Archive for the ‘Bordeaux’ Category

L’Hermione à la nuit tombée — 4–

vendredi, décembre 19th, 2014

« Pour que vive la liberté, il faudra toujours que des hommes se lèvent et secouent l’indifférence et la résignation »

La Fayette

DSC_8198

Vendredi 10 octobre 2014

Il faisait très doux pour la saison et dès le début de la mise en lumière, la foule se pressait toujours aux abords de l’Hermione. Certains spectateurs habitués aux mises en lumière grandioses des bâtiments du XVIIIème siècle et aux feux d’artifice,  s’attendaient à ce qu’il en fût de même ici mais rien de tout cela. L’éclairage de la frégate se voulait léger, sans artifices ni couleurs inutiles, afin de souligner de manière poétique le passage de l’Hermione. Elle était mise en lumière chaque soir dès 20 heures par Éric Le Collen scénographe et metteur en scène, et Jeff Brard, concepteur lumière.

DSC_8217

Ce soir-là, il y avait sans doute réception à bord et la musique parvenait à nos oreilles.

Comme d’habitude, nous nous promenâmes sur les quais afin de varier les points de vue.

DSC_8208

«  Du premier moment où j’ai entendu prononcer le nom de l’Amérique, je l’ai aimée; dès l’instant où j’ai su qu’elle combattait pour la liberté, j’ai brûlé du désir de verser mon sang pour elle :les jours où je pourrai la servir seront comptés pour moi, dans tous les temps et les lieux, parmi les plus heureux de ma vie »

La Fayette

DSC_8225

Sur la goélette la Victoire, La Fayette vint s’engager auprès de la démocratie américaine naissante, car proclamée seulement un an plus tôt afin de consolider les acquis face  aux Anglais.

La Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis à l’initiative de Thomas Jefferson, le 4 juillet 1776 à Philadelphie proclamait solennellement :

« TOUS LES HOMMES SONT NES EGAUX »

DSC_8227

En 1780, La Fayette revint à bord de l’Hermione, à la demande de George Washington, pour prendre la tête des troupes de Virginie, lors de la bataille décisive de Yorktown.

DSC_8228

La fonderie de L’Isle-d’Espagnac, près d’Angoulême(Charente), a fabriqué les 32 canons de l’Hermione ; la société charentaise s’est associée à l’IUT de Sillac, à Angoulême : une centaine d’étudiants ont planché sur la réalisation des moules des canons.

DSC_8229

 

DSC_8230

DSC_8233

Tout-à-coup , l’or s’installa sur les mâts; le soir se fit théâtre, l’Histoire frappait à nos consciences.

DSC_8234

DSC_8235

« J’ai pu me tromper mais je n’ai jamais trompé personne. »

La Fayette

DSC_8236

« Aucun obstacle, aucun mécompte, aucun chagrin ne me détourne ou me ralentit dans le but unique de ma vie : le bien-être de tous, et la liberté partout. »

La Fayette écrivit ceci 6 mois avant sa mort.

DSC_8237

DSC_8238

 Les voiles se faisaient fils tissage, la coque alliait le tigre au lion toujours majestueux, tandis qu’un marin renouait avec la modernité du téléphone portable.

DSC_8240

Une dernier regard à la blancheur des voiles mise en avant, juste avant de s’éloigner et de d’emporter des bribes de lumières de L’Hermione.

DSC_8246

DSC_8251

DSC_8257

L’Hermione continuerait à vivre sans nous durant la fin de la semaine.Il fallait laisser la place à ceux qui n’avaient pu s’en approcher .Rendez-vous était pris pour son départ.

DSC_8259

Vue depuis le Pont de pierre, l’Hermione se fit discrète.

à suivre…

L’HERMIONE: un instant poétique — 3–

vendredi, décembre 12th, 2014

jeudi 9 octobre

à proximité de L’HERMIONE, au bord du miroir d’eau,une pensée pour:

- Le génial paysagiste et enseignant MICHEL COURAJOUD, concepteur du  » Miroir d’eau »  décédé il y a peu.

