3 mois après Klauss, des grumes à perte de vue-3-

 » Si la forêt mourait, le monde inconsolable,

Irait jusqu’à la mer recueillir ses sanglots;

La lande dénudée deviendrait vulnérable,

Et l’âme du désert envahirait les flots. »

JEAN-ANDRÉ JEANNIN/ SONGES SUR LA LANDE

3 mois après, des grumes à perte de vue

Partout, au bord des routes, au bord des pistes forestières, des pare-feu, des grumes. Pour nous ici, restait le seul souvenir de cette parcelle de pins qui avait été plantée peu de temps après les incendies d’après guerre. Ces pins étaient beaux, mais poussaient lentement, car nous sommes ici sur des terres pauvres.

Avant la tempête, 8 millions de m3 de bois étaient écoulés par la filière bois chaque année. Il a suffi d’une nuit pour se retrouver avec 40 millions de m3 à terre,soit l’équivalent de 5 années de récolte.

Il fallait donc écouler en urgence, ce qui pouvait l’être et réaliser le stockage du reste sous aspersion continue. Sinon, le bois aurait bleui et n’aurait plus été exploitable. 8 millions de m3 ont été ainsi stockés.

Jeu de construction/déconstruction

Évidemment, les prix ont dégringolé, passant de 35€ le m3 à 3 ou 4 € le m3. Autant vous dire qu’on était vite la proie d’intermédiaires flairant l’aubaine et que parfois avec des bois jeunes (de 10 à 15 ans d’âge), c’était tout juste s’il restait quelques euros, une fois les camions partis.

Mais pour pouvoir exploiter les bois, il a fallu d’abord , dans l’urgence,dégager les pistes d’accès(28000 km dans les Landes) avec l’aide de toutes les forces vives: militaires, pompiers venus d’une multitude de départements, Sécurité Civile, volontaires, bûcherons venus de l’Europe entière.

Les géants à terre et ceux qui ont résisté

3 mois après je faisais mienne la citation de J-M-G Le CLÉZIO dans GENS DES NUAGES:

« Le trésor s’est éparpillé comme le sable, il est dans l’ombre des ravins, dans les puits, sur les arbustes des dunes. Il est dans la mémoire. Non seulement la mémoire des hommes, la mémoire des plantes, la mémoire du ciel et du vent. »

je n’oublie pas la vision esthétique de la situation, même si le cœur n’y est pas.

au sol les traces du ballet des engins

« Quand le soir venu, la tempête s’annonce

Par un ciel déchiré et de sourds grondements;

La lande touche aux nues et l’horizon s’enfonce,

Ne faisant plus qu’une ombre avec les éléments.

JEAN-ANDRÉ JEANNIN/ SONGES SUR LA LANDE.

« Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout… »
THÉOPHILE GAUTIER

Ce même poète qui osait la comparaison entre l’arbre semblable à un soldat blessé qui veut mourir debout et le poète, qu’aurait-il écrit en voyant ainsi la résine couler?

l’âge de l’arbre

Les souches nous permettent de lire dans l’arbre à terre comme dans un livre d’Histoire: le livre de SON histoire.1 cercle de bois par an et selon que l’arbre aura connu des années néfastes (sécheresse, autre arbre lui faisant de l’ombre, attaque d’insectes…) les cercles seront plus ou moins étroits.

En tous cas, voici les différentes parties d’un tronc:

1-l’écorce

2-l’assise cambiale, zone très mince située juste entre l’écorce et le bois

3-l’aubier: bois fabriqué par l’assise cambiale les années précédentes

4-le bois de cœur au centre.

en gros plan

le temps des comptes.

