Utopie/ Le chemin des grands jardins

mai 10th, 2016

ENTRE AVRIL ET MAI 16 015

ROGER DAUTAIS/ UTOPIE

lundi 2 mai 2016

*

« L’envie d’une belle lumière capable de tout réparer » Roger Dautais

UTOPIE

Une île… Toute l’île de vert parée

 Où tout recommencerait.

Zéro… Zéro… Une étincelle… Et puis le départ donné

 À l’offrande de mains jointes

À l’île de mousses sauvages

 Au rêve d’écumes vertes douces, douces

 Cadeau aux mains offertes et puis,

 Au centre de tout :

Trois petits œufs

Trois petits yeux

À l’abri de la contamination

Un berceau là… Ailleurs… Nulle part où aller bien loin

Juste se blottir tout contre la falaise

Primitive, pour imaginer une Cité

À reconstruire de un à trois pas de géant.

 Avec des étoiles dans les yeux : ça pétille.

 Avec des étoiles dans le nid : ça frétille.

Dans le sillage des branches, une

 Balancelle coup de pouce au rêve et

Du lierre de la bouche au cœur

 Jusqu’au berceau silencieux des commencements.

Point zéro… Tout l’avant est effacé.

Sourire surgi d’entre  les paumes ;

Et de la chaleur de la couvaison du rêve

À l’utopie grandissante, galopante,

Sur la portée des brindilles, trois notes

Sur celle des lichens, symbiose des matins du monde mais

Pairs, mer oubliés : il faut apprendre à monter à bord du rêve,

 Flotter sur le renouveau de l’île où la vie éclot.

 Pour une vie de lumière, une orgie de lumière, un bain de jouvence où

Trois points cerisent à l’abri du vent

Dans la pouponnière des idées.

Du silence qui nous veloute le regard  naîtront des projets

De partage, d’amitié, de rêve, de tolérance

Dites-moi que plus rien ne sera ourdi contre Nature

Sans notre consentement éclairé :

Les feuilles des mortes, les instincts de chute

Les doigts noueux de terre, le ciel à teneur de plomb

Les terres inhospitalières où règne la terreur.

Ici… Nous serons heureux

Heureux comme la pluie d’harmonie qui veille

Quand veillent les reflets rouge ardent.

Trois dans un nid enfantent leur à venir

Suivent la course du soleil sans crainte

Bientôt sans frontières pourront rêver.

Hors le nid… Essaimer. Et… s’aimer ?

Maïté L

 

Corps infinis/ Le chemin des grands jardins

avril 22nd, 2016

TERRE-MER ( BIS ) AVRIL 16 001

Roger Dautais/ Corps infinis

samedi 16 avril 2016

*

GUILLEVIC/Etier, dans le  poème Encore

 

…« Comme si c’était modeste

De réunir en soi

Limites brisées,

Indiscernables,

 

Le temps de la mer

Et l’eau de l’instant

*

Ainsi donc

Tant que tu pourras,

 

Tant que la lumière

Te portera.

 

Celle des horizons,

Celle des regards.

 

Celle qui vient des pierres,

Celle qui vient des mains. »

 

***

En écho de ma part

en résonance avec Éliane Biedermann semble-t-il

dont Roger a choisi un poème.

à Roger Dautais

 

Une évidence :

Cela venait du nuage

Complice… chapeautant

L’infiniment bleu

L’effort solitaire

Le silence attentif

Cet entre-deux.

Soudain,

Une passerelle de ciel

Cueille à l’infini le regard

L’embrume ou le mouille

Corps céleste ou le vide

Comment savoir ?

Cheminant dans un jour nouveau… la pensée s’égare.

Dans tes bras, comme tes enfants

L’un après l’autre venus,

Frottés au front de la mer,

Galet après galet

chacun… de l’arrondi à l’aplati vibre

Du poli au rugueux , toujours l’emprise

Chacun pulse son langage … les bruits de leur cœur

Contre ton cœur,

Irradiant… pierre… soleil… lumière

Après froid… détachement… distance,

Chaque galet-sirène t attirant, tu répondis.

Ils furent  portés à bras-le-corps

Jaugés…hissés…vrillés…apprivoisés…montés sur mamelon.

Le sein offert à la vie nouvelle

Offrande de mousse : laitance de vie, elle

Fait partie du voyage

De millénaire à l’infini.

Puis un simple collier de nuages et

L’horizon aime la perfection,

Comme cela, mine de rien.