*

DSC_8173

*

Mille pattes à l’endroit,

Têtes à l’envers

Lampes dans l’eau

L’eau dans le ciel

Voiles à l’endroit

A l’envers des voiles

Le miroir réfléchit et

Se demande s’il ne devrait pas

Faire main basse

Sur ce joyau…

Garder L’Hermione

Dans le port.

*

DSC_8175

*

Fourmis zig-zag

Jambes en ciseaux

A cheval sur le mât

Nuages à portée

De main.

Ou comment monter à bord de L’Hermione

Sans billet !

 *

DSC_8178

*

Dans le brouillard blanc

Un soupçon de L’Hermione.

Le voile tiré, reste

la voile pointée.

*

DSC_8180

*

Soliste de ballet.

S’éloignent

La ville et le pont en filigrane.

*

DSC_8181

*

Dans un monde féerique

Dans le rêve blanc

La frégate et l’enfant.

*

DSC_8182

*

Tout s’efface…

Douceur

Doux cœur à bois, cœur à voiles.

*

DSC_8183

*

Par-delà la brume je te regarde

Tu apparais tel un mirage.

Pour moi seule.

*

DSC_8184

*

-une autre pensée pour JEAN DE LA VILLE DE MIRMONT,

Lire ici :

 http://www.leparisien.fr/flash-actualite-culture/jean-de-la-ville-de-mirmont-le-poete-soldat-oublie-de-bordeaux-20-10-2013-3243027.php

 Mort  au début de la guerre de 14-18, l’écrivain a célébré le Port de la Lune en ces vers :

 

« Je suis né dans un port et depuis mon enfance

J’ai vu passer par là bien des pays divers

Attentif à la brise et toujours en partance

Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer… »

***

à suivre;;; car après le jour viendra la nuit.

Les Gars et les Filles de L’Hermione sur le pont et dans la mâture –2–

mardi, décembre 2nd, 2014

Mercredi 8 octobre et jeudi 9 octobre

DSC_0019

L’Hermione est maintenant à quai et sa présence jour après jour draine des foules compactes. C’est devenu la promenade incontournable .

DSC_8131

Côté Pont de pierre et côté quais…

DSC_8186

Pour notre part, nous y avons pris goût aussi, depuis que dans l’attente, nous avons aperçu le haut des trois-mâts au-dessus des arbres,

DSC_0001

que nous avons vu les couleurs de la coque,

DSC_8193

puis le lion sculpté par Andrew Peters à la proue ;

DSC_0006

DSC_8144

DSC_8145

lorsque nous avons vu L’Hermione prendre ses aises en virant de bord, et faire enfin escale dans le Port de La Lune.

DSC_8194

Nous  retournons donc la voir, sous le soleil, par grand vent, avec un ciel animé et le Pont de pierre pour témoin.

DSC_0004

Il nous faut parfois jouer des coudes, nous armer de patience, avancer, reculer mais toujours dans la bonne humeur.

DSC_0024

Je n’ai jamais perçu la moindre impatience autour de nous.Nous avons lié conversation avec des personnes venues de loin spécialement pour L’Hermione.Certains ont traversé la France pour la voir.

DSC_8146

 

Seule concession à la modernité et aux normes, l’utilisation de moteurs imposés pour rentrer au port laissa quelque amertume chez certains spectateurs qui auraient aimé voir arriver L’Hermione toutes voiles dehors (2200 m2 de voilure en lin).On ne badine pas avec les normes !

DSC_8188

La promenade sur les quais est aussi l’occasion de parcourir l’exposition, de lire les panneaux explicatifs qui nous donnent à voir les étapes de la construction de la frégate ou bien l’inventaire des nombreux  métiers en présence.

