Rêves perlés d’estuaire /page 1

Il a suffi d’une rencontre en écriture entre deux inconnus: Re Chab et moi-même pour faire jaillir des éclats de mots depuis mars 2015 et faire remonter au grand jour un article de 2012. J’en suis très heureuse et je remercie Re Chab.

Bien sûr toute personne souhaitant se joindre à nous sur ce sujet ou bien un autre de son choix est la bienvenue.

Evidemment, nous ne savons ni l’un ni l’autre quand cet échange s’arrêtera, puisqu’il se déroule au gré de notre envie…

Je vous propose donc le journal de nos éclats de mots à partir de l’article originel se trouvant ici:

http://www.eclats-de-mots.fr/2012/10/07/reves-perles-destuaire/
23-02-08-123

 

 

Rêves  perlés d’estuaire

Bois de rose dans l’or du couchant
Perles de brume à peine voilée
et bleu-gris jeté dans les filets
des carrelets juchés sur leurs pieux
partis à la rencontre de la marée.

 

Quand les rêves de silence
conduisent au bord de l’eau…

Soudain,

tout contre notre cœur frissonnant
 tremblent les reflets émouvants

d’une barque comme posée
sur la ligne des flots…

 

                                                                                                                                               Les roseaux sur le devant de la scène

 opinent du bonnet et se courbent
en offrande à la brise
compagne discrète des premières virées.

Février descend sur l’estuaire apaisé

Il est temps de suivre les lueurs

Menant à la ville trop tôt retrouvée.

© Maïté L/ 2012

***

2/

03 03 2015

C’est une barque portée  par les  flots,

Ainsi, contre ton cœur,

Il y a la douceur de ton reflet,

Il embrasse ton visage,

Comme tu les fais de tes vagues,

Avec le mien.

 

Nous sommes portés,

Par une  étendue si vaste :

Que la conscience se dissout,

Re Chab

***

3/

03 03 15

Dans un morceau d’infini

le soir se dissout, s’amenuise

Se faufile tout contre la joue

où tambourine une larme

Où s’inscrit le chemin de rosée.

Une ombre grandit

Dans les yeux, dans les pensées

Une absence, le temps trop vite parti

Vers d’autres bords d’eaux.

Maïté L

***

4/

04 03 15

Dans un infime  clapotis,

Je tends  l’oreille

Aux ponts  jetés  sur la mer,

De ceux  qui suspendent les îles

 

Quand  l’ombre de ton absence grandit,

Et la perte  du soleil,

La larme  rejoint l’amer,

Et de ma main en coquille,

 

Je crois entendre encore le bruit…

Faut-il rester  en veille,

Parcourir le chemin à l’envers  ? …

A mesure que mes yeux  s’écarquillent,

 

Avant de se fondre dans la nuit,

Luttant  contre le sommeil,

Dans lequel se perd,

L’ espoir, comme une chandelle vacille

Re chab

***

5/

040315

L’espoir, comme une chandelle vacille
S’amenuise au fil des années
Allo? Ta voix devient si ténue
Tes gestes si lointains
Au coin d’une photo jaunie.
L’hiver nous envahit.
Ou bien est-ce la vieillesse ?
Quand ce soir au vent du nord
Les eaux se coloraient
en bleu, en nuit, en bleus de vie
Et que le clapotis claquait sur le sable
Où l’hiver prenait ses aises sur le rivage
Ne laissant à la plage que
Si peu de sable, quelques traces
De pas, de griffes, de pattes et de cristaux
Immobiles les mouettes balancées
Au gré des flots et les roseaux
Ces biffures du paysage en rangs serrés.
L’hiver nous assassine et pourtant je suis vivante
Vive, ment et dément le passé récent
La nuit, le sommeil retrouvé, les voix
Du tangage de la barque,
Dans le plumetis des oiseaux repliés
Dans la nuit, perdre pied, s’enivrer de…

Maïté L

***

6/

05 03 15

Nous perdons pied  dans la nuit,

La barque  elle -même,

Suspendue  à un fil,

Ne reconnaît plus  ni le ciel,

Ni les  rives.

 

Les mouettes  ont  replié  leurs  ailes,

Et se résignent au jour  enfui.

Les  eaux  prennent   de l’épaisseur,

Celle  d’une masse  d’encre,

Qui sommeille sur les  couleurs.

