» Chaque cri que nous poussons se perd, s’envole dans des espaces sans limites. Mais ce cri, porté jour après jour par les vents, abordera enfin à l’un des bouts aplatis de la terre et retentira longuement contre les parois glacées, jusqu’à ce qu’un homme, quelque part, perdu dans sa coquille de neige, l’entende et, content, veuille sourire. »

Albert Camus

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BAVARDAGE

Et puis tu sais, jamais je ne t’oubliai, la mer!

Te souviens-tu de ma première voiture?

Une R4 aux sièges en simili cuir et aux pare-chocs chromés.

Elle était chouette même si parfois elle se prenait pour toi,

En faisant des vagues sur le plancher, d’arrière en avant, lorsqu’il pleuvait.

Il me semble bien qu’il fallait freiner à mort

et qu’elle continuait tout droit sans s’émouvoir.

Je ne t’oubliai pas et dès le premier beau jour , je vins te saluer!
Vive la liberté de nos vingt ans!
Mais je m’égare, je m’égare
Car tu te faisais coquine
Cherchant à emmêler ma longue chevelure blonde
A dorer ma peau à la loupe de tes gouttes d’eau!

Il  y avait des matins de nacre et de coquillages

De longues luttes contre le vent entravant la marche

Des sacs de plage rebondis d’où s’échappaient les feuilles noircies

Des bains courageux aux premiers jours de mai trompeurs

Et dans le corps de fine liane toujours la même petite fille

Se multipliant à l’infini dans son attitude humble et souriante

Accueillant les bras ouverts le message tam- tam à cheval sur le présent

Qui lentement s’insinuait dans le creux de sa conscience.

***

La petite fille au bord de la mer

 

De  chaque nuit il faut saisir

Les clés de l’alphabet des lumières

Les consonnes du ciel, les voyelles des vents

Et les lueurs qu’apportent les petites bougies

De la terre.

Au chevet de toutes les lampes

Viennent s’asseoir nos rêves ;

Mangeurs de sombres lames d’ombre,

Ils dansent alors à l’ambre de nos flammes

Car nos ciels ne sont jamais d’éteignoirs ;

Ils se parsèment d’infimes poussières d’étoiles

Allumées en douceur au plafond de nos peurs.

En s’avançant peu à peu vers l’espoir

La petite fille, contre l’arbre posera son livre

De mers, de dunes et de sable

L’échelle de la saison des vents

Qui balaie sans remords les nuages vagabonds

Et leur pesanteur,

Les fonds marins faits de rumeurs incessantes

Et de torpeur ;

Elle gravira quatre à quatre les marches de son alphabet

Dans sa main, chaque jour une allumette.

Pour réchauffer  son cœur.

Dans son cœur, quelques rayons de soleil

Une poignée de mer, une poignée de monde

Et des reflets :

Tant de lueurs à imaginer

Pour peu qu’elle ferme les yeux.

En elle, trouvera-t-elle les chemins du  bonheur ?

 photos Le Grand Crohot et textes:Maïté  L

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Au terme de cette conversation murmurée, mes remerciements à Frantz pour sa suggestion de lecture d’Albert Camus :La mer au plus près

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Marine

Les chars d’argent et de cuivre

Les proues d’acier et d’argent

Battent l’écume.

Soulèvent les souches des ronces.

Les courants de la lande,

Et les ornières immenses du reflux,

Filent circulairement vers l’est,

Vers les piliers de la forêt,

Vers les fûts de la jetée,

Dont l’angle est heurté par des tourbillons de lumière.

ARTHUR RIMBAUD

 

BRIBES

Arrivée à la plage.

Juste de passage avec ma grand-mère en robe noire , noire et blanche, comme il se doit. Beaucoup de noir et si peu de blanc: juste quelques fleurs blanches discrètes ou des pois minuscules. Chignon de rigueur.Foulard à portée de main.


Pique-nique sur le sable,une glace en guise de dessert à la baraque proche de la dune où un perroquet se tient  sur son perchoir. Ensuite, j’aurai toujours envie d’un perroquet que je n’aurai jamais: fascination de la parole?