DSC_8142

Je laisse volontiers de côté le folklore du village d’époque (XVIIIème siècle)…

DSC_8143

Pas de nostalgie non plus à l’idée de ne pas avoir pu prendre un des 10 000 billets vendus 6 mois auparavant pour monter à bord.

DSC_8149

L’équipage de L’Hermione reconnaissable à son tee-shirt rouge garance   est composé de 18 membres professionnels, et de bénévoles.

DSC_8151

Le commandant de bord n’est autre que Yann Cariou, ancien commandant du Belem.

DSC_8152

Les marins de L’Hermione(Le commandant, le maître voilier, deux forgerons, quatre gréeurs et un bénévole de l’association) ont suivi un entraînement à bord du voilier russe le «  SHTANDART » qui est un navire-école.

DSC_8154

DSC_8192

« Même s’il est plus petit (2), le “Shtandart” est un navire assez similaire à “L’Hermione”. Et, à ce titre, il constitue une excellente base d’entraînement à la navigation à l’ancienne, comme l’est également le voilier suédois le “Göteborg”. » Pour le coup, l’équipage a été servi. « Sur ces navires, toutes les manœuvres se font à la main. Mais, autrefois, ils étaient 150 marins à faire ce que nous avons dû faire à seulement à 26 durant la traversée. Il faut sans cesse changer de poste, savoir monter dans l’armature à 30 mètres de hauteur, faire des quarts de nuit et entretenir le bateau. »Sud-Ouest 27/10/2013

DSC_8159

(2) L’Hermione » a une longueur de 64 mètres et un poids de 1 100 tonnes, contre 34 mètres et 300 tonnes pour le « Shtandart ».

DSC_8162

 Cet après-midi-là, le vent forcit dans le Port de la Lune.

DSC_8167

Les membres d’équipage grimpent afin de replier les voiles, pour notre plus grand plaisir.

DSC_8169

Je trouve une petite place sur un banc et j’observe…

à suivre…

 

 

 

L’Hermione, la frégate de la liberté à Bordeaux le 7 octobre 2014–1–

samedi, novembre 22nd, 2014

mardi 7 octobre

DSC_8093

L’Hermione effectuant son premier voyage officiel, passe sous le Pont Chaban-Delmas avec quelques minutes d’avance. Tout au long de la journée, nous avons pu suivre dans la presse ou à la radio, sa remontée de l’estuaire. La nuit précédente avait été très rude, comme une mise à l’épreuve pour cette sortie officielle.

DSC_8096

Guidée par le bateau-pilote  Le Quinoa la célèbre réplique de la frégate de La Fayette a jeté l’ancre à la nuit tombée dans le Port de la Lune après avoir fait donner du canon et avec quelques minutes d’avance. L’Hermione était joliment accompagnée d’une parade nautique .

DSC_8097

Beaucoup d’émotion pour accueillir la réplique exacte de la frégate sur laquelle le marquis de La Fayette a rallié en 1780 les insurgés américains, en lutte pour leur indépendance.

DSC_8101

Beaucoup de spectateurs, malgré le mauvais temps, se sont rassemblés sur les quais depuis le Pont Chaban Delmas jusqu’au ponton d’honneur Richelieu, applaudissant à tout rompre. Nous avons choisi d’être au plus  près du lieu d’amarrage afin de voir L’Hermione manœuvrer et profiter plus longtemps du spectacle.

DSC_8103

Depuis 1992, l’association Hermione-La Fayette s’est lancée dans la formidable aventure de la construction à l’identique de la frégate de la liberté, bateau du XVIIIème siècle. La frégate L’Hermione avait été mise en chantier en 1778, à Rochefort, ville nouvelle du XVII ème siècle, implantée autour d’un arsenal du Royaume de France.

DSC_8104

L’Hermione avait pris la mer le 21 mars 1780, était arrivée à Boston après 38 jours de mer, avait sombré en 1793. Son épave a été découverte en 1984 et la construction de la réplique a commencé en 1997.

DSC_8106

L’Hermione actuelle gagnera l’Amérique au printemps 2015.

