscient du risque d’un français à deux vitesses:
    « Le gouvernement voudrait que j’écrive à sa convenance. Je continuerai à écrire à la mienne. Et il me restera suffisamment d’arguments grammaticaux qui me feront souvenir que l’accent circonflexe est la trace d’un « s » d’autrefois, effacé dans la prononciation, mais présent dans l’histoire du mot : le maître fut un master après avoir été un magister. Et honni soit qui mal y pense” »
    François Bayrou.

  8. @ Alphathanoromega

    il existe en effet des livres phares qui prennent soin de la lumière. Dans le cas de celui-ci  » Le Voyage Des Mots » le rayon de lumière est puissant et éclaire jusqu’aux racines.
    En fait il prend le contre-pied de la tendance idéologique actuelle qui veut , sous prétexte de nivellement nous couper de nos racines grecques et latines et du phénomène d’enrichissement d’une langue, pas seulement la nôtre, par l’apport, intelligemment absorbé de mots jalonnant les péripéties de notre Histoire qui s’est frottée aux autres pays et continents.
    Mais de toute façon, pour moi, un livre rangé ne l’est jamais très loin et peut vite ressortir.

  9. @ Fifi

    J’aime ces échanges qui nous font toujours découvrir un nouvel aspect de la question, jamais exhaustive.
    Je pense que tu aimerais aussi si tu ne le connais déjà le livre de PHILIPPE DELERM « les mots que j’aime » aux éditions Points. Nous sommes là aussi dans le goût des mots. Philippe Delerm donne une liste de ses mots préférés et raconte leur histoire. Il est sur un registre poétique où il a su se renouveler au fil des ans.Un livre léger qui n’est jamais très loin car il nous pousse à un va-et-vient entre ce que représentent les mots pour nous et ce qu’ils évoquent pour lui.
    Je te remercie Fifi car je vais découvrir avec toi HENRIETTE WALTER. J’ai déjà fait des recherches à son sujet et je sais que sa lecture va me plaire.

  10. @ Roger Dautais
    Merci d’avoir laissé un message. Je suis comblée, mais modestement car j’ai fait partie de la cohorte de maîtres de base, engagés passionnément jusqu’au dernier jour de l’activité et tellement heureuse de voir les prémices de la langue se mettre peu à peu en place.
    Je remarque simplement, grâce à mon Petit Robert (quel fameux » livre » celui-ci aussi!) que « magistral » vient en 1265, du latin « magistralis » littéralement , qui appartient, qui convient à un maître… Donc la boucle est bouclée: je suis en accord avec le sens.
    Tu te trouveras bien de la lecture d’Erik Orsenna » La révolte des accents » Ce livre ressemble à son auteur: facétieux, gai, plein d’imagination, érudit. Il devrait être mis entre toutes les mains des jeunes élèves et servir de base de discussion, de justification des accents. L’extrait que j’ai donné ici est accentué, mais dans le livre, justement il ne l’est pas puisqu’il correspond au début de la quête policière des accents qui ont déserté les lieux et le discours des personnes.
    Erik Orsenna a aussi écrit d’autres livres comme  » La grammaire est une chanson douce » et « si on dansait » à propos de la ponctuation.
    Je pense que tu ne peux sortir à cause du déluge actuel.C’est un temps pour la lecture. Je t’embrasse.

  11. @ Serge
    Tu as tout à fait raison.Merci pour ton message précis.
    François Bayrou dit aussi:
    « Prétendre que simplifications imposées facilitent en quoi que ce soit l’acquisition de l’orthographe par les élèves est une plaisanterie de garçon de bains. Ce n’est pas l’orthographe de nénuphar qui est un problème au collège, c’est l’accord du sujet avec le verbe, au pluriel le s ou le x pour les noms, et le nt pour les verbes, et la conjugaison simple. Non pas le recherché ou le complexe, mais l’élémentaire”
    Nous ne pouvons qu’être inquiets lorsque nous entendons aussi que pour faire « simple » et « moderne », nous abandonnerions les cours de latin et de grec.
    En supprimant les postes de professeurs de ces langues anciennes, dans quelques années, plus personne ne sera demandeur et de toute façon, personne ne sera plus en mesure de prodiguer cet enseignement-là.Catastrophique.
    Je voudrais simplement revenir sur un point pour qu’il n’y ait aucune ambiguité:
    tu écris :
    « en anglais, langue qui emprunte beaucoup au latin et comme le précise Alain Borer au français. »
    Voilà ce qu’écrit Alain Borer:
    « Les îles Britanniques, en effet, divisées entre les influences celte, gaélique, germanique (qui composent encore 37% du vocabulaire anglais, avec divers apports de langues diverses) ont parlé français pendant près de quatre siècles, dès 1025, avant même la bataille d’Hastings (octobre 1066) que raconte la tapisserie de Bayeux, jusqu’à Shakespeare,  » ce langage même de Normandie dont ils usent encore à présent »,écrivait Claude de Seyssel en 1509… »
    L’anglais vient du français venant lui-même du latin.