J’entends… J’entends

Un cri sans cesse recommencé

Une chanson du passé

Millénaire,

Une chanson infinie qui porte

Haut et fort le renouveau.

Nous sommes à côté de l’alphabet

Nous sommes hors de portée du cri

Nous sommes ce que nous sommes

Nous,

A côté de ces signes ténus… Bientôt Nus

Dans cette contemplation finale… Un

Vertige devant  la verticale, une

Certitude ou interrogation, c’est selon.

La ligne de vie qui prolonge tes bras

De mousse et de galets, infinis ces

Corps résonnent… Ils suintent la flamme…

Infinis car sans cesse recommencés

Offerts à l’écho… à la parole… aux mots

Infinis…& infinis les corps issus de la vie.

Maïté L

Au bord du ruisseau

avril 1st, 2016
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un lieu de souvenirs

*

A ma grand-mère maternelle

Au bord de la rivière
Nous nous sommes assises
Le temps d’un pique-nique.
L’ombre était généreuse.
Tu l’étais aussi.

*

Au bord de l’eau
Noire et impénétrable
Nous nous sommes allongées
Le temps d’une sieste
Le soleil jouait à cache-trouve
J’y jouais aussi.

*

Au milieu de l’herbe
Verte et drue du regain
Refuge des petites bêtes
J’ai apprivoisé un grillon.
Il chantait doucement,
Je chantonnais aussi.

*

Puis sur nos bicyclettes
Nous avons repris
Les chemins des noisettes.
Tu étais ivre de travail
J’étais repue d’air pur.

*

Le soir est tombé
La chaleur aussi
J’ai frissonné d’enfance
Et de plaisir
Tu m’initiais à la vie
Je forgeais mes souvenirs.

Maïté L

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comme un pont entre deux mondes.

 

Si grand-mère …

mars 5th, 2016
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Trois brins de souvenirs…

 

Si Grand- mère…
se courbe vers la terre
c’est qu’elle sait ses jours comptés.
Et si grand mère prend le temps de regarder à terre ce qui grouille,
ce qui fourmille,
c’est parce qu’elle se souvient du temps ou elle pouvait donner du temps au temps;
Et nous , enfants et petits enfants si pressés
quand regarderons-nous notre mère grand?
Que ne donnerait-elle pour un sourire d’enfant
pour un sourire d’adolescent?
Et si Grand mère se souvient
si elle joue à saute-mouton
vers son passé
c’est pour mieux nous passer
le flambeau.
Pour que nous ne puissions dire:
« si j’avais su…Si j’avais pensé…
j’aurais écouté les histoires du passé celles qui nous mènent d’hier jusqu’à demain »
celles qui font dire à mère grand
« de mon temps. »..
et là nous aurions bâti ,
assis nos racines
sur des trous,
sur des oublis…
mais quelle importance
puisque grand mère nous conduit
à travers champs
sur le chemin de l’histoire
sur le chemin
de SA sérénité.

Maïté L

©

Si_grand_mere[1]…

Ma grand-mère a disparu depuis bien longtemps mais son souvenir est toujours là , dans mes pensées, mes ressemblances avec elle et dans le diaporama élaboré il y a bien longtemps par Monique que je remercie.

Le pouvoir des mots et de la langue

février 5th, 2016
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Le soir sur la façade de la Bibliothèque de Mériadeck: la signature des « 3 M »

« Depuis quelque temps, les accents grognaient. Ils se sentaient mal-aimés, dédaignés, méprisés. À l’école, les enfants ne les utilisaient presque plus. Chaque fois que je croisais un accent dans la rue, un aigu, un grave, un circonflexe, il me menaçait.

-Notre patience a des limites, grondait-il. Un jour, nous ferons la grève. Attention, notre nature n’est pas si douce qu’il y paraît. Nous pouvons causer de grands désordres. Je ne prenais pas les accents au sérieux. J’avais tort. »

La révolte des accents Erik Orsenna

 

LA RÉVOLTE DES ACCENTS

ERIK ORSENNA de l’ACADÉMIE FRANÇAISE/

Stock

*

Sur fond de réforme orthographique partielle, montée en épingle ou portée à la connaissance de chacun par des journalistes semeurs(friands?) d’alertes, il est bon parfois de revenir se plonger au pays des mots et dans la belle langue qui est la nôtre.

Certes son apprentissage est ardu, riche en sensations mais nous assistons souvent aujourd’hui à une sorte de débâcle, un nivellement par le bas.