Pour en savoir plus :

http://www.hermione.com/accueil/

DSC_8108

Tout est prêt pour saluer la Ville, le Port, les spectateurs. Des bordées sont tirées à hauteur des hangars, puis à l’arrivée au ponton d’honneur.

DSC_8109

 

L’équipage est en costume d’époque. Il paraît qu’il y a même un chat à bord.

DSC_8111

La frégate est imposante avec ses mâts qui taquinent le ciel, dans une atmosphère très humide, légèrement brumeuse.

Mais bientôt le bateau pilote repart: mission accomplie.

DSC_8126

Dernières bordées… La nuit est là.

DSC_8129a

à suivre…

Pour retrouver L’Hermione en pleine mer, c’est par ici chez Paul Kerrien: de superbes photos. Merci à Serge de m’avoir donné le lien.

mais…

Il faut tout de même avoir à l’esprit que la première traversée de L’atlantique par La Fayette  avait eu lieu en 1777 sur le bateau  La Victoire depuis Bordeaux. Ce bateau avait été construit ici, dans les chantiers du quartier de Bacalan. Le départ sur La Victoire fut mouvementé afin d’échapper au roi de France. Il y eut de nombreuses péripéties entre Bordeaux et Pauillac avant de pouvoir  rejoindre Pasajes, de rebrousser chemin vers Bordeaux, de repartir vers Pasajes(Espagne) et de faire(enfin) cap vers L’Amérique le 26 avril 1777.

A Bordeaux , Jaume Plensa ,un dernier petit tour et puis s’en iront…-10-

mardi, octobre 1st, 2013

« Souvent, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abîmes du passé, comme l’insecte qui flotte au gré d’un fleuve sur quelque brin d’herbe ».

BALZAC.

Cette citation me fut envoyée par Anne, l’artis-Anne .

Pour moi, cette exposition dans la ville de Bordeaux des sculptures, maquettes, lithographies… de JAUME PLENSA, s’apparente à un voyage estival qui, s’il peut paraître immobile à ceux qui sont épris de paysages lointains, fut l’occasion d’un voyage intérieur. Le but de l’artiste est donc atteint puisqu’il écrivait dans la revue de présentation :

Mes sculptures sollicitent physiquement le spectateur. Ce n’est pas un travail de voyeurisme, il faut pouvoir la partager, marcher autour, passer au travers, la pénétrer. C’est une nécessité. La sculpture est en fait un prétexte pour provoquer un mouvement, intérieur, certes, mais aussi physique.”

JAUME PLENSA

Mais l’artiste était-il conscient que la sollicitation des spectateurs irait jusqu’au vandalisme ? J’ai appris ce matin-même, que la sculpture qui suit ,AINSA II ,a été vandalisée par trois individus, malgré ses 450 kg et qu’elle s’est écrasée au sol. SELF PORTRAIT et AINSA I ont été également vandalisées.

**

DSC_5464

 

Fils de pub et fils d’inox, homme de paille et homme de lettres avec un petit air de chevalier en armure venu jusqu’à nous, à coup de lettres et de signes sur le Cours de l’Intendance :voici

DSC_4849
Ainsa II, 2013, en acier inoxydable et pierre, 320 x 225 x 350 cm

DSC_4847

Ainsa est le nom d’un petit village médiéval, perché  près de Huesca dans les Pyrénées aragonaises.

Ainsa 4 001

Un joli petit village avec ses remparts, son clocher, ses ruelles aux maisons de pierre,( son figuier couvert de fruits), sa place et la fraîcheur sous ses arcades.

Ainsa 5 001

L’artiste sélectionne les blocs de pierres dans une carrière de pierre de Huesca servant de socle à ses personnages de transparence. Les photos d’Ainsa ont été prises en 1997 avec un appareil argentique.

**

DSC_5462

« La pensée ne peut tenir dans l’homme.