  12. Belle défense de la langue française, merci ! L’orthographe a connu des époques où elle était plus flottante, il n’y a pas péril en la demeure, me semble-t-il, sauf si comme l’écrit Orsenna, on abandonne délibérément l’enseignement de la grammaire et l’emploi correct du français.
    Je ne connais pas tous les détails de la réforme française, je crains qu’elle ne change rien à la plupart des fautes d’orthographe (accords élémentaires, conjugaison) qui trahissent parfois l’ignorance, le plus souvent la négligence (vérifier et relire prennent trop de temps).
    En Belgique, ces nouvelles façons d’orthographier certains mots sont acceptées depuis des années mais non imposées. J’avais l’habitude, pour en informer les élèves, de simplement indiquer la graphie traditionnelle au-dessus.

  13. Bonjour Maïté, qu’ajouter à ton billet, superbe, à tous ces commentaires intéressants?

    Peut-ètre ce poème de Rabah Belami:

    je ne dors plus
    les mots m’ont poussé sur la pierre de la porte
    mon regard franchit la nuit
    se pose sur une haie de ronces
    près d’une aile apportée par le vent

    plus loin que la terre
    dans la poussière des syllabes mortes dans la gorge
    un poème poursuit sa route avec une aile unique
    il ira jusqu’au miroir de la flamme

    (extrait de Pierres d’équilibre, p 46)

  14. @ Tania

    avoir l’avis d’une enseignante me fait plaisir et de plus, savoir ce qui se passe chez nos voisins est intéressant.
    Ces jours-ci, l’Académie française par la voix d’Hélène Carrère-d’Encausse a déclaré s’opposer à toute réforme de l’orthographe et prône un accord conditionnel sur un nombre réduit de simplifications qui ne seront pas imposées autoritairement mais  » soumises à l’épreuve du temps ».

    le lien vers l’Académie française où est retracé notamment l’historique de notre langue:
    http://www.academie-francaise.fr/la-langue-francaise/le-francais-aujourdhui

  15. @ Colo

    j’ai fait une recherche pour savoir qui était Rabah Belamri et j’ai donc relu l’extrait que tu nous donnes à lire ici. Formidable don de la poésie; importance des mots chez quelqu’un qui ne reçoit pas la lumière comme nous mais sait la recréer avec sa propre culture mêlée à celle des rencontres dont le français.
    J’aime beaucoup le début:
    « je ne dors plus
    les mots m’ont poussé sur la pierre de la porte
    mon regard franchit la nuit »
    Merci Colo pour ce partage qui enrichit le sujet et pratique l’ouverture vers un autre registre de langue qui compte pour moi.

  16. Tu, ils, nous parlons d’orthographe . N’oublions pas qu’un accent, modifie la prononciation , la phonétique d’un mot et, jusqu’à aujourd’hui j’ai très peu entendu parler de cela sauf…….. par des étrangers gourmands de notre belle langue

  17. J’aime tant les mots, j’aime tant la langue française que je ne peux rester insensible à ce débat autour de la réforme de l’orthographe. Sans être forcément rigide et refuser toute évolution de la langue (elle évolue d’ailleurs sans forcément la moindre loi), je préfère qu’on la maintienne au plus près de ce qu’elle est. Et la simplifier ne permettra pas forcément aux enfants de mieux l’utiliser : ce qui compte, c’est qu’on prenne le temps de leur apprendre. Et vive les accents circonflexes.

  18. @ Chinou
    Tu as bien raison.

    En effet on parle peu des modifications de langue orale que cela entraîne. Bien sûr certains français dont je suis prononcent mal certaines nuances de lettres accentuées, différencient peu la prononciation des  » a et des »o » , la faute aux accents régionaux qui font aussi le sel de la langue. Mais là, nous risquons tout simplement une langue en bouillie dans laquelle les apprenants auront encore plus de mal à prendre des repères pour passer à l’écrit.
    Merci de prendre part à la réflexion.

  19. @ Bonheur du Jour

    forcément lorsqu’on manie la langue avec Bonheur comme vous le faites, on ne peut que s’émouvoir et s’interroger. Lorsque la langue est acquise, alors seulement, on peut jouer avec les mots, la syntaxe comme le font les poètes.
    Je suis d’accord avec vous lorsque vous parlez de temps nécessaire et suffisant ajouterai-je pour apprendre la langue aux enfants… sans se disperser! Il est important de consacrer beaucoup de temps pour asseoir les bases de la langue.
    Merci de votre contribution.