  Et juste le droit de m’approcher de toi, la mer, pour que tu ne m’emportes pas dans tes profondeurs.Premières lunettes qui, une fois enlevées me plongent dans un monde hostile, sans repères; un monde flou sans limites et qui gronde.Ce n’est pas grave: l’eau de mer n’a le droit d’approcher que jusqu’au cou…Et les lunettes rendent ce monde magique. Un peu la même sensation éprouvée,  décrite par Jean-Pierre SIMEON dans la préface  de son livre LA NUIT RESPIRE:

« La poésie c’est comme les lunettes. C’est pour mieux voir.Parce que nos yeux ne savent plus, ils sont fatigués, usés.Croyez-moi, tous ces gens autour de vous, ils ont les yeux ouverts et pourtant petit à petit, sans s’en rendre compte, ils deviennent aveugles. »

Et il ajoute:

«  Il n’y a qu’une solution pour les sauver: la poésie. C’est le remède-miracle: un poème et les yeux sont neufs. Comme ceux des enfants.« 


J’aimais ces moments avec ma grand-mère.Les escapades maritimes étaient rares mais il y avait tant et tant de jours côte à côte, tant de complicité…Je lui ressemblais disait-on: est-il possible de finir par ressembler à ceux que l’on aime très fort?

Mais alors? se pourrait-il que je ressemble aussi un peu à la mer?


Texte et photos du Grand Crohot: Maïté L

« Je serais bien l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet, suivant l’allée dont le front touche le ciel. »

Arthur RIMBAUD / Illuminations

BALBUTIEMENTS

 

Te souviens-tu? Il y a si longtemps …
C’était au temps où je ne te voyais , toi la mer, qu’une à deux fois par an. La première fois peut-être.
Une partie de mer gâchée.
Un petit garçon de mon âge avait eu si peur de toi qu’il s’était enfui à toutes jambes, loin, loin dans les dunes. Il avait fallu courir en tous sens pour le retrouver.
Et c’était déjà l’heure de s’en aller.

L’autobus n’attendait pas les retardataires.

Le Grand Crohot/ Maïté L

et toi l’enfant qui découvris l’océan à travers les châteaux de sable: je me souviens de ton bob rouge. Tu as bien grandi et tu n’aimes plus la sensation des grains de sable entre les orteils.Te souviens-tu du jour où attiré par la forte marée, tu voulus dès l’arrivée voir cette muraille d’eau qui t’aurais roulé comme un fétu de paille.

Il fallait bien protéger ta peau blanche et tes cheveux blonds des assauts du soleil. D’ailleurs le soleil couchant te convenait mieux, lui qui dorait doucement ta tendre peau.Papa, maman , le seau et la pelle et le goûter à l’ombre du parasol qui parfois s’échappait pic sur la pointe et pac sur la tête, volé par le vent de mer.

sur la plage , au crépuscule,
Les ombres des châteaux
étendent leurs tentacules,
Et gourmandent les vagues
qui , à coups de langues;
lèchent ,un à un, les grains de sable.
Châteaux abandonnés,
Ruines sans armes ni ronces,
sans amour ni pervenches,
Forteresses et petits goûters
Des jours d’enfance ensoleillée.
Entre les vols furtifs de mouettes,
et les noires silhouettes,
Main dans la main,
La caresse des algues
et l’ivresse du vent
les couchent inexorablement
Au fond des océans. 

 

Andernos/Maïté L

Laurent Demany:l’homme qui, patiemment  tisse des fils de poésie vague après vague


Il y a quelques jours déjà, j’ai eu l’occasion de faire la connaissance de  Laurent Demany: il est  l’auteur du livre

«  GRAND CROHOT

Images pour Génie d’Arthur Rimbaud ».

 

Scientifique,passionné de photo, d’océan et de RIMBAUD, celui qui se dit photographe amateur parcourt en solitaire les plages  à des moments où il peut plus facilement entrer en communion avec l’océan. Durant  les mois de la saison froide, quelques heures après le lever ou bien avant le coucher du soleil, LAURENT DEMANY va à la rencontre des instants changeants où la lumière se révèle si particulière, entre la douceur des paysages marins et leur fougue, la véhémence des éléments parfois déchaînés et  leur apaisement.

A force de traquer la vague et le ciel, les lignes et les couleurs, les formes et les matières, entre musique d’un rideau d’écume et grains de sable, entre transparence et intenses coloris des tourbillonnantes profondeurs, au cœur et au rythme des pulsations de la vague, les images sont nées, ont grandi, ont pris l’ardeur d’un rêve d’océan qui consume le photographe. Sept ans d’embruns, de traces sur le sable aussi vite laissées qu’effacées, sept ans d’un regard qui devient percutant, et va à » l’essenciel et mer », le puriste sculpte la mémoire de l’océan comme d’autres sculptent la glaise ; 91 photos font écho au poème GENIE de RIMBAUD.