C’est pourquoi elle se lance comme un bélier contre le ciel,

Fichée comme un coin entre couleur et couleur,

Cherchant son lieu

Dans le corps du monde.

*

Sa charge de puissance nue

Ravage les bords et le fond,

Comme un courant barbare

Qui dévore son lit.

La pensée est une liberté plus grande que l’homme. »

 ROBERTO JUARROZ (V,36)

DSC_5465

**

Pour terminer ce parcours, voici quelques œuvres de dentelle,plus éclectiques sous forme de maquettes dans le salon de l’Hôtel de Ville

DSC_4858

 

DSC_4862

DSC_4873

DSC_4879

ou bien quelques lithographies de la Galerie ARRÊT SUR L’IMAGE mettant au premier plan la musique ; juste pour faire le pendant des « mélomanes » du Jardin Public.

DSC_5049

DSC_5025

DSC_5029

Place donc à Berlioz, Verdi, ou encore Bartok.

Place à la musique parce qu’elle est aussi et avant tout écriture et langage.

Un dernier petit tour et s’en iront les  sculptures disséminées dans la ville…

DSC_5463

FIN…

 Maïté L

A Bordeaux, Jaume Plensa: Self portrait and Thoughts–9–

jeudi, septembre 26th, 2013

DSC_5433

«L’architecture de nos corps est le palais de nos rêves».

 JAUME PLENSA

***

DSC_5447

SELF-PORTRAIT: place Camille Jullian

2013, acier inoxydable, 350 x 325 x 325 cm

***

DSC_4911

L’Homme-Monde agenouillé dans sa sphère, individu parti à la découverte de l’universalité du langage,la diversité des cultures. L’individu inscrit dans un tout, une forêt de signes, dont il ne peut se dissocier .

***

DSC_5446

***

Arrive un jour

où la main perçoit les limites de la page

et sent que les ombres des lettres qu’elle écrit

S’échappent du papier.

*

Derrière ces ombres,

elle se met alors à écrire sur les corps dispersés par le

  monde,

sur un bras tendu, sur un verre vide,

sur les restes de quelque chose.

*

Mais vient un autre jour

où la main sent que chaque corps

furtivement et précocement dévore

l’obscur aliment des signes.

*

Le moment est venu pour elle

d’écrire dans l’air,

de se conformer presque à son geste.

Mais l’air aussi est insatiable

et ses limites obliquement étroites.

*

La main décide alors son dernier changement

et se met humblement

à écrire sur elle-même.(V,2)

ROBERTO JUARROZ

***

DSC_5438

*******

DSC_5444

***

THOUGHTS : Place Fernand Lafargue

2013, acier inoxydable et pierre, 310 x 200 x 270 cm

***

DSC_4915

 

« Thoughts est constituée de phrases, de pensées qui s’entrecroisent et se chevauchent sur de grands bandeaux en acier inoxydable.

Elle illustre parfaitement cette recherche de la construction de la pensée dans l’espace, les croisements de langues et de langages plastiques et littéraires chers à l’artiste » /Dossier spécial Bordeaux Délices

DSC_5443

***

Depuis 1992, l’artiste a été honoré par les titres de Chevalier des Arts et des Lettres du Ministère de la culture en France (1993), et celui de Docteur Honoris Causa de la School of the Art lnstitute of Chicago (2005).

Il expose régulièrement ses oeuvres d’art à la Galerie Lelong à Paris, Galerie Lelong à NewYork et Richard Gray Gallery à Chicago et à New York.

***

DSC_4917

***

DSC_4918

***

“Il [le sculpteur] a regagné sa liberté publique, il n’a plus besoin de décorer ni de commémorer, il peut à nouveau parler de sculpture. C’est-à-dire poser de petites questions, inscrire sur le mur très discrètement un petit point d’interrogation : je crois que c’est la véritable fonction de la sculpture d’aujourd’hui.”