  20. @ Nikole

    Youpi! cela me fait grand plaisir. J’ai toujours souhaité un blog accueillant, simple, avec un souci de qualité et non de quantité.
    Bienvenue dans cet univers.
    J’ai parcouru immédiatement ton blog et je l’ai mis en lien;le tout grâce à Tania qui a eu cette excellente idée de mettre nos blogs en résonance et je l’en remercie.

  21. Jolie note et belles recommandations, j’ai moi aussi beaucoup aimé Le voyage des mots ! Et je vais de ce pas ajouter à ma liste de lecture De quel amour blessée, vous m’avez mis l’eau à la bouche !

    Je suis un peu perplexe face à des réformes de l’orthographe (comme si la langue était une sorte d’institution que l’on peut réformer…) qui tentent de simplifier mais ne font à mes yeux que compliquer l’apprentissage ! On rajoute en quelque sorte des exceptions aux exceptions (on peut à présent écrire nénufar mais pas farmacie)…

    Pourquoi, comme vous le décrivez si bien, ne pas plutôt donner aux enfants (et aux adultes !) l’amour de la langue ? Cela passe par la lecture, par l’étymologie aussi, par la comparaison entre langues… Pour moi, l’accent circonflexe prend tout son sens quand on comprend que coût est le cousin de cost en anglais, comme hôpital et hospital ou hôte et host, qui viennent tous du latin hospes, qui a aussi donné huésped en espagnol…)

    Je suis linguiste, traductrice et formatrice en langues, j’adore particulièrement l’anglais, et cela me désole de voir les mélanges immondes que l’on opère, faisant perdre leur sens aux mots aussi bien en français qu’en anglais. Avez-vous vu la campagne du CSA pour la journée de la langue française : Dites-le en français (https://www.youtube.com/watch?v=cvchC1e-Jmo) ?

    Je m’insurge contre les slogans et titres de films « traduits » en franglais, comme Silver Linings Playbook qui devient Happiness Therapy… Sans parler des clients qui demandent un « feedback » sur la « deadline »… Importer un mot d’une autre langue lorsqu’il n’en existe pas, pourquoi pas (même s’il peut être judicieux de le franciser), mais pour des concepts que le français est déjà tout à fait capable de décrire, je ne vois pas l’intérêt, surtout si c’est pour détourner le mot de son sens d’origine dans la langue source.

    Soit dit en passant, on entend en permanence que l’orthographe française est la plus compliquée au monde… Mais enseignant moi-même l’anglais, je suis bien placée pour savoir que l’orthographe et la prononciation n’y est pas plus intuitive ! Il y a une blague de linguiste qui consiste à dire qu’on pourrait écrire le mot « fish » (poisson) « ghoti », car « gh » se prononce « f » dans des mots comme « enough », « o » se prononce « i » dans « women », et « ti » se prononce « sh » dans « attention »…

  22. @ Mari6s

    j’ai eu beaucoup de plaisir à lire votre message qui est celui d’une spécialiste.Il apporte un éclairage très concret en faveur de l’étymologie des mots.Nous ne pouvons vivre repliés sur nous-mêmes maintenant que les mots voyagent avec nous d’un bout à l’autre de la planète grâce à tous les moyens possibles de communication sans oublier les nouvelles technologies qui nous connectent 24h /24. Nous ne serons jamais mieux défendus que par nous-mêmes si nous tenons à garder notre langue.Restons vigilants.
    Il ya de quoi être perplexes devant les réformes annoncées, au moment où le temps scolaire diminue au profit des activités périscolaires, qui, à mon avis, ne disent pas leur nom.Il faut du temps pour l’apprentissage, habituer au sens de l’effort: le plaisir naît de la motivation mais aussi de la progression dans l’effort.
    Vous avez aimé le Voyage des mots, vous aimerez sans doute le nouveau livre d’Alain Rey  » 200 drôles d’expressions »: je l’ai prévu dans mes prochains achats.
    Merci pour le lien vers la campagne du CSA: il m’avait échappé!

  23. « S’engager pour la langue française n’est pas un combat d’arrière garde ! C’est au contraire une cause juste et moderne qui ne sera définitivement perdue que lorsque tous ceux qui doivent la défendre l’auront abandonnée. »
    Dominique Hoppe
    Je suis bien d’accord, continuons de préserver ce patrimoine pour qu’il garde, même s’il est bien qu’il évolue, toutes ses richesses, ses couleurs, ses mélodies, ses diversités, ses singularités, ses étymologies qui sont autant d’ouvertures sur des cultures toujours en interactions…
    De vrais bonheurs !
    Tes références sont des plus enrichissantes, là aussi, de vrais bonheurs…
    A bientôt…

  24. @ Nikole
    Merci d’avoir laissé ce petit mot en faveur de l’accent et je file chez toi lire ce que tu as écrit.
    Merci et avec du retard… Bonne soirée aussi.

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