Face à la querelle de l’accent circonflexe, ne vaudrait-il pas mieux remonter le cours du temps dans l’histoire de la langue pour donner du sens au « chapeau chinois » de notre enfance ?  Avec lui, les homophones  s’y comprennent par le recours à la langue écrite. Lui, l’accent circonflexe, l’objet de toutes les attentions, est apparu au XVIème siècle et s’est normalisé au siècle suivant. Il est aussi le témoin d’une langue dérivée du latin et peut remplacer une lettre disparue, un « s » ou bien une autre lettre encore : une lettre affaiblie, disparue, rappelée par l’accent circonflexe. Mais pas seulement…

Je garde pour ma part le souvenir de belles découvertes de la langue française et j’éprouve de la reconnaissance pour tous ceux et celles qui, instituteurs ou professeurs de collège, de lycée ou de l’enseignement supérieur m’ont permis d’étudier dans le plaisir, le vocabulaire, la grammaire, les conjugaisons, la phonétique, les analyses logiques, la littérature ; puis il y eut ceux qui ont nourri mes réflexions sur la langue et m’ont donné les moyens d’éveiller les enfants aux plaisirs de l’apprentissage de la langue, aux plaisirs de la lecture.

Mon désarroi est bien plus profond encore, devant notre langue écorchée, malmenée où le futur se dissout dans le conditionnel et surtout devant un « franglais » où l’anglais est devenu dominant,  le français prenant la place très inconfortable du dominé.

En prenant de l’âge, j’éprouve la désagréable sensation personnelle, d’employer la langue en sous-régime, avec un corpus de mots restreint par rapport aux si riches possibilités qu’offre le français. Heureusement, je rencontre sur ma route des amoureux de la langue, des anonymes et d’autres dont je peux lire les blogs et puis le plaisir de la littérature ne fait que grandir. Le temps presse : il y a tant et tant à découvrir, lire et relire.

Lorsque je faisais mes premiers pas sur le net, il y a un peu plus d’une dizaine d’années, j’ai tout de suite été sensibilisée à l’emploi du mot juste, par des défenseurs de la francophonie. Pour eux, point de «  bon we » qui était déjà passé dans les mœurs mais « une bonne fin de semaine »… Je compris que nous français, moi la première, étions en train de baisser les bras.

Afin de nourrir la réflexion, je tiens à vous présenter en plus du livre d’ERIK ORSENNA cité en préambule, quatre livres, quatre personnalités complémentaires, qui peuvent nourrir la réflexion sur la langue française : l’auteur d’un essai, une anthropologue , une romancière et un linguiste.

*

De quel amour blessée... Alain Borer

RÉFLEXIONS SUR LA LANGUE FRANÇAISE

ALAIN BORER

PRIX FRANÇOIS MAURIAC 2015

  Sur le bandeau de présentation est écrit : « avis de tempête »

 

Il s’agit d’un essai dans lequel ALAIN BORER, poète, romancier, professeur… amoureux de la  langue avant tout, sème la tempête.

Il s’interroge sur les spécificités de la langue française et déroule sa prise de position avec des mots très durs envers nos voisins, nos politiques, nos concitoyens et nous-mêmes.

Le titre est extrait de Racine :

« Ariane, ma soeur, de quel amour blessée Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »

Comment prendre conscience que notre belle langue disparaît sous nos yeux et avec elle la civilisation qui s’y rattache ? Elle s’efface, sans combattre, au profit de la langue anglaise.

Ce livre érudit, écrit pour des spécialistes délivre cependant son message d’amour à qui voudra se pencher sur ses pages. On y apprend beaucoup dans des chapitres courts, incisifs qui réveillent notre culpabilité avant de nous insuffler l’énergie et la connaissance nécessaires à la défense de la langue.

Nous y apprenons par exemple que la Grande Bretagne a accueilli 37000 mots français à partir du XIème siècle et que l’anglais est du français à 63% !

Segalen disait  à propos des Maoris : «  En perdant ses mots, on perd son âme »

Si vous lisez ce livre, vous ne verrez plus jamais notre langue de la même façon. Et vous vous surprendrez à être  soudain beaucoup plus vigilants… Vous revivrez aussi certains épisodes de notre Histoire avec un éclairage nouveau. Vous apprendrez beaucoup. Vous ne retiendrez pas tout mais l’essentiel sera gravé en vous.