 

C’est  comme  si l’hiver  était descendu,

Poussé sur le bord

De l’embarcation

Par le vent  du nord.

Lui qui emporte  ta voix

 

Devenue  si lointaine,

Et presque  éteinte,

Si pâle  qu’on l’entend à peine,

Comme si la vie  se diluait

Au fil des années,

 

Egrenées  par un long parcours,

Sans laisser de trace à la surface de l’eau,

Si lasse, qu’elle ne dessine pas de sillage,

Ou bien est-ce  cette  barque  elle-même,

Qui fait  du sur-place,

 

Arrêtée même,    par le temps …

Re Chab

***

7/

05 03 15

La barque seule, arrêtée, dans les bras de la nuit

Ecoute de la vie lointaine le chant des sirènes.

 

Dans les profondeurs des eaux claquemurées

L’Histoire enfoncée, un village perdu, ses murmures.

 

Emportés par la boue, le limon, les algues

D’eaux douces, vaste linceul aux habits fanés.

 

Barque iceberg, plus petite entité visible

Des fonds parviennent les ondes des fantômes surannés.

 

Plus d’hiver. Que du passé. Plus de printemps

Dans les sans lumières, l’origine où gît la barque.

 

Le bois infini à toucher du doigt le souffle du présent

Tandis que s’enfuient les stigmates du temps passé.
Présent. Passé. A venir. Je ne sais. Je ne sais pas.

Je ne sais plus l’alphabet du sillage, celui du village.

 

Les pleins, les déliés des vagues, leur courbe de respiration

Les aspirations de l’avenir qui bulle à la surface.

 

Du visible, de l’invisible, du cœur qui pianote

Sur la peau où repose la barque, sur le fil de la nuit.

 

La nuit fait son lit

A l’abri

Des ronces

Où perle une goutte

Une seule…

Maïté L

***

8/

06 03 15

La passion du jour  a sombré
Au coeur  du liquide,
En une boule  orange,
Qui s’accroche  aux  vagues.

La solitude  s’accroche
au creux  des rochers,
Déjà tapis dans l’ombre.
C’est  le  refuge des crabes  et coquillages .

Ils soupirent dans le sable,
Au sanctuaire  redevu  vierge
de  présence humaine,
que l’on  remarque  toutefois .

Avec des restes  de filets,
Et objets de plastique épars
Dont la mutilation interroge l’origine.
Et l’idée même de leur usage.

Les  étoiles de mer s’étirent,
Et jouissent  du silence,
Seulement perturbé,à marée descendante
Par le clapotis des eaux.

Entre chien et loup,
On pourrait distinguer,
Un enchevêtrement de formes,
Retenues par les écueils.

Ce sont des bois flottés,
Lentement sculptés et érodés,
Des totems de branches,
N’ayant plus souvenir de feuilles.

Et aussi des planches au profil adouci,
Qui parlent des épaves,
Des morceaux qui conservent parfois,
Des traces de couleur.

Enfin ce qu’on peut distinguer encore,
Avant que ne s’installe  la nuit,
Qui se referme  doucement,
Sur le rivage  déserté..

Re Chab

***

9/

09 03 15

Les bois flottés 09/03/15

 

Au soir rougeoyant de passion du jour

Au petit soir orange et mandarine éclaboussé

Entre chien et loup  à l’abri de la dune se glisse

Le monde des bois flottés, le petit peuple

Des êtres de légende, échoués sur le ruban de la côte.

Ils se penchent, ils se voûtent, ils se tordent, ils frissonnent

Ils grimacent, ils s’allongent, s’alanguissent sur le sable

Ils s’écaillent, ils abritent plumes de mouette

S’entortillent dans des filets de pêcheur

Se dressent tels des totems tutélaires

Se fusèlent vers la marée, habitent l’estran

Ou bien se cachent tout contre la dune

S’habillent des ombres ou de rubans d’algues

Cliquètent tels des fantômes aux colliers de moules

Ou rêvent de destins sauveurs d’humanité

 Aux gloutons festins de plastique ou de boulettes.

Parfois dépositaires d’un pendant de sirène

Lorsque s’assoit une branche d’étoile de mer

Ils lancent un bras vers d’hypothétiques amis humains

Qui se mettent à leur hauteur pour écouter le refrain de la mer.