JAUME PLENSA

 ***

DSC_4916

******* à suivre  pour un ultime billet…

A Bordeaux, Jaume Plensa, House of Knowledge n°3—8—Voici venir la nuit (bleue

jeudi, septembre 19th, 2013

« Voici venir la nuit.

 

Aux enclumes du soir

frappent les rayons de lune.

 

Voici venir la nuit.

FEDERICO GARCIA LORCA/ Eau dormante, Air final.

***

DSC_5451

***

Voici venir la nuit bleue

 

« Bleue est la couleur du regard, du dedans de l’âme et de la pensée, de l’attente, de la rêverie et du sommeil »

JEAN-MICHEL MAULPOIX

***

DSC_5452

 ***

Ce soir-là les réverbères tâtonnaient tandis que les nuages dans un grand tourbillon de nuit bleue, couleurs non modifiées, donnaient de la voix, donnaient ce rien de velouté qui nous enveloppait sur les pavés.

« Au bout du jour, la nuit me dresse à voir plus clair »aurait dit CLAUDE SERNET à moins que ce ne fut l’impassible penseur qui eût pu le dire.

***

DSC_5557

***

DSC_5453

***

Jaume Plensa aurait-il eu en tête ce soir-là le poème Élévation

de CHARLES BAUDELAIRE :

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par-delà le soleil, par-delà les éthers,
Par-delà les confins des sphères étoilées,

 

 

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

 

 

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

 

 

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

 

 

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

***

DSC_5454

***

DSC_5455

***

***à suivre, mais avec d’autres sculptures: les dernières?***

 

A Bordeaux, Jaume Plensa, House of Knowledge n°2—7—

mardi, septembre 17th, 2013

Avec la complicité involontaire des passants que je remercie.

La porte ouverte à leurs regards, leur admiration, leurs caresses, leur escalade.

***

DSC_5559

Le penseur croqueur de façade du XVIII ème siècle

***

DSC_5564

***

« Il y a une porte ouverte

Et pourtant il faut la forcer.

 

Nous ne savons ce qu’il y a derrière,

Mais de là vient l’appel.

 

Nous pouvons aller ailleurs,

Mais nous venons d’ailleurs.

 

Nous sommes dehors et le savons,

Mais peut-être que tout est dehors.

 

Toujours nous cherchons cette porte

Mais elle devrait être fermée.

 

Ici l’ouvert est infranchissable.

Comment franchir ce qui n’existe pas ?

 

Il faut fermer l’unique porte

Afin peut-être de pouvoir entrer. (VI, 104) »

ROBERTO  JUARROZ

***

DSC_4978

***

DSC_4980

***

DSC_5570

Dialogue avec les Trois Grâces

***

« Le jeu du dedans

Se fait parfois complice

Du jeu du dehors

Et tel ou tel des deux

Utilise les marionnettes de l’autre,

Les masques, le hasard et les pièges de l’autre.

Ainsi les deux jeux se fondent

En un jeu cynique

Où peut aller jusqu’à disparaître le joueur.

 

Serait-ce que pourrait aller jusqu’à disparaître du jeu

Le jeu lui-même (VI,100) »

ROBERTO JUARROZ

***

DSC_5567

***

DSC_5566

***

DSC_5573

***

DSC_5568

***

DSC_5577

***

DSC_5579

dans les bras du penseur

***

DSC_4968

*** à suivre***

A Bordeaux: JAUME PLENSA, House of Knowledge–6–

samedi, septembre 14th, 2013

à  JEA, trop tôt disparu

**

DSC_5571

J’aurais tant aimé qu’il continue à goûter les sculptures de Jaume Plensa, mais surtout à vivre intensément pour tous les combats de grand humaniste qu’il menait, pour la vie auprès des siens…

Il avait apposé cette citation sur un des volets du sujet  et je lui avais promis de la reprendre très prochainement. Voici le temps venu :

RENÉ CHAR :