*

Le goût des mots Françoise Héritier

LE GOÛT DES MOTS

FRANÇOISE HÉRITIER

ÉDITIONS ODILE JACOB

Les mots ont un pouvoir : ils peuvent nous sauver. La crise que nous traversons n’est pas seulement économique mais elle est aussi morale et nous vivons dans la morosité.

Afin de retrouver le goût des mots, leur couleur, leur matière et nos étonnements d’enfance face à la langue, FRANÇOISE  HÉRITIER nous convie à puiser dans le trésor des mots avec joie, en explorant plusieurs pistes : celle du mystère, celle de l’imagination qui retrouve une certaine brillance, celle des émotions et des perceptions au plus près de notre corps.

FRANÇOISE  HÉRITIER explore les mots avec délectation, gourmandise, sensualité. Elle crée des listes pour le plaisir et sur plusieurs registres que j’ai eu la joie d’emprunter sur ses pages.

C’est un livre jouissif.Un livre qui invite aussi le lecteur à entrer dans le jeu et à prolonger la lecture avec ses propres mots.

« Je suis entourée de mots dans une forêt bruissante où chacun se démène pour attirer l’attention et prendre le dessus, retenir, intriguer, subjuguer, et chacun aspire à ces échappées belles. Comme si on les sortait de leur prison. On entre dans le domaine de la joie pure. Tous ces mots qui se déhanchent, se désintègrent, ondulent autour de moi et m’entraînent dans la grande ronde de la fantaisie première. Avec le bricolage surprenant et inattendu des figures qui surgissent alors, on entre dans le grand capharnaüm de la liberté créatrice où tout est permis. »

*

Chantiers Marie-Hélène Lafon

CHANTIERS

MARIE-HÉLÈNE LAFON

ÉDITIONS DES BUSCLATS

Là aussi l’amour de la langue éclate à chaque page avec le souci de cerner les idées, les souvenirs, les émotions avec les mots justes. L’écriture est généreuse, joyeuse, précise, fluide. C’est la danse des synonymes, notamment chez les adjectifs. MARIE-HÉLÈNE LAFON nous régale d’une belle langue classique et cependant si actuelle, si ancrée dans la chair.

Chantiers signe un corps-à-corps avec l’écriture, un ouvrage sans cesse remis en chantier et qui aboutit à des livres ouverts au monde.

Chantiers : un petit livre précieux à lire et relire.

*

Le Voyage des mots Alain Rey

LE VOYAGE DES MOTS

ALAIN REY

De l’Orient arabe et persan vers la langue française

Calligraphies de Lassaâd Metoui

 

Ce livre m’a été offert par une amie. C’est un très beau livre, un de ceux que l’on ne range pas et dans lequel on chemine dans l’Histoire et l’histoire des mots. C’est un carnet de voyages original qui nous montre les langues en mouvement.

Il est au confluent d’un livre consacré à la langue et d’un livre d’art. En fait il s’inscrit parfaitement dans les deux registres car il s’agit d’une conversation entre le linguiste, lexicographe érudit et le calligraphe qui s’inspire aussi bien de Hartung que de Soulages.

Sur la route des deux cultures, ALAIN REY nous montre comment les mots voyagent et viennent enrichir la langue où ils viennent se poser.

Ma page préférée est celle qui suit les pérégrinations du mot  » houle » à ses origines, avec ses hésitations, ses pistes sûres, et pour finir ses certitudes.

«  La houle est la respiration des mers. Calme, régulière, faible, elle berce ; forte, haletante, puissante, elle menace.

D’où vient la houle ? De partout où le vent souffle sur l’océan. »

Mais d’où vient le mot ? Beaucoup de mots se rapportant à la navigation viennent des pays nordiques mais une autre piste passe par les récits de voyages maritimes, des histoires qui s’y rattachent, prend sa source en Inde, avant de gagner la langue arabe et de nous revenir par L’Espagne. Le mot « houle » apparu en Espagne en 1403 n’est remonté qu’un siècle plus tard chez nous.

Je laisse à ALAIN REY cette note d’espoir citée dans sa préface :

« Cependant les mots ne sont pas des vivants ;ils peuvent s’effacer, mais non pas mourir ».