Doucement je m’accroupis ,  Marie de la dune, Rose des sables

Pierre de lune, Stella des marées, je convoque les secrets

Les colimaçons discrets, les fils de la pensée

Les mirages du soir…tandis que sur leurs frêles planches

Les hommes- grenouille luttent…

Maïté L

***

10/

10 03 15

La passion du jour  a sombré
Au coeur  du liquide,
En une boule  orange,
Qui s’accroche  aux  vagues.

La solitude  s’accroche
au creux  des rochers,
Déjà tapis dans l’ombre.
C’est  le  refuge des crabes  et coquillages .

Ils soupirent dans le sable,
Au sanctuaire  redevenu  vierge
de  présence humaine,
que l’on  remarque  toutefois .

Avec des restes  de filets,
Et objets de plastique épars
Dont la mutilation interroge l’origine.
Et l’idée même de leur usage.

Les  étoiles de mer s’étirent,
Et jouissent  du silence,
Seulement perturbé,à marée descendante
Par le clapotis des eaux.

Entre chien et loup,
On pourrait distinguer,
Un enchevêtrement de formes,
Retenues par les écueils.

Ce sont des bois flottés,
Lentement sculptés et érodés,
Des totems de branches,
N’ayant plus souvenir de feuilles.

Et aussi des planches au profil adouci,
Qui parlent des épaves,
Des morceaux qui conservent parfois,
Des traces de couleur.

Enfin ce qu’on peut distinguer encore,
Avant que ne s’installe  la nuit,
Qui se referme  doucement,
Sur le rivage  déserté…

Re Chab

 

***

11/

16 03 15

JEUX D’OMBRE

Sur le rivage déserté, l’ombre de l’ombre

Happe

L’ombre du rivage aux rivages de l’ombre

L’ombre du vide, le vide silence du clapotis

Dans la marge

Clapotis après clapotis s’échine le rivage

Dessine,

 Divague,

 Resquille

Au tourbillon des âmes, des vagues de vagues

Hors-tout.

S’enroulent les idées, s’arriment nos ombres

Aux branches décharnées, implorantes de la nuit.

Le sable redevenu froid se dérobe à l’or du jour

Se teinte de gris, de désamour de la nuit, des traces

Traquées

Réfugiées

Dans la minuscule vie, des trous minuscules, repérés.

 Soupçons

 Que le vent emplit d’oreilles du vide, d’échardes d’entre les dunes.

Pourtant

Sur les mamelons refuge, sans yeux, sans voix, sans poids

 Seuls les frissons

Dérivent en friselis. Nues les planches de bois disjointes

Pied après pied à la ceinture de

Nue, La nuit bleue, trépasse dans l’indifférence

De bleue à noire au fond de l’encrier venu de si loin.

La nuit a posé la plume, rendu les armes non loin de l’encrier

Refermé doucement  le souffle des mille et une nuits

Sur le rivage abandonné, déserté, douce, doucement

Désert doux et vide, rivage désert, soumis à l’inconnu…

Maïté L

***

12/

24 03 15

Je suis soumis à l’inconnu,

Le rivage déserté, où la vue se dérobe,

Laisse s’enrouler les idées,

Au tourbillon de l’âme,

Trempée dans l’encre, bleu-nuit ,

Où peut-être des chimères,

S’emparent de mon esprit.

 

Je suis soumis à l’inconnue,

Une femme entr’aperçue,

Aussitôt disparue,

Et la rue, rendue à son indifférence,

S’est enfoncée dans la nuit ,

Occupée par le vent,

Et ses échardes froides.

 

Les jeux d’ombre mouvants,

Les yeux ternes des réverbères,

Me font douter,

Dans les marges de la lumière,

D’une vision, qui divague,

Entre chimère, imagination

Et réalité.

 

Quelle est-elle,

La réalité : celle de ma conscience,

Ou celle, que j’ai cru percevoir,

Frêle silhouette,

Vite rendue aux marges du silence,

Où je risque mes pas,

Comme au-dessus du vide… ?

 

Soumis à l’inconnu ( e )

 

Re Chab

 ***

13/

26 03 15

Estuaire… Es-tu cette statue, ce pauvre hère

A la recherche du nord magnétique

Dans les courants d’air

Sur les courants d’eau

Et  le chemin de la lumière ?