En outre, l’auteur a publié dans son ouvrage une reproduction du manuscrit écrit de la main de RIMBAUD que ce dernier avait confié à son ami PAUL VERLAINE en 1875 ; pouvoir détailler le texte original, placé à la fin des Illuminations dans les éditions du livre de poche (à tort ?) est un moment de pure émotion.

Dans l’ouvrage GRAND CROHOT, autour de ces deux mots magiques s’écrivent des lignes et des images, des liens qui vont des mots de RIMBAUD aux photos grandioses, à moins que ce ne soit l’inverse ; les mots calligraphiés semblent parfois prendre leur temps et leur part de mystère, semblent s’effacer sur la grève ou au contraire s’incruster et souligner le lyrisme, l’invocation à l’océan au travers des clichés choisis. Génie… Génie et sa part de mystère résonne en nous et résonnera longtemps encore lorsque nous irons cueillir des pages d’écume.

« Il est l’amour…et l’éternité. » écrivait Rimbaud.

JEAN-MICHEL MAULPOIX  quant à lui écrit dans  « UNE HISTOIRE DE BLEU » :

« Les phrases sont de la même étoffe que la mer, tissées par le même mouvement de navette qui trame le proche et le lointain, commençant, finissant toujours, sur la page pareille à la côte où le large reprise ses ourlets. »

Ce passage déjà cité en exergue de mon site   correspond bien au langage photographique et poétique de Laurent Demany.

Plonger dans son ouvrage , parcourir l’exposition de ses photographies, échanger sur des sujets que nous avons tous deux chevillés au corps, fut un régal.

 

Un jour, qui sait, le hasard nous fera nous rencontrer , appareil photo en main, devant les splendeurs océanes du Grand Crohot ou d’ailleurs.

 

Photos et billet: Maïté L

élan

arrêt sur image

et

Au sel de l’eau battre tambour

Japper tout contre flanc pantelant de la marée

Courir  entre les boucles et les fleurs d’écume

Et donner le sourire aux passants.

s’unir avec son ombre pour venir à bout de la marée.

Maïté L

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Le verdier, lui préfère se percher sur la mère des milliers et s’y balancer.La photo n’est pas très bonne car prise derrière la vitre,et à contre-jour comme souvent; elle est caractéristique de son rituel d’arrivée sous la véranda.

Le verdier est devenu plus farouche: a-t-il rencontré quelque prédateur dans les parages ou bien tout simplement a-t-il en grandissant développé quelques instincts de survie normaux? Peut-être l’ai-je surpris en sortant un peu vite de ma cuisine.

Pour le photographier, même derrière la vitre, il faut se fondre dans le décor; il détecte le moindre geste.

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caché derrière l’asparagus, il s’apprête à s’envoler après avoir décortiqué quelques graines de tournesol.Il ouvre la coque en 2 et voilà. Au début il était très organisé: les déchets d’un côté, les graines fermées de l’autre, mais avec le temps, il est devenu moins attentionné ou plus conscient qu’il faut faire vite.

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Ici,dans le prunus, en sécurité, il peut pousser son cri caractéristique, qui ressemble à un sifflement étouffé. parfois nous l’imitons et nous avons l’illusion qu’il nous répond.

Depuis quelques jours nous ne le voyons plus, même si nous l’entendons parfois.Il est probable que  nous sommes à nouveau en période de couvaison.

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Cette photo a été « volée  » au merle alors qu’il s’était introduit dans un buis en pot taillé en boule. Nous avons compris ce qu’il y cherchait quand nous avons aperçu dans son bec un escargot.

Et détail insolite et fortuit de la photo car le merle lui aussi ne s’éternise plus, sans doute pour les raisons évoquées plus haut, j’intitule cette photo:

LE BAISER AU COQUELICOT.

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Photos Maïté L

Je précise pour les visiteurs du blog qui aimaient parfois emprunter des photos que cela est toujours possible sur demande mais qu’en raison des abus, notamment de certains journalistes ou de la prolifération des photos livrées au pillage du net, j’ai dû mettre -un peu-, le hola, avec l’aide de Sergio. ceci ne concerne en rien mes amis.

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La mère des milliers ( Kalanchoe daigremontiana, « Mother of Thousands » une plante grasse de la famille des succulentes), vous connaissez? certes elle est un peu défraîchie, car elle fleurit depuis les premiers jours du printemps mais avec sa longue tige et ses fleurs au sommet, elle est soit un point de chute, soit un endroit où m’accrocher lorsque les intrus s’annoncent.