à suivre…

8 commentaires

  1. Bonjour à tous.
    Mon site a subi un très important travail de mise à jour et à cette occasion, les messages fort sympathiques que vous aviez laissés sur ce billet ont disparu, ainsi que mes réponses.
    Je vous prie de bien vouloir m’en excuser.
    Merci encore à Anne, Sergio, Colo, Fifi, Tania , Maria-D et Ulysse.
    J’avais gardé les réponses à vos messages. Je les copie ci-dessous
    @ Anne
    merci d’avoir témoigné ton intérêt en messagerie privée, au moment où mon site bégayait.
    @ Sergio
    Tu as très bien résumé la situation. Merci.
    Certains, à l’époque, se sont vantés d’avoir réussi à faire mettre le genou à terre aux sylviculteurs. Sans doute, eux ou leurs prédécesseurs n’avaient-ils pas digéré d’avoir par le passé été obligés à reconsidérer le coût du travail de la gemme, afin que les résiniers et autres sylviculteurs reçoivent un dû plus juste.
    Oui, les photos sont toutes de nos archives, prises ici ou là. Je me doutais que nous étions à un changement radical de paysage, alors que jusque- là, nous l’avions pensé assez immuable.
    En ce qui nous concerne, il faut compter une à deux générations.
    *
    @ Tania
    merci à toi. Tu sais, j’ai longuement mûri ce partage (comme d’habitude peut-être) mais encore plus longtemps et j’ai lu, relu; j’ai dérivé de l’idée de désolation vers l’espoir.
    *
    @Colo
    tu as raison; en quelque sorte, je me sens redevable du travail des générations d’avant et de leur façonnement du paysage. C’est sûr, j’ai dû avoir des ancêtres sur échasses, gardiens de troupeaux de la lande d’avant les plantations de pins, puisque j’ai connu moi-même, dès que j’ai pu marcher, le pacage itinérant des bêtes sur un après-midi, dans des landes et forêts jeunes que l’on appelle « courgeyre ».
    Oui, je vois des petits pins (ils font 20 /25 cm) quand on les plante, et d’autres qui ont un peu grandi. Les chênes présents sur le terrain le sont, soit en bordure des parcelles, soit sur le terrain de plantation lui-même: nous veillons à les garder. Le problème de la monoculture, c’est que sur nos terrains pauvres, à part des pins et des chênes, il ne pousse pas grand chose… Si, des ajoncs! Une plante excellente pour la gorge, disait ma grand-mère mais bon, question exploitation, c’est nul.
    Actuellement, les plantations sont loin d’être un long fleuve tranquille et requièrent beaucoup de surveillance de ma part: la tempête a chamboulé tant de choses!
    *
    @ Fifi
    comme tu peux le voir, je n’ai pas répondu tout de suite non plus, car j’ai rencontré des difficultés sur mon site.
    Oui, mon but, à travers les images est avant tout explicatif, et nous découvrons au fur et à mesure les différents acteurs de tout ce travail.
    Rassure-toi, bientôt mes billets basculeront vers l’espoir, même si ce n’est jamais évident, tant les obstacles sont nombreux et se révèlent au jour le jour.
    *
    @ Maria-D
    tu emploies le bon mot de reconstruction: du paysage d’une part, de l’aspect humain d’autre part: c’est très juste!
    Je t’embrasse aussi.
    *

  2. @ Ulysse
    « Moi qui suis un amoureux des arbres et qui ai parcouru i l y a longtemps cette forêt à pied et à vélo, ton reportage m’a ému »
    Merci encore. j’ai retrouvé le contenu ton message dans ma messagerie
    Tu ne reconnaîtrais sûrement pas le paysage s’il a été touché par la tempête.

  3. J’ai retrouvé la teneur de certains de vos messages que je me fais un plaisir de republier ici:
    Colo
    Mémoire des arbres dans ces poétiques vers, toi, tu es celle des hommes par ces billets.
    Je lis que, contrairement à la plupart des forêts d’Europe, la monoculture du pin dans les landes la rend très fragile. Espérons que bientôt, (tu en vois déjà?), de petites plantes de pins mais aussi de chênes, plus robustes et résistants au feu et au vent, repoussent.
    Merci chère amie et bon dimanche.
    *
    Fifi
    Tes photos sont belles ! La beauté qui se retrouve sur tes images, c’est tout le travail des différents acteurs pour déblayer, nettoyer, ranger tout ce territoire dévasté. Les textes poétiques qui accompagnent les images témoignent eux, de ta peine, de ce « coeur qui n’y est pas », de l’amour pour cette forêt si chère à ton coeur.
    Des images particulièrement émouvantes, celle des larmes de résine, celle qui raconte l’histoire de l’arbre !