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Montaigne, Montesquieu, Mauriac

 

OBJETS TROUVÉS sur le chemin des grands jardins

janvier 22nd, 2016

SECOND PAS JANV ( BIS )16 011

« OBJETS TROUVÉS »

un cairn élevé dans le Golfe du Morbihan

une photo que je lui emprunte

une dédicace

de ROGER DAUTAIS à mon intention

sur

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

sur sa route 73, billet du 18 janvier 2016

*

« Nommer chaque chose à part

          est le commencement de tout

Mais dire ce qui surgit d’entre elles

         toujours neuf

                      et imprévu

C’est

          Chaque fois

                       re-commencer le monde… »

FRANÇOIS  CHENG/ A l’orient de tout

 

Juste pour faire mentir avec  l’œuvre de Roger Dautais et avec ALEXANDRE JOLLIEN, ceux qui nous préféreraient « pauvres et muets, sans paroles et sans rêves »

Vous l’aurez peut-être apprécié lors de l’émission LA GRANDE LIBRAIRIE, en compagnie de MATTHIEU RICARD et CHRISTOPHE  ANDRÉ   à l’occasion de la parution du livre qu’ils ont conçu ensemble: « Trois amis en quête de sagesse » L’iconoclaste Allary éditions

***

MES MOTS:

DE LA VIE MINUSCULE A LA VIE MAJUSCULE

OBJETS TROUVÉS

*Dans ce chaos moutonné

Objets Trouvés, êtes-vous une arme

Un lance-pierre à l’horizon

Un va-et-vient du temps

Un passage à la mer

Une respiration en marge

Entre ce qui s’offre

Ce qui se désire

 Et ce qui s’élève

Au gré des courants ?

 

*Celui  qui s’appuie

Sur l’épaule de pierre,

De pierre secourable,

Lui, Sur la tranche hissé

Est-il l’homme de pierre,

Au cœur battant

Ou bien  son compagnon

L’homme de sang

Au galbe si poli ?

Entre nuages et vent

Soumis au cri des bernaches

Danse de plume, danse sa  pierre

Toque le cri des éléments

A coups de becs et d’ongles.

 

*A l’hiver Les Objets Trouvés

Font flèche atout ciel

Au détour d’une moue

Soudain, ils sortent du chaos

 Et se déploient en rêves inassouvis.

Cruauté et violence

N’ont pas dit leurs derniers mots.

*L’homme siffle le début de la partie

Evite  l’affrontement quand pulse son sang.

Les mains usées de tout hisser

Le corps brisé mais

La tête dans les étoiles

Au cirque, le dompteur

Face  aux domptés des  embruns jamais lassés

Offre de clairs échos aux fragances de liberté.

Le chant des paroles rivières, presqu’île ou grève

Lui donne corps, lui redonne vie.

 

*Le chant des baies et des pierriers

Crisse sous les pas

Quand jaillit la lumière, l’impalpable vie

Celle que l’on sent frémir sous la peau

Des mots… Objets trouvés au détour d’un rêve…

Maïté L

Bonne Année 2016

janvier 1st, 2016
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au matin devant chez moi

Aube

Un merle joyeux dans le cerisier a chanté.

Le ciel d’aube de mille feux s’est paré

C’est le premier oiseau de l’année nouvelle

Qui chante, s’éveille et nous offre sa ritournelle

Vois ce premier matin d’orange et de miel

Il est fidèle à notre  rendez-vous annuel

2016  en qui nous mettons tous nos espoirs…

Qu’importe ! Le merle a chanté sur son perchoir

Une pensée pour tous ceux et celles qui souffrent

Qu’ils trouvent ici un peu de réconfort au bord du gouffre

Un peu de douceur, une main tendue, un sourire

Un peu de poésie, un soupçon d’avenir, la force d’écrire

LA VIE.

Maïté L

 1er janvier 2016

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dire  » bonne année » c’est souhaiter le meilleur à chacun du fond du cœur

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Je vous souhaite le meilleur, dans la lumière.

Une pensée particulière pour une de mes fidèles lectrices, Anne qui est dans la peine et dans le chagrin.

Une pensée particulière pour Colo, afin que 2016 soit gaie, pétillante et sans les soucis de 2015.

Une pensée pour chacun et chacune d’entre vous.

Une pensée pour le monde comme il va.

Maïté

Un printemps en hiver

décembre 21st, 2015
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le sable muselé?