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Lui et ses congénères arrivent en faisant du bruit, des ombres et ils veulent me voler ma nourriture alors, complètement tétanisée…

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je m’accroche comme je peux à cette bonne mère des milliers.

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même si ça balance comme par grand vent

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Ce jour-là, moi, Crapouillette 1 ou 2, j’ai eu si peur que je me suis réfugiée sous la table après avoir lâché la mère des milliers!

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Allez-vous le croire? ELLE a fait le ménage à grande eau car nous nous oublions parfois et elle n’a pas remis la boîte à sa place sur l’étagère! Quelle étourdie! Nous avons cherché la nourriture partout, même dans les pots de fleurs et la boîte était sur la table!

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C’est mieux sur l’étagère, non? Cachée derrière le bégonia qui s’en va rejoindre le plafond,je peux prendre tout mon temps.

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Et je m’envole, mais je reviendrai bientôt, moi ou bien l’autre moi ou bien la crapouillette 1 ou bien la dernière Crapouillette qui a peur de tout sauf des humains et qui prend son temps dans la boîte…excepté si les intrus arrivent! Ils sont même venus me voler mon bout de noix dans le rosier: j’ai tout abandonné car je sais qu’ELLE a tout vu et qu’elle m’en préparera d’autres: en tout petits morceaux s’il vous plaît!

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Vous connaissez leur dernière invention? UN PERCHOIR! Pour se poser en douceur, se balancer ou attendre son tour! Il paraît qu’ils ont même pensé à nous donner des tickets! En attendant, que je sois Crapouillette 1 ou 2 ou mésange confirmée, j’adore me balancer, surtout quand ELLE a posé son appareil photo et qu’elle a les mains mouillées!

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Photos Maïté L

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Le geai commence à explorer les lieux. Alors que durant la saison froide, il venait aux alentours du chêne chercher des glands, il se familiarise avec le jardin. Il a essayé la baignoire favorite du merle et a fini par trouver, au pied du chêne, un bain qui lui est personnel: dans une jardinière allongée où il  prend ses aises. Seule la tête dépasse et il écoute mon discours: je lui dis qu’il est beau, surtout quand il choisit de se percher sur un pot assorti aux couleurs de son plumage.

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Un geai…Deux geais: voilà le couple; mais madame geai est plus méfiante et je n’ai pas réussi à les prendre les deux ensemble. Madame geai semble apprécier le mur des voisins qui attend…depuis la tempête d’être réparé! Elle surveille ainsi le bain de son compagnon qui lui a également trouvé une boîte avec des cacahuètes! Il adore mais ce n’est pas facile avec son gros bec de les saisir! Il martèle la boîte , qui une fois renversée livre tout son contenu!

Monsieur geai est connu pour sa petite mémoire. Contrairement aux écureuils, il cache ses provisions par prévoyance…mais oublie ses cachettes et ne les retrouve  que par hasard!

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Bonjour monsieur le geai!

Vous avez osé vous approcher de la maison et l’Homme se trouvait là! Il vous a immortalisé!Si vous saviez quel plaisir vous nous faites!Pour la peine, nous vous aiderons cet automne: nous ferons des petits tas de glands ici et là.

Vous voyez, nous affinons notre aide car conscients que les glands sont votre nourriture favorite, nous les avions laissés et maintenant, il a poussé des petits chênes partout: nous devons les arracher, mais ce n’est pas grave, nous saluons les fleurs et les arbustes et à l’occasion, nous pensons à vous!

Vous n’avez pas fini d’explorer le jardin et vous semblez aimer vous percher sur la remorque! C’est donc là que vous trouverez de temps à autre quelques gâteries sous forme de glands ou de cacahuètes. Malheureusement il faudra vous dépêcher à les prendre car les mésanges voient les cacahuètes partout où elles se trouvent!

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Dites, monsieur geai: quand nous montrerez-vous votre huppe?

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Les deux dernières photos sont de J.L

La mésange :

une vue de lynx, beaucoup d’intelligence  et une vie de mère nourricière d’enfer !

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Revenons vers le prunus, où le nichoir fabriqué maison, orienté vers l’est, nous avons attendu, attendu et même désespéré de le voir habité. Un jour, n’y tenant plus, nous l’avons ouvert : un nid était à l’intérieur. Nous avons prestement refermé en espérant ne pas avoir découragé la mésange.