 

Ou bien d’une écharpe nouée à la diable

Trois fils, une frange, se balancent-ils ?

Un sillage, quelques fragances

De nuit, d’herbe humide, de ciel constellé

S’enroulent-ils autour de ton doigt ?

 

 Toi, L’inconnu(e), au pied du réverbère

Dans le halo blafard et solitaire

Ecoutes-tu les battements de ton cœur

Qui frappent la cadence sombre

Des veines cognant à tes poignets ?

 

D’où te viennent ces pas pressés

Ce souffle court, ces cheveux en bataille

Cette lutte incertaine contre la sensation

Des grands espaces délétères

Dont les lucioles sont absentes ?

 

Ce soir, l’estuaire rime avec suaire

Les stigmates du jour ont ouvert la plaie

Tandis que dans ta bulle tu dessines le présent

Le temps lui qu’on assassine sur une page de la nuit

Va-t-il  rendre l’âme au parapet de demain ?

Maïté L

***

 

14/

03 04 15

J’étais  l’inconnu au pied  du réverbère,
Les battements  de mon cœur  se sont figés,
Un jour, sous des néons blafards…
L’horloge  s’est arrêtée,   de même,
Le souffle s’est fait absent,
Je cherchais un chemin,

Qui n’est plus ceux  qu’empruntent les hommes,
Le monde auquel j’appartiens,
M’est soudain devenu inconnu.
Peut-être que ces espaces délétères,
M’avaient  soudain transporté,
Dans un ailleurs  étanche…
 
Les stigmates  du jour,
Ont franchi la barrière  de l’eau.
Les algues étaient comme des cheveux,
Balayés par le courant,
Et cachaient presque en totalité
La statue  engloutie ;

Elle apparaissait sévère,
Le bras dressé 
Dans une brume liquide,
Peut-être dans un mouvement de nage immobile,
Cherchant à remonter le cours  du temps,
Et le chemin vers la lumière.

C’est un inconnu solitaire,
Au bronze incrusté de coquillages,
Qu’on a remonté des profondeurs…
Les muscles  saillants, l’attitude  fière,
C’était peut-être le gardien d’un temple,
Dont il ne reste rien du souvenir 

Son regard  était creusé,
Et  scrutait sans  comprendre,
Notre époque, aux avenues rectilignes,
Parcourues  d’automobiles ;
A son visage, on voyait qu’il regrettait
Son monde silencieux, au cœur de l’estuaire.

Re Chab

***

15

/04 04 15

 Hors le monde du silence

 

Quelle est cette lumière ? Qu’on  m’éloigne de votre souffle rauque

Moi qui me baignais et me régénérais dans des eaux dormantes !

Les algues me coiffaient, la boue enveloppait mon corps d’athlète

Et je paressais bienheureux dans cette somptueuse parure d’éternité.

Nul besoin de soleil mais à moi l’ombre, l’ambre et la rouille ! 

 

Au cœur de l’estuaire, tant et tant de bateaux engloutis

Et mes semblables de chair, de peau, de sentiments

Couchés, dépouillés sur les terres de fonds marins.

Les armes se sont tues et quelques boulets de canon

Creusent leur nid que sillonnent les silures, ces  vieux épouvantails

A cheval entre deux mondes : celui de la nuit et celui des berges.

 

Autour de moi quelques moteurs toussotent et crachotent

Nul jamais ne m’aurait ramené dans ses filets de crevettes.

Les pétroliers aussi tracent leur route aveugle vers la pleine mer.

Moi l’inconnu, venu, sans ma sirène vouée aux dieux et

Aux sacrifices sous les piliers et les arcades du temple abandonné

Moi que la drague n’avait jamais atteint, on m’arrache de force

On me contraint à la parole que je ne voulais pas donner.

Ce monde d’en-dessous m’appartient. On le croit disparu

Il est juste en sommeil comme ces graines qui attendent leur heure.

 

 Livré au regard impudique des passants, la lumière m’aveugle

Me brûle, m’incendie tandis que je déchiffre une langue inconnue

Des signes d’impatience chez vous, les sourds au passé oublié.

Mon cœur est d’or, mon cœur est de bronze ; il sonne silence

Quand le vôtre tambourine et s’affole dans votre vie de zombies.