« La poche d’un poète comme un carré de ciel, une pincée de terre, contient ce qu’un poète ne sait pas : les mousses et les brumes de sa propre vie. Et des gouttes de soleil et de sang »…

**

DSC_4971

HOUSE OF KNOWLEDGE :

  • « 2008, acier inoxydable, 800 x 550 x 530 cm
    Place de la Bourse
    Composée d’une multitude de lettres soudées, cette grande forme humaine est comme une invitation permanente au voyage dans l’espace et dans la sculpture elle-même. Encourageant la contemplation silencieuse ainsi que l’exploration physique et sensorielle en invitant le public à entrer et à marcher à l’intérieur, le vide monumental se transforme ici en réceptacle de nos émotions et de nos rêves. »
  • **
  • DSC_4979

 

Sapere? Cognoscere?

Méli de pensées, Mélo du monde, depuis l’intérieur de la tête du penseur.

**

DSC_4975

Toi tu me hantes

Quand tu m’ouvres ta porte

symbolique

Sur la nuit, sur le jour, sur le ciel.

De lettre en lettre, tu files le néant

Le déclines  en clair, en obscur.

**

Toi, l’immobile quêteur de temps

Qui passe,

Le tourbillon autour de toi

Te laisse, ausculté par des curieux

 Aux caresses de doigts voyageurs.

**

Toi qui cueilles le vent en entre-deux,

La vie en quelque sorte

Du dehors au-dedans

 Toi, qui fais grotte qui fais clan

Tu me hantes.

***

Toi la créature de l’artiste

La maison ouverte aux passants

**

Toi tout  l’été pelotonné

Sur les rives de l’ailleurs.

**

Toi que l’on escalade

Dans le vertige du sa-voir

Tête en mouvement

House ok knowledge

Frôlant la folie

 des étoiles

Qui une à une s’allument

Comme  les réverbères.

**

 « Les rois ne touchent pas aux portes » écrit Francis Ponge

« Ils ne connaissent pas ce bonheur ».

 J’ai frôlé ton invisible absence

Tes invisibles frontières.

Regard  parti à l’assaut

dans la cheminée de ton cerveau.

**

Transparence

sur ta peau de dentelle

Sorti de la prison :

A livre ouvert ! tu es LIBRE !

**

Une porte ouverte sur le rien

Mais le rien devient un tout,

Un creux où la pierre essaime

**

Le ciel essaime

La ville essaime.

Au pays de l’homme monde qui laisse entrer et sortir le monde.

**

DSC_5575

**

DSC_5576

**

DSC_4972

**à suivre** sur le même sujet…

A Bordeaux : JAUME PLENSA :The Poets : philosophes, penseurs, anachorètes ?–5–

vendredi, septembre 6th, 2013

«   En tant que sculpteur je travaille essentiellement dans le domaine des idées et non pas avec la matière ou les formes, même si chaque idée exige bien évidemment une matière et une forme mais là n’est pas ma préoccupation principale. »

JAUME PLENSA

*

DSC_4786

Esplanade Edmond Géraud 
The Poets, 2012 (Body Soul, Country,Water fire), résine et acier inoxydable, 800 x 152 x 31 cm

Nous sommes loin des bronzes  de  RODIN, de son «  Penseur «

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Penseur

ou de sa sculpture « Méditation avec bras »

DSC_5257

***

 « Les Poètes apparaissent comme une suite poétique de » La Llarga Nit », en référence au poème du poète catalan Vicent Andrés Estellés. »

http://www.mallorcaweb.com/magteatre/estelles/1956-71.html

Colo pourra peut-être nous en dire plus sur le poète catalan et le contenu du poème « la Llarga Nit ».