    Chère Maïté, merci pour les citations de J M Le Clézio que j’ai ajoutées aux images suivantes. Comme tu sais, j’ai un peu de mal à être à jour mais je tiens à afficher les belles photos ramenées par « fifille » de son voyage. Bonne soirée et bonne semaine à toi ! Merci pour ta belle fidélité !
    *
    Maria-D
    Comme un génocide
    corps brisés et entassés
    après le carnage
    la reconstruction

    la douleur reste immense

    Merci chère Maïté pour ce témoignage et tes passages ici et là
    Je t’embrasse
    *

  4. Bonsoir Alienor. Je suis ton conseil, tu me diras si cela te satisfait.
    Je sais bien que les arbres grandissent , vieillissent, ; je sais bien que bon nombre est planté pour l’exploitation industrielle mais je ne puis retenir tout l’émotion qui me summerge lorsqu’un arbre est abattu. Je ne veux plus entendre le bruit sourd lorsqu’après un long gémissement, il touche le sol . Mes yeux ne s’habituent pas au spectacle de désolation laissé par les forestiers et leurs engins.

  5. @ Chinou
    Merci d’avoir coopéré en mettant toi-même ton message.
    Je te remercie d’avoir dit ce que tu penses. tu sais depuis hier que tu m’as communiqué ton ressenti, j’ai beaucoup réfléchi. Cela me renvoie aussi à mon ressenti, à tout mon passé et surtout à ma façon de considérer les choses.
    Faire tomber un arbre mort par nécessité, souvent pour la sécurité des autres est déjà un crève-cœur.Mais il me faut affiner la réponse car on ne peut mettre sur le même plan de petits propriétaires qui ont l’amour de la forêt et ne sont pas inscrits dans une logique de profit et les industriels de la forêt qui n’ont que profit en tête et détruisent les sols, la biodiversité, la faune et la flore, choisissant des essences à croissance rapide avec seulement en tête le moment où les arbres rapporteront le maximum d’argent.
    Mais dans notre cas, il s’agit de tempête sur des forêts que j’ai crues immortelles.
    Je viens après des générations de paysans qui vivaient pratiquement en autarcie, la forêt constituant à la fois leur gagne-pain (exploitation de la résine) mais aussi pour le bétail en taillant le sous-bois qui servait de litière à l’étable; sans oublier le bois de chauffage, les pignes de pain et les entailles des arbres pour allumer le feu: rien ne se perdait.
    Ils n’étaient pas dans une logique industrielle de rentabilité car l’essentiel de leur travail se passait dans les champs et les prés.
    Je ne suis pas sûre que la génération de mes grands-parents ait coupé des pins. Par contre, ils en ont énormément planté eux-mêmes. Je sais aussi que la génération de mes parents n’a pas non plus abattu d’arbres, si ce n’est pour clarifier la situation après des tempêtes dévastatrices.Ils en ont planté aussi, notamment dans les anciens champs, lorsqu’ils ont été trop âgés pour les cultiver. Ma génération aura connu la tempête et nous sommes en train de reboiser, à l’ancienne. J’en parlerai petit à petit mais le reboisement se fait à la main, pin par pin.Nous sommes dans cette logique de forêt à reconstruire, ne serait-ce que pour ne pas revenir aux marécages d’antan et aux landes désertiques.
    Rien n ‘est simple et nous nous interrogeons beaucoup.Nous apprenons aussi.
    Le film  » Le temps des forêts » nous a encore plus permis de nous interroger sur des excès commis dans certaines régions et de mieux comprendre.
    Merci encore.

  6. Merci pour la remise en place des commentaires. Moi je n’ai pas retrouvé les miens, la cause de la perte étant probablement différente.
    Merci aussi pour la réponse que tu fais à Chinou. Elle permet encore mieux de comprendre cette longue histoire de travail, d’investissements en temps et labeurs, d’amour surtout. Un profond respect pour tout cela, pour l’oeuvre réalisée à travers le temps, et toujours à refaire…
    Je t’embrasse.

  7. @ Fifi
    J’ai retrouvé mes commentaires dans les avis arrivant dans ma boîte mail, à l’exception de celui de Tania; c’était un moindre mal.
    Oui, nous sommes loin d’une forêt rêvée quand il faut tenir compte de la réalité.Une forêt comme celle-ci ne se régénère pas toute seule, car sinon, elle est plus proche de la lande originelle à laquelle j’ai prévu de consacrer un billet; elle se doit d’être plantée, cultivée, travaillée, entretenue, surveillée; sinon le résultat de l’abandon oscille entre le désert et les fourrés inextricables.
    Merci Fifi, je t’embrasse bien fort.

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