 Votre vie est si décousue qu’elle s’éparpille en lambeaux

 Sur le macadam et dans vos prisons et vos cages de verre…

 

Votre monde bruit de l’impossible silence

Votre monde suinte de lumière trop crue

Votre monde délétère n’est pas fait pour moi :

Qu’on me rendre à mon mille-feuille du passé !

Maïté L

***

16/

07 04 15

alors…

 

Aux souvenirs des fonds de vase,

J’étais couché sur le flanc,

Et regardais passer les ans,

Les hélices des moteurs, leur emphase,

Sous une lumière glauque,

Le passage soyeux des sirènes,

Où les marins se promènent

Une agitation d’une autre époque,

Et son pesant d’atmosphères,

Sous l’épaisseur de l’eau,

Qu’ignorent les bateaux,

Semblant suspendus en l’air.

 

Je suis gardien d’un monde disparu.

Les poissons me frôlent,

Sans prononcer la moindre parole,

Mais voilà qu’il a fallu,

Que j’interrompe mon monologue,

Que je pensais engagé pour une durée illimitée,

Sans pour autant prétendre à l’éternité,

Et voilà que les archéologues

Veuillent à tout prix que je quitte

La douce gangue du temps,

Les eaux aux accents caressants,

Où depuis si longtemps j’habite.

 

S’il faut que je m’en éloigne

Et que je sois placé au sec…

S’il faut que je parle au nom des Grecs

On s’attend à ce que je témoigne,

Que je délivre des messages,

Exposé, comme un personnage de foire,

Sans même me permettre de m’asseoir

N’ayant comme entourage,

Que des objets ébrêchés,

Placés dans des vitrines,

Sentant presque la naphtaline,

  • donc, plutôt des déchets.

 

Cette parole que l’on attend,

Comment pourrais-je avec mon grand âge,

Interpréter ces nouveaux langages,

Même en ouvrant les oreilles en grand ?

Pour moi-même, tant d’années de silence ,

M’ont amené à la réserve,

Et ont soudé mes lèvres,

( Plutôt comme une délivrance ) :

On ne peut pas faire des discours,

Même les plus savants,

En les dispersant au vent,

Car ce qui fut dit, est sans retour….

Re Chab

***

17/

10 04 15 Arrivée au Musée d’Aquitaine(Bordeaux)

Rencontre entre immortels

 

Passé le seuil océanique,

Dont le souvenir s’estompe déjà

Dans les voies de garage

Indignes d’un voyageur du passé

 Me voilà jeté à la face de la terre.

Je suis désormais ce prisonnier

Dans le temps foudroyé

D’une mémoire où la nuit est reine.

 

Vais-je enfin retrouver le silence

Dans ces lieux où les pas

Epousent le moelleux du sol

Tandis que mes geôliers éphémères

Se reflètent dans les vitrines

Où semble s’écrire l’Histoire ?

 

Posé dans un coin, sans égard

 Pour mon âge vénérable

Je reste là à déchiffrer l’abandon

 Et les mystères de la nuit noire…

 

Quand

Soudain s’anime une vie

Jusque-là invisible

Au commun des mortels.

Un carnaval de sagaies

Une danse d’ossements,

Un parfum de jarres aux huiles précieuses

Autour d’un foyer et d’ombres mouvantes.

Des paires d’yeux en pointillé

Reprennent leur dialogue

 Dans le musée  en révolution.

 

Jupiter me guide en maître des flammes

Tandis qu’Hercule se souvient…

Lui qui connaît les villas gallo-romaines

Baignées de soleil, au bord de l’estuaire

Lui qui, autrefois,

Buvait à la coupe des dieux, la douce ambroisie

Et le  précieux nectar venu sur les premiers ceps.

Quelle est cette prière qui monte de l’orante

Aux accents royaux de pierre et de gascon

De notre chère Aliénor d’Aquitaine

Venue en voisine de son palais de L’Ombrière

Tandis que le temps et l’espace abolis

Font discourir Montaigne et Montesquieu.

Vénus est  prête à enfanter

 Dans les vapeurs des outre-mers

 Des vents de sucre caramélisé et de rhum

Au pied de la goélette  au mouillage

Voiles déployées, lourdes chaînes cliquetantes.

Le lion aux deux langues, rôde solitaire

Et respire la nuit comme un enchantement…

Maïté L

 

 

 

 

 

 

 

 

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