Son blog :

http://espacesinstants.blogspot.fr/

DSC_4784

DSC_4783

DSC_4782

« (The Poets) Ils se présentent comme des figures de lumière assis sur des mâts, les yeux fermés et isolés dans une position accroupie méditative. Chacun effectue un geste distinct avec ses mains : Body Soul cache ses oreilles, Country, ses yeux, et Water Fire, sa bouche. Ils sont la métaphore de l’énergie interne de la pensée humaine. » (Présentation de l’exposition dans la revue Bordeaux Délices)

 Le symbole des trois singes revisité:

« Les trois petits singes ont été introduits par un moine Bouddhiste de la secte Tendai vers le 7ème siècle. A l’origine, ils étaient associés à la divinité Vadjra.
Mizaru (l’aveugle), Kukazaru (le sourd) et Iwazaru (le muet) exprime le message de sagesse suivant :
Je ne vois pas le mal

Je n’entends pas le mal

Je ne dis pas le mal »

ce que je traduirais volontiers par:

* je cherche à voir ce qui est positif

* J’entends d’une oreille sélective

* Je ne dis que l’essentiel

 

« Selon ce principe et si l’on respecte ces trois conditions, le mal nous épargnera. Ce fut également la devise de Gandhi qui avait toujours avec lui une petite sculpture des trois petits singes »

 Petit clin d’œil :

En visitant le blog de Fifi, cette photo ne pouvait que me faire penser  au symbole des trois singes :

http://aufilafil.blogspot.fr/2013/09/en-famille.html

DSC_5534

 Il suffit ensuite de passer le Pont de pierre, d’attendre la nuit,

DSC_5536

pour arriver, rive droite au pied des trois sculptures, figures à la lumière changeante su plus bel effet.

DSC_5541

  Leur position  me fait penser aux Stylites, en haut de leurs perches qui dans la solitude se tenaient loin des turpitudes humaines  du sol et plus près des dieux.

DSC_5539

DSC_5540

Ici, point de prière pour se sauver ou sauver l’humanité mais la solitude et le silence. La vision sera toute différente de jour.

*

« La poésie est une solitude,  et nous sommes des moines qui échangeons des silences ».

                       JEAN COCTEAU

*

Mais aussi :

« Il n’est pas de poésie sans silence ni solitude. Mais la poésie est  sans doute aussi la façon la plus pure d’aller au-delà du silence et de la solitude. Elle ressemble en cela à la prière, pour celui qui peut encore prier. Pour le poète, la poésie occupe le lieu de la prière ; elle la remplace et, en même temps, la confirme ».

                         ROBERTO JUARROZ

***

DSC_5555

La présence voulue de ces trois personnages rive droite, faisant face à l’effervescence de la rive gauche, surplombant le Port de la Lune n’est pas innocente non plus.

On aperçoit de loin les trois poètes aux postures figées, y compris depuis la rive gauche,

l’un « se fait » sourd…

DSC_5548

DSC_5554

l’autre aveugle…

DSC_5547

et le dernier muet.

DSC_5546

DSC_5551

« Le vrai silence est au bout de mots

Mais les mots justes ne naissent

Qu’au sein du silence »

FRANCOIS CHENG

***

On aimerait se hisser sans bruit à leur hauteur pour lire sur leurs yeux, leurs lèvres ou leurs oreilles les messages écrits. Leurs forces s’unissent finalement en un seul personnage dont on suit l’évolution dans la méditation, afin d’arriver à  une maturité de la pensée  ou bien à l’inaccessible étoile.

*

 « L’univers est une catastrophe tranquille, le poète démêle, cherche ce qui respire sous les décombres et le ramène à la surface de la vie ».

                         SAINT-POL  ROUX

 

Plus que jamais vrai dans notre monde actuel, dans les jours sombres que nous vivons ; il est nécessaire de prendre du recul, de fuir l’excitation médiatique, de sentir le poids de la réflexion.

THE POETS, dans » la Llarga Nit », « in the Long Night » ne  sont-ils pas  proches, de  HOUSE OF KNOWLEDGE, Place de la Bourse,  aperçue depuis la rive droite:

DSC_5537

Ce sera notre prochaine étape.

***

« La poésie c’est une sculpture du silence »

GUILLEVIC