Langues des signes

ont

traversé les âges.

Lyre

dans les reflets de geste et d’épopée

L’eau du troubadour vient des remparts plus au sud.

Ports antiques à saveur de tempête et de grain

Loin des Conches redoutées , convoitées au nord

Et tout contre la falaise,

l’ombre

dans le timon et la bouée.

Tout n’était qu’apparente sérénité aux abords des yoles de Saintonge.

Ici pas  d’estran mais des desseins de boue où sont enfouis

Le poids de l’Histoire, la douce province et la casquette des marins .

Canards

dans le vent faisant rage,

cliquetis

puis gémissements de ferraille

Le ciel

jeté par-dessus le sorcier de la falaise

Le ciel

Jeté sur le souvenir, par-dessus le port

et les hurlements dans la nuit

Par la fenêtre ouverte

Où viennent s’écraser

Les gouttes rondes

Mitraillées

Sur les réverbères

Et les vitres

De la Maison du Meunier.

photos et texte : Maïté L

La pêche  dans l’estuaire et sur la côte est une longue tradition.Les carrelets ces étranges cabanes suspendues entre ciel et eau par tous les temps font partie du paysage traditionnel. pourtant, les deux tempêtes , celle de 1999 et celle de 2009 ont eu raison de beaucoup d’entre eux. Avec leurs allures de cabanes tchanquées, parfois posés  au bout d’une barre rocheuse comme celle du Pont du Diable, ils défient la marée, le vent et c’est un vrai plaisir de les voir tout au long des deux rives de l’estuaire.


Je ne suis pas sûre que de nos jours ils servent encore à remonter dans le large filet tendu sur le cadre les crevettes, mulets , soles … en quantité ,comme au temps jadis. Pourtant les petites crevettes blanches de l’estuaire cuisinées à l’anis sont un régal.


Autrefois sur l’estuaire, les hommes étaient tout autant agriculteurs que pêcheurs. Leurs bateaux étaient filadières; ils sont aujourd’hui yoles ou bateaux libellules. Ces appellations sont encore là pour titiller notre imagination de terriens citadins tout comme les carrelets.


Mais encore faut-il aimer avoir le visage cinglé par les vents. Encore faut-il aimer la solitude lorsque ces mêmes vents élèvent autour de vous des remparts de sifflements semblables à des mélopées mélancoliques . Encore faut-il avoir le pied marin  et se sentir prêt à sombrer dans les flots à la première vague enhardie d’une tempête.


Les carrelets , chers payés , et pas à la portée de la première bourse qui passe, sont-ils dans l’imaginaire un des derniers refuges de cette vie en communion avec l’eau de la mer dont nous avons gardé la trace jusque dans nos vibrations internes?

Imaginez: la mer et rien que la mer. Du lever au coucher de soleil et par tous les temps. Sur la dernière photo, je les ai vus un soir d’exception où ils allaient bientôt être touchés par la neige.Le ciel avait des allures de grand galop, malgré l’impassibilité apparente des carrelets.Il se tramait quelque chose dont nous n’avions pas l’idée. Ils étaient là, glacés, transis, comme nous et spectateurs ces carrelets,  ces frêles cabanes de l’estuaire et de la côte sauvage.

Maïté L

Et puis aussi côté Médoc, voyez ici:

http://alienor.multiply.com/photos/album/104#

Durant le haut Moyen Âge,  Talmont devient un poste militaire,  puis une seigneurie, sous le nom de Talamo.


Celle-ci est acquise en 1284 par Edouard Ier d’Angleterre, duc d’Aquitaine, qui la fait fortifier, créant ainsi,avec les ruines d’un port gallo romain une ville close sur le modèle des bastides du sud-ouest de la France,

De là un plan en damier dans lequel les rues se coupent en angle droit afin de faciliter la défense et se se prémunir contre les ennemis.


Nous arrivons du côté du petit port de Talmont et pour atteindre  l’église située à l’opposé, nous suivons les ruelles, venelles et queureux(venelles en impasse) dont le tracé n’a pas changé depuis la création de la bastide.


Au cours de notre promenade, nous rencontrerons  deux puits dont l’eau est saumâtre et cette magnifique « Place de la Priauté » avec son imposant tilleul de 1895. Je ne connais pas la signification du mot « Priauté »: est-il à rapprocher de « prieuré »?