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pas à pas la mousse

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petit poisson et main secourable

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si légère

Un printemps en hiver

Une bulle douce – Un chuchotis à mon oreille

Sur le chemin de la dune – Sur le bois qui bat la cadence

Chaud le sable emprisonné s’enfonce – Les pas dans les pas

Puis le roulis, la mer bigoudi- la mer sourire, la mer à découvert

Du bleu – Ciel mon hiver- Ce sera demain sur le calendrier

Et puis caresser les couleurs- Goûter les odeurs

Sur la palette des bleus- Le ciel -La lune s’invite sur la portée

Des tracés – les lignes des avions- Recti- Lignes

Et fauve la mer- si petit poisson abandonné –La  marée

S’en est retournée sans lui- Remis à l’eau : se sauvera-t-il ?

Ballet limicole, les gravelots en tenue de neige

Glissent, courent après le ressac- Minuscule vie

Doux le fil de la mousse brillante-Abandonnée, bousculée

Les pas sur le sable- à perte de vue-Se perdent dans la brume

Léger le temps du rêve –le soleil baisse déjà à l’horizon

Vif argent du contre-jour- Au retour je marche à l’envers

Du décor  –Uniformément lumineux- Argent du soir

A l’endroit, la mer s’émeraude au creux des boucles

Se brise, explose en écume lointaine- très lointaine

Les vagues du jour-Calme la marée s’efface

Sauf si elle nous rattrape par le mollet- Sauf si je l’oublie

A écrire l’hiver sur le sable-Calligraphie du jour

Mon amie la plume-De mer- D’oiseau –Quel oiseau ?

L’oiseau de mer ? L’oiseau de terre ? L’oiseau de papier

Dans le ciel- S’envole- S’en va l’oiseau de terre

Fin du roulis- S’efface sur le sable, l’éphémère calligraphie.

Dans la tête, Noël au printemps, L’hiver et la marée

La marée, je l’ai emportée – Sur les lèvres- Au fond du cœur.

21 décembre 2015

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bleus de ciel, bleus de mer, brume douce mousse

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à la pêche

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à la course

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un printemps en hiver.

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Hep! Père Noël c’est par ici les petits souliers!

Oradour-sur-Glane: Les poètes disent l’indicible –3–

décembre 8th, 2015
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le cheminement sans fin de l’horreur

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des hommes

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des martyrs

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sur le chemin de la barbarie

La littérature a toujours été une arme de résistance, un moyen de se retrouver autour d’idéaux communs. Plus que jamais, il me semble important d’écouter la voix des poètes, des écrivains, qui ont vu, ou bien d’hommes  qui comme Boris Cyrulnik nous mettent en garde contre le fanatisme,  « la soumission euphorisante » et les catalogues « de mots à réciter sans penser ».

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l’éducation , la culture contre l’obscurantisme

*

Un poème  qui prend toute sa force lorsqu’on le lit à haute voix:

Oradour

« Oradour n’a plus de femmes

Oradour n’a plus un homme

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus de pierres

Oradour n’a plus d’église

Oradour n’a plus d’enfants

 

Plus de fumée plus de rires

Plus de toits plus de greniers

Plus de meules plus d’amour

Plus de vin plus de chansons.

 

Oradour, j’ai peur d’entendre

Oradour, je n’ose pas

approcher de tes blessures

de ton sang de tes ruines,

je ne peux je ne peux pas

voir ni entendre ton nom.

 

Oradour je crie et hurle

chaque fois qu’un coeur éclate

sous les coups des assassins

une tête épouvantée

deux yeux larges deux yeux rouges

deux yeux graves deux yeux grands

comme la nuit la folie

deux yeux de petits enfants :

ils ne me quitteront pas.

 

Oradour je n’ose plus

Lire ou prononcer ton nom.

 

Oradour honte des hommes

Oradour honte éternelle

Nos cœurs ne s’apaiseront

que par la pire vengeance

Haine et honte pour toujours.

 

Oradour n’a plus de forme

Oradour, femmes ni hommes

Oradour n’a plus d’enfants

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus d’église

Plus de fumées plus de filles

Plus de soirs ni de matins

Plus de pleurs ni de chansons.