Nous avons  aimé le moment où pour la première fois nous avons vu une mésange rentrer dans le nichoir comme une fusée, avec dans le bec quelque lichen.  Les jours suivants, il y eut des tas d’allées et venues puis  tout mouvement apparent cessa. Silence radio. Nouvelle inquiétude. Et puis, le ballet du nourrissage s’est mis en place et nous avons entendu enfin  des gazouillis discrets.

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LA mésange elle aussi s’est familiarisée avec les lieux. A l’automne, elle s’est d’abord alimentée exclusivement  en position acrobatique classique au cylindre de cacahuètes et puis elle s’est aperçue de l’existence d’une réserve de graines et boules de graisse  sous la véranda. Donc elle est venue dans l’intention de prélever directement à la source non sans avoir tenté d’ouvrir devant nos yeux incrédules un  pot ou de percer un emballage en plastique.  Par conséquent, avec notre complicité amusée,  un nouveau restaurant en  libre service pour mésange astucieuse  a ouvert.

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D’ailleurs,  la mésange  servant d’exemple et a été suivie au fil des mois, sur la table, par un rouge-gorge, puis par  notre  merle préféré ; ensuite, nous avons eu la visite d’un bébé merle tout ébouriffé,  qui semblait bien penaud et qui penchait la tête pour mieux observer comment maman mésange s’y prenait. Il a, en penchant la tête, regardé comment faisait maman mésange, puis il pris lui aussi une graine et est reparti d’un vol encore incertain… tandis que les  pinsons du printemps piaffaient d’impatience trouvant la place prise.

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Du côté du nichoir, fin avril, ça pépie. Nous sommes frustrés de ne pouvoir suivre en direct l’évolution des becs que nous imaginons toujours largement  ouverts. Après avoir repéré les moments du nourrissage, l’Homme a placé l’appareil photo en position caméra sur un dispositif spécial fabriqué à partir d’une échelle : L’essai n’a pas été concluant : pour 23 mn de film, la mésange n’a fait qu’une entrée et sortie du nichoir à partir de la 21ème minute! Mais il faut voir l’Homme s’approcher parfois du nichoir à pas de velours et écouter les tendres gazouillis des bébés afin d’essayer d’évaluer leur nombre.

Depuis la remarque d’une amie, je me suis penchée sur le sort de la mésange. J’ai un peu revu à la baisse son rôle de femelle surexploitée ! Il se peut en effet qu’elles soient un couple mais difficile de le prouver. Au comportement,  je dirais qu’UNE  est plus hardie et vient volontiers sur le rebord de la fenêtre où j’ai mis les graines pour elle. Elle part ensuite dépiauter sa  graine sur le rosier, tandis que l’AUTRE file directement sur le lagerstroemia placé un peu plus loin et est plus méfiante : il faut dire que lorsque je fais la cuisine, une vitre seulement nous sépare. Ma distinction entre mâle et femelle s’arrête là avec cependant l’impression que j’ai plus souvent affaire à la femelle.

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En ce moment, il y a de l’énervement dans l’air. Ce matin j’ai pourvu abondamment verre et sous-pot en graines de tournesol; mais voilà que les pinsons, sont de plus en plus nombreux à venir se goinfrer. Hier la mésange était marrante à voir car, avec la pluie, elle s’ébrouait avant de se ravitailler, mais ce matin ce n’est pas la même chanson: elle choisit ses graines et en met partout! Comme les pinsons! Mais je rêve ! Ils deviennent difficiles ou quoi! Je dois faire un grand nettoyage de la table chaque jour car il y a des graines, des enveloppes, des crottes partout: dessus, dessous et entre les lattes de bois de la table! Alors je sens que je vais me fâcher ! L’Homme dit que les petits énervent leur maman mésange ! Ah moins que ce ne soit le temps orageux! Ou bien les pinsons copieurs! Enfin, rien ne l’arrêtant, elle vient maintenant chercher les graines sur le rebord de la fenêtre! Tout juste si elle fait mine d’avoir un peu peur! Bon la nuit tombe et tout ce petit monde est couché. Les oisillons affamés se sont tus. Il y aura un répit jusqu’à demain matin!