Nous apercevrons aussi un pan du rempart en allant vers le fleuve, dans lequel ont été pratiquées des ouvertures(bleues comme il se doit). Ce pan de mur est l’unique vestige d’une tour carrée appelée « Tour Blanche ».

Durant la guerre de cent ans, anglais et français se disputent âprement  Talmont.

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Quelques rappels historiques:


Jean sans Terre était le dernier fils d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II d’Angleterre.


Henri III Plantagenêt était le fils aîné du roi Jean sans Terre et d’Isabelle d’Angoulême (roi d’angleterre et duc d’Aquitaine)


Edouard Ier d’Aquitaine était le fils d’Henri III d’Angleterre et d’Eleonore de Provence.

Sur la vitre lisse

Glissent les doigts et les pensées.

Pas un souffle à l’intérieur :Une vie toute contenue.

Mais dehors court l’imagination

Elle voudrait percer du village tous les secrets.

Fenêtre ouvragée, fenêtre parée

Fenêtre où viennent tinter du vent les mille « pizzicati »

Et les pointes acérées de la bise soudain déclarée.

Les passants glissent comme des fantômes sans visage

Dans le ballet des découvertes étonnées.

Sur la vitre lisse qui ne se laissera pas deviner

Le village impassible attend la nuit pour exister.

Fenêtres sur vie

Fenêtres closes.

Ce jour-là

Rien n’a bougé.

Des paires d’yeux derrière les rideaux

Celles des vieux qui la canne à la main

Dodelinent de la tête et se perdent  mais pas très loin :

Sur la rose trémière, souple dans le vent

ou

Le bourdon fouisseur à l’intime de l’acanthe

Et sur le doré des nuages

Venu caresser la vitre insolemment.

Sur les volets fermés que bientôt  taquinera l’été

Et sur les passants, parfois immobiles devant les motifs ajourés.

Mais pourquoi ?

pourquoi suis-je attirée par les rideaux à deux pas

Les brise-bises et les reflets qui sur les fenêtres viennent s’animer ?

Chez moi

portes ouvertes et rideaux dans leur coin

Laissent entrer la lumière et profiter du jour entier.

Mais

derrière ces bouts de tissus et ces vues tamisées

Combien de drames, combien de joies

Combien de marins, de pêcheurs de civelles

Combien de vendangeurs et de coureurs des marées

Combien de pirates la nuit et le jour gens honnêtes.

Combien de brodeuses et de liseuses

Combien de larmes et combien de rires fous

Combien de dos courbés et de prières

Avec les yeux rivés sur les toits de l’église

Pour voir enfin les aventuriers rentrer !

Combien de pèlerins, combien de va-nu-pieds

Combien de langues et d’épopées !

Imaginez le bruit des épées et les accents anglais

Alors qu’auparavant c’est en latin qu’on devisait.

Mais ce jour-là

le village était feutré derrière ses jalousies.

Seul le vent feulait du poids des sauvages  et lointaines années

Et nous étions attentifs au moindre signe, à l’empreinte

De la vie côté jardin, côté marée, au doux parfum d’une presqu’île

Cachée à l’intime de ses ruelles, attachée à l’enclose de ses venelles

Quand sur les fenêtres  toquaient  l’air du large et le soir qui s’en venait.

Talmont le 10/06/2010 Maïté L

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N’est-ce pas une belle façon d’entrer dans l’intimité du village? Bien sûr j’aurais pu vous convier dans les rues et puis ensuite seulement vous laisser  devant les rideaux. mais voilà…J’ai décidé d’aller au coeur à coeur et de revenir ensuite à du plus raisonnable. Il s’agit aussi de mots croisés avec Marie-Christine Touchemoulin sur le thème des fenêtres. Si le coeur vous en dit et j’aimerais bien, faites comme elle l’a dit: prenez  votre plume et laissez parler vos fenêtres en sept lignes!(ou plus!)En tous cas, laissez-vous emporter par l’imagination en sept mots, en sept lignes ou  même en pensée! Merci!

http://marie-christinetouchemoulin.vox.com/library/post/etreindre-linstant-furtif-lorquil-nous-donne-la-main.html

J’attendais cette rencontre avec Talmont-sur-Gironde, en Charente maritime depuis très longtemps.