 

Oradour n’est plus qu’un cri

Et c’est bien la pire offense

Au village qui vivait

Et c’est bien la pire honte

Que de n’être plus qu’un cri,

Nom de la haine des hommes

Nom de la honte des hommes

Le nom de notre vengeance

Qu’à travers toutes nos terres

On écoute en frissonnant,

Une bouche sans personne,

Qui hurle pour tous les temps. »

Jean Tardieu, Les Dieux étouffés (1944)

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l’acharnement

*

« Nous n’irons plus à Compostelle

Des coquilles à nos bâtons

A saints nouveaux nouveaux autels

Et comme nos chansons nouvelles

Les enseignes que nous portons

 

Que nos caravanes s’avancent

Vers ces lieux marqués par le sang

Une plaie au coeur de la France

Y rappelle à l’indifférence

Le massacre des Innocents

 

Vous qui survivez à vos fils

En vain vous priez jour et nuit

Que le châtiment s’accomplisse

Et la terre en vain crie justice

Le ciel lui refuse la pluie

 

O mamans restées sans amour

Sur les tombes de vos héros

La même lumière du jour

Baigne les ruines d’Oradour

Et les yeux vivants des bourreaux

 

Aux berceaux d’Oradour demain

Pour qu’on ne revoie plus la guerre

Semer la mort comme naguère

Dans le monde entier se liguèrent

Près d’un milliard de cœurs humains

 

Que la paix ouvre enfin ses vannes

Et le peuple dicte ses lois

Nous les faiseurs de caravanes

T’apportons Oradour-sur-Glane

La colombe en guise de croix . »

 Louis Aragon Juin 1949

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même l’église a l’air effrayée

*

Parce que…

« Devenir lecteur c’est oser rencontrer quelqu’un qui n’est pas comme soi et qui me fait découvrir un autre monde. Alors je peux découvrir le monde d’une  autre civilisation, d’une autre pensée et je me mets à douter et le doute c’est le premier pas vers la liberté… »

Boris Cyrulnik /  émission La Grande Librairie, juste après les attentats.

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comme des pics de mémoire, des pieux enfoncés dans notre chair.

Après la visite d’Oradour-sur-Glane, après les attentats, j’ai cherché, comme beaucoup d’entre nous à comprendre. Allais-je relire  Yasmina Khadra et « Les sirènes de Bagdad « ? Mon choix s’est finalement porté sur  « La Peste » de Camus, dont je veux ici donner à méditer la conclusion :

“Écoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait, où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse.”

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une porte d’avant la Révolution.

 La victoire sur un fléau n’est jamais définitive. La racine du mal n’est jamais éradiquée d’où l’importance pour chacun d’entre nous  d’accomplir notre devoir de mémoire :

 » La mémoire est une chambre noire dans laquelle se joue l’histoire, et tente, aujourd’hui, de se faire un peu de jour. Sur le lieu de l’impensable, tout regard est une question. Voir Oradour, c’est prendre sur soi un peu du poids de l’histoire. Ainsi vont les visiteurs dans les ruines.

Gilles Plazy, journaliste, écrivain

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au début du champ de foire

Pour qu’il ne reste pas que des ombres…

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L’arbre fièrement dressé ne meurt pas, le souvenir non plus.

*FIN*

VIGILANCE.

 

Oradour-sur-Glane: que le silence des ruines est lourd! –2–

décembre 4th, 2015
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des ruines et des carcasses rouillées

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« La vie ne vaut peut-être rien mais rien ne vaut une vie »

André Malraux

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la première maison aperçue

On peut passer la journée à Oradour-sur-Glane et encore n’arrive-t-on pas à tout voir. Pas étonnant que le billet soit valable toute une journée.

Nous consacrerons l’après-midi à la visite du village martyr auquel on accède par un long couloir en sous-sol.

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destruction systématique

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« Les déportés , les massacrés n’ont plus que nous pour penser à eux . Les morts dépendent entièrement de notre fidélité »

*

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Le ciel est si bleu même dans les trous béants des fenêtres

Il fait chaud. Une sorte d’été indien qui nous rend incrédules ;ce ciel bleu sans aucun nuage pourrait gommer l’émotion, édulcorer la vision. Il n’en sera rien. On entre dans le village comme on entre dans les cimetières militaires près des plages du Débarquement ou ailleurs en France : avec respect, en sachant ce que l’on va voir mais sans jamais mesurer toute la force de ce qui s’y trouve. Pourtant le film nous y avait préparés. On entre dans le village martyr en « silence », la pancarte posée près de cet arbre majestueux nous y invite. Puis on progresse pas à pas, on s’avance pour regarder par des semblants de fenêtres ou plutôt des murs en cratères.