Car, oui, ce soir, J’ai fini par me fâcher à cause du tri fait par ces « enfants gâtés » et j’ai sévi: les pinsons ont désormais leur nourriture dans le jardin et j’ai mis les graines pour les mésanges dans des couvercles, plus accessibles sur le rebord de la fenêtre. La mésange vient de zinzinuler tout près de moi: cette fois-ci, on ne peut croire à un hasard! Récemment, elle a été enfermée dans la maison et lorsque je suis entrée, la pauvre bête voletait partout. Plus morte que vive, je lui ai progressivement ouvert les portes en lui expliquant ce que j’étais en train de faire. Elle s’est calmée, s’est posée sur le haut du buffet et a attendu avant de retrouver sa liberté. Le lendemain, en venant comme chaque jour se poser rituellement sur une lampe qu’elle semble avoir adopté comme terrain d’atterrissage, par deux fois, alors que j’étais dans ma cuisine, elle a chanté à gorge déployée avant de prendre une graine .J’avais déjà pris ce chant inhabituel  à cet endroit, comme un remerciement. Je persiste, ce soir, à croire aux échanges complices avec les oiseaux de nos jardins.

L’Homme a pitié de LA mésange, surtout depuis qu’il a appris qu’en deux nichées par an, elle peut avoir jusqu’à 12 petits. Il suggère même qu’il pourrait l’aider: pour lui éviter des voyages,  il pourrait dépiauter les graines de tournesol et les déposer près du nichoir! Elle aurait moins de chemin à faire pour accomplir son rituel : quelques mètres évités pour venir jusqu’à la véranda, et gain de temps. Voyez plutôt : elle sort en trombe du nichoir, se perche sur le prunus, se pose le plus souvent sur la lampe, puis prend sa graine, va dans le rosier pour la  décortiquer et repart vers le nid. Les cacahuètes c’est pour elle ; Les graines autres, pour les petits et en plus il lui faut chercher des insectes dans le rosier, dans le lierre  et au sol! Quel rythme d’enfer et cela de la pointe du jour à la tombée de la nuit !

L’Homme  en est venu à la conclusion qu’il ne se verrait pas père de quintuplés….

Notre rôle d’humains inclut aussi la surveillance contre les prédateurs ;  car l’autre matin, en me réveillant, j’ai encore vu le chat noir des voisins à la fourche du prunus. Vous auriez vu ses yeux ronds, sa tête pateline ! il lorgnait à la fois vers le nichoir où ça piaille beaucoup et dans ma direction! Il devait saliver à l’idée d’un possible festin ! Mon sang n’a fait qu’un tour! J’ai bondi comme une furie mais il avait déjà filé. Faudra-t-il barbeliser le prunus  pour assurer les premiers pas des petites mésanges? Nous sommes fin avril : verrons-nous ces dernières lors de leur premier envol,  ce qui ne saurait tarder?

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En effet, cela n’a pas tardé. Nous avons d’abord aperçu un bec puis une tête par le trou d’accès, puis une tête curieuse et la petite mésange aventureuse a dû tomber du nid car j’ai failli l’écraser dans l’herbe.

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Première remise au nid par l’Homme qui sera suivie de trois autres avec la peur qu’un chat soit plus rapide que nous. Visiblement la pauvrette n’est pas encore prête à s’envoler mais râle chaque fois  qu’elle se retrouve dans le nid ! Avec ses pattes écartées sur lesquelles elle tient à peine, son bec bordé de jaune et son duvet sur la tête, l’Homme l’a surnommée Crapouillette ! Il est probable que Crapouillette-qui-veut-voir-le-monde va récidiver ! Dans chaque nid y a-t-il un élément hyper actif, pressé de prendre l’air à ses risques et périls ?

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Le surlendemain: plus rien! Silence radio! Les mésanges sont parties sans dire au revoir! Les deux semaines au nid étaient écoulées, mais les pauvrettes sont parties au moment où le temps se mettait à l’orage. Le nichoir des mésanges est vide! Les parents ont-ils profité de notre absence pour sortir la famille du nichoir ?
Le ballet de nourrissage par les parents est terminé ; mais nous avons la visite plusieurs fois par jour des parents mésanges sur le rebord de la fenêtre : ils viennent chercher quelques graines de tournesol,  des cerneaux de noix et une noisette coupés en petits morceaux.

Après réflexion, nous ne savons plus si nous avons eu raison ou tort de remettre Crapouillette dans le nid: le temps de découvrir le monde était sans doute arrivé pour elle. Crapouillette était-elle une nichée de crapouillots qui faisaient leurs essais d’envol! Nous les humains, en voulant trop bien faire ne comprenons pas toujours les signaux.

Y aura-t-il une autre couvée d’ici l’été ?  Ou bien l’année prochaine ? Nous l’espérons.

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Cette chronique terminée fin avril aura une suite car l’aventure continue.

Textes et photos Maïté L

et ceci étant une affaire de famille, les mosaïques sont de J L

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