Situé au bord de l’estuaire et à l’écart de la route  principale qui file vers la côte et  Royan, il y a tout à gagner d’arriver par la petite route côtière, dans ce village . Talmont est sur une presqu’île où ne vivent plus que 83 habitants(et beaucoup de touristes!!!!!!!)

Vous verrez rapidement se profiler , sur son promontoire rocheux l’église Sainte Radegonde, classée monument historique depuis 1890.

Edifiée à l’initiative des Bénédictins de Saint-Jean d’Angély au point haut de la falaise, durant le 12 ème siècle (1140-1170) , de  style roman saintongeais ,elle a été fortifiée vers le 13ème siècle .

Elle a perdu sa nef à  la fin du 14ème siècle par l’écroulement d’une ou deux travées, d’où la construction d’un portail gothique à l’ouest.

Sur la gauche,en entrant, accrochée à la voûte de l’absidiole, une  maquette de frégate, ex-voto de la fin du 19ème siècle.

Le cimetière est très fleuri, de roses trémières, comme tout le village et il donne directement sur l’estuaire. Je n’ai pas pour habitude de photographier les cimetières. Mais celui-ci a une particularité sur ces terres de Charente maritime où les luttes fratricides entre protestants et catholiques furent intenses.Il est un souvenir de la bêtise humaine: pendant longtemps il a été séparé en deux, un bout pour chaque communauté.

Sainte Radegonde est une des patronnes des marins.

Mais qui était Radegonde?Son souvenir est très marqué à Poitiers.

« En 531, les rois francs, Clotaire et Thierry, fils de Clovis, envahissent la Thuringe, massacrent les habitants, pillent la région.

Les deux enfants du roi thuringien Bertaire sont capturés. Radegonde, âgée d’une dizaine d’années, et son jeune frère, font partie du butin de Clotaire…

Clotaire lui fait donner une bonne culture latine. Après quelques années, il projette d’en faire son épouse. Radegonde finit par accepter le mariage et les contraintes de sa vie de souveraine.

Le jeune frère de Radegonde vivait à la cour du roi Clotaire. Celui-ci, craignant qu’il n’aille rejoindre les Thuringiens, le fit assassiner. C’est alors que Radegonde, rebutée par cet ultime meurtre et la conduite violente de son mari, demande à l’évêque de Noyon, Saint Médard, de la consacrer à Dieu.

En 550, Radegonde décide d’établir son monastère à Poitiers. Les pauvres sont accueillis au monastère, les malades soignés…, sa réputation s’étend au delà de la région.

La reine moniale meurt le 13 août 587. »


 

 

Et puis les flots moutonnant, les vagues se font pressantes

Elles vont en  petites crêtes aigües  et nerveuses mourir sur le rivage

Le vent forcit et les falaises calcaires sont battues, giflées.

Les gerbes d’eaux explosent rageuses, sans cesse siffle le vent.

Les herbes  et les roseaux se penchent, l’ombre ravive les tons

Tandis que flots et sable se mélangent et se grisent sens dessus-dessous.

Le vent du nord a pris la main du soir :au port, on renforce les amarres.

Maïté L

 

Visages lumières de l’estuaire

Avec le vent du sud pour compagnon de route

Chemin faisant vers  ce cap solaire

A ramasser des yeux les éclats changeants des eaux

Les turquoises, les gris, les bistres, les bleus de ciel

Mêlés aux blancs en arcs, en ponts, en friselis:

Le calme frais pianoté sur le dos de la marée

et le début des étonnantes falaises calcaires.

Au loin les grues du Verdon et les accents du Médoc.

Maïté L

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L’estuaire de la Gironde c’est:

75 km de long

jusqu’à 14 km de large

le plus vaste estuaire d’Europe. Nous sommes ici dans sa partie fluviale.

La marée remonte jusqu’à 70 km en amont sur la Garonne et la Dordogne qui se rejoignent pour former l’estuaire de la Gironde.

 

 

Perdre

Perdre ouvre-t-il la porte au royaume des ombres

Ce verbe du présent conjugué au passé est-il

Signe d’errance. Reflux du néant.