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silence

Des arbres comme celui de l’entrée,  il y en aura. Ils semblent avoir pris de la place, s’être étoffés au fil du temps pour rendre hommage à ceux qui les ont plantés. Ils sont la vie, les seuls êtres vivants qui se souviennent avec les rescapés de la vie qui fourmillait autour d’eux. Les arbres ont plus de constance que les hommes : ils se souviennent par exemple de ce champ de foire où furent rassemblés les habitants ; ils poussent même sur les ruines.

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place du champ de foire

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au milieu des ruines

Plus on avance dans les rues du village, plus on imagine la vie de ce bourg prospère organisé autour du train qui le reliait à Limoges et à Saint-Junien.

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une si longue rue

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la pompe à essence et les rails

toutes ces boutiques ! Tous ces artisans. Il y a là des boulangeries, des boucheries, des garages,la pompe à essence, des cafés, des couturières, dentiste  magasin de laine, forgeron, carrier puisatier,  menuisier,  sabotier, courtier…

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un des garages

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un forgeron

Nous irons jusqu’au cimetière  et nous apercevrons le monument construit en hommage aux victimes mais nous n’irons pas plus avant. Difficile quand l’horreur le dispute à l’horreur.

Partout des ruines, des restes de vie arrachée à la machine à coudre, à la faucheuse, à la voiture, au vélo. Beaucoup de machines à coudre, des voitures d’enfants…des carcasses de voiture…

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une des nombreuses voitures

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vélo posé sans doute à la hâte

Nous irons jusqu’à l’église à ciel ouvert…Là où furent massacrés les femmes et les enfants. Insoutenable.

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l’église

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Nous croiserons plusieurs fois les militaires qui sillonnent le lieu de mémoire en silence. Nous échangeons  parfois des sourires jaunes. Une adolescente venue avec sa famille consulte son téléphone et lit des détails  aux adultes attentifs.

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contraste des éléments

Il nous reste à voir encore tout un pan de village, celui qui touche le nouveau village. Je n’aurais pas voulu partir sans voir l’Ecole des Filles et Celle des Garçons un peu plus loin. Je ressens là peut-être la plus immense peine ; je me recueille quelques instants dans des lieux similaires à ceux que j’ai pu connaître dans ma vie d’enfant ou professionnelle à la campagne : la cour, le préau, les platanes et les wc au fond de la cour…

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école des Filles

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silence

Nous terminerons par la gare et nous déclarerons forfait pour le bout de la dernière rue. Que les morts nous pardonnent car nous étions arrivés  au bout du supportable.

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la gare et ce qu’il en reste. Ora pro nobis?

ET POURTANT, nous n’avions pas encore tout vu…Nous avions gardé la visite du puits pour le chemin du retour… Le puits où les SS ont entassé les cadavres. Là, nous avons eu réellement l’impression de marcher sur des êtres vivants. Tout près des deux faucheuses tout juste rouillées…

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le puits de la barbarie

« Hélas ! En ce dix juin , l’homme ivre de leur sang
Brûla les habitants, Oradour et l’enfant .
On jeta dans mon sein des vivants de passage,
Et des blessés fuyant cette horde sauvage ;
Aux affres d’agonie en leurs cris douloureux
Depuis ce jour, ma source…elle appartient aux Dieux.

Aux multiples des temps à chaque décennie
La voix de l’innocent dira l’ignominie.
C’est moi : » Le puits tragique » où se tarit mon eau;
Aux silences des ans, je ne suis qu’un tombeau… »

Poème de L Morlieras qui a perdu une sœur à Oradour

*

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comme si de rien n’était

Restait pour moi à faire des choix pour cette partie du récit de ce qui est une sorte de pèlerinage : j’ai souhaité éviter l’écueil du voyeurisme. Tout le monde photographie mais quelles photos montrer ? Comment faire passer un message sans le risque du « beau » point de vue, rendu « plus beau » grâce au cadrage et au ciel bleu ? C’est l’émotion qui prime, le sentiment de l’horreur.

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encore et toujours

Certains artistes ont été touchés par le massacre d’Oradour-sur-Glane et se sont exprimés avec leurs armes : par exemple

 André Masson a réalisé  «  La Suppliciée » (par le feu)( dessin au  fusain, encre de chine et craie sur papier teinté).

Picasso un  dessin gouaché réalisé je crois dans le Livre d’Or : « L’enfant d’Oradour ».

Fernand Léger a rendu hommage aux victimes par un dessin en 1947.

Marcel Grommaire a réalisé un dessin

André Fougeron a réalisé un diptyque « La vie renaît à Oradour »

*

à suivre avec dans le prochain billet les mots des poètes.