Sable à sable, des grains d’incohérence

Nous laissent nus et démunis. Perdre finit-il par occuper les jours

Et les nuits d’oubli ?

Te perdre. Me perdre

 Une blessure de l’inconscient et un goût d’amertume

Dans la bouche, l’absence

Chevillée à la langue, au double sens  et sens interdits.

Perdre sa jeunesse au cumul des années

Par feuilleté impalpable d’un pyramidal incertain.

Les poches alourdies de désert aride, de murs

Et cailloux cliquetants en lieu et place des yeux fermés.

Tant d’êtres à chair fanée

Tant de gouttes de temps taries.

Perdre devient-il le royaume des ombres

Dédicace du passé, inexorable fenaison de l’encre

Terre à terre, sac et ressac des herbes inexorables.

Perdre finit-il par occuper les pensées parties à la recherche du jour

Et de l’éclair salvateur des nuits ?

Perdre , verbe synonyme du verbe fouiller, retourner non le ciel

Mais le quotidien à la loupe de l’incompréhension.

Dites-moi comment vous perdez : les êtres, les objets précieux, les chemins

Le temps, les papiers… comment vous aimez à perdre la raison

Et peut-être trouverons-nous la clef, la porte d’entrée,

Peut-être mettrons-nous à distance les ombres de notre mémoire.

Maïté L

Et ma dédicace ira à tous ceux qui cherchent…

 

 

Vertes,

 Les prairies sous le vent

Font le gros dos, en écoutant

Les grillons, fredonner note à note,

Leur unique chant.

Dans les hautes graminées,

Les chiens glissent et dansent,

Happés par l’ardeur du printemps.

Ils reviennent frétillants,

Poussés par l’envie  des oiseaux

Et parfois voyage, grâce à eux, la fleur à leur museau.

Soudain,

Un sentier gris, sous les chênes séculaires,

Qui de leurs branches recourbées

Rendent grâce à la terre.

Pour nous  du ciel ne reste

 Que le toit de verdure perdu dans le temps.

Un arbre mort, géant à terre, fait des vagues et

S’arc-boute dans un soubresaut de reptile figé :

Reste pathétique  la  dépouille d’une amère  tempête.

Le temps est vert comme l’envers du temps.

Mais,

Quelques fleurs ça et là murmurent leurs  touches de couleurs :

Elles sont rubans ; elles sont mélodies

Elles sont vagues au refrain de bourdons et de routes abandonnées

Elles sont charme et apesanteur

Crayons de couleurs et peintres impressionnistes gardés dans nos pensées

Elles sont tous nos bouquets d’enfants qui savaient à qui les offrir

Pour un sourire, un mot d’amour de pétales froissés.

Bientôt,

Les prairies deviendront nocturnes.

Elles imprimeront leurs humeurs de  marais

Et s’enrouleront autour des creux de vie assoupis.

La nuit descendra jusqu’à l’absence  d’horizon,

C’est tout ; c’est tout.

Le jour  s’effacera peu à peu, ne laissant que la ronde

Des grillons à cheval sur le dos de l’oubli,

Et les âmes de terre des vers luisants,

Accrochés aux  brins d’herbe et aux  feuilles accueillantes.

Nature et harmonie :

Ici,

Humblement

 la nuit  papote ou clapote à vagues de prairies.

Maïté L

Les semis de fleurs
ont atteint la toile
et j’ai mis la voile
là où le vent emporte
les rimes , les coeurs
et les poésies
les chants, les cris et les mélodies.
j’ai regardé pousser les fleurs
d’éternité
qui surgissent d’un passé
où le temps les a jetées
à la volée.
Les semeurs de graines
de futur et d’inconnu
ont dépassé nos espérances
ils ont allumé des couleurs pures.


Donnez-nous des fleurs bleues

donnez-nous des fleurs rouges

des belles difficiles

des belles ingrates

des amours de lune rousse

pour poètes retrouvés.

Des fleurs de mots allumées

aux lampes de la fraternité.

Maïté L


Une prairie au vent et des coquelicots malmenés, balancés, penchés, privés de leurs pétales retournés. Les marguerites plus à l’ombre vivaient leur vie de blanches fleurs en lisière de l’été.A deux pas de la route, une traînée de couleurs.

Et un poème écrit un jour pour accompagner les semis du bonheur des yeux.