De l’abattement à l’espoir

Il me faut planter le décor de la série de billets qui vont suivre:

Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2009, la tempête Klauss a tué 12 personnes en France et mis à terre 230 000 ha de forêt, soit 60% du massif landais.

Depuis cette nuit-là, après le passage du vent à 130, 140 km/h, les Landes ne sont plus comme avant et j’ai eu, au fil des ans, l’impression de traverser un champ de désespoir, d’où s’était enfuie toute vie, puis un désert, avant de reprendre espoir, afin d’effacer peu à peu le traumatisme.

Mon père, sylviculteur, ancien résinier, était mort 4 ans auparavant. Ma mère était octogénaire. Une montagne de problèmes s’est élevée devant nous. » Nous », c’est avant tout mon mari, sans qui rien n’aurait été possible.

A 84 ans, ma mère a parcouru la forêt avec moi pour évaluer les pertes de plusieurs générations: elle avait, dans son enfance, planté certains des pins à terre.

Nous sommes de petits acteurs de la forêt et notre chance a été de nous regrouper en association, de trouver sur notre chemin des bénévoles qui n’ont compté ni leur temps ni leurs efforts. Sans eux, nous n’aurions pu reboiser.

Nous avons dû apprendre en urgence; nous ne sommes pas toujours tombés sur des gens honnêtes. Cependant, c’était une évidence qu’il fallait reconstituer la forêt pour les générations futures: nous ne sommes que les maillons d’une chaîne.

Notre travail n’est pas terminé mais je tiens à présenter les étapes qui le jalonnent.

Il s’agit aussi d’un attachement à mes racines.

AVANT, c’était comme ça:

la forêt majestueuse

Entre ombre et lumière
un pare-feu

LE VIEUX PAYSAN LANDAIS

Quand le vieux paysan sentait la mort le frôler

Et que la vieillesse, au soir d’une journée

De travail bien remplie, sans aucune force le laissait,

Lorsque la terre nourricière désormais il ne pouvait

Plus venir la labourer… Dans ses champs abandonnés,

Il donnait, une dernière fois, contraint et forcé

La vie dans des sillons de sa main tremblante tracés

A de jeunes plants de pins maritimes destinés

A croître cinquante ou soixante-dix ans bien comptés.

Alors on voyait à ses côtés, dans un élan de solidarité,

Frère, cousin, femme, enfants et voisin affairés,

Ne pas ménager leur peine et contribuer

A passer le flambeau aux descendants à peine nés.

ET juste avant de mourir, le cœur plein de sagesse, apaisé,

Il parcourait une dernière fois ses petites parcelles boisées

Avec dans le cœur, le sens du devoir accompli et la fierté

D’embrasser d’un regard rassuré

Ces terres de sueur qu’il avait tant aimées.

Mais déjà la Terre s’était mise à protester

Et tempêtes après tempêtes déclenchées

Les éléments inlassablement se déchaînaient.

Les mauvaises années se succédaient

Laissant craindre le feu qui tout ravageait

Ou les nuits interminables où les pins s’écrasaient

Dans un fracas d’enfer contre sa porte sans s’arrêter.

Puis vint Klauss et l’horreur jamais égalée.

Aujourd’hui, en passant devant la porte du cimetière déglinguée

J’ai simplement dit, moi aussi résignée,

« Pépé, mémé et papa si vous saviez

Comme d’autres vous perdriez la mémoire des faits

… Ou vous en mourriez »!

Maïté Ladrat/ Landes le 29/01/2009

APRÈS

Volis et chablis
au loin des pins ont résisté

à suivre

à toutes mes lectrices, à tous mes lecteurs

Que chaque jour

 Le rêve jaillisse

Du plus profond

De nous-mêmes

Que le regard s’émerveille

Encore et encore.

Que chaque jour, chaque aurore

Trouve sa raison d’espérer.

Meilleurs Vœux

Du fond du cœur.

« La plus populaire des reines de France a passé ses quatorze dernières années près de l’abbaye où elle est enterrée… »

MARTIN AURELL, historien, médiéviste, spécialiste de l’Histoire des Plantagenêt. Il est LA référence pour beaucoup d’écrivains cités dans mes différents billets. Il a notamment écrit  » L’EMPIRE DES PLANTAGENÊT ».

ALIÉNOR D’AQUITAINE est liée à FONTEVRAUD par sa famille; sa grand-mère Philippa, comtesse de Toulouse était proche de ROBERT D’ARBRISSEL.

Elle y est allée pour la première fois en 1152, au moment où Mathilde d’Anjou, tante d’HENRI PLANTAGENÊT y est abbesse.

Elle y signe alors une charte de son seul nom:

« Moi, Aliénor, par la grâce de Dieu, après avoir été séparée pour cause de parenté de mon seigneur, Louis le très illustre roi de France, et avoir été unie par le mariage avec mon très noble seigneur, Henri, comte d’Anjou, touchée par une inspiration divine, j’ai souhaité visiter la sainte congrégation des vierges de Fontevrault et, par la grâce de Dieu, j’ai pu réaliser cette intention que j’avais dans l’esprit. Je suis donc venue, conduite par Dieu, à Fontevrault, j’ai franchi le seuil où se rassemblent les moniales et là, le cœur plein d’émotion, j’ai approuvé, concédé et confirmé tout ce que mon père et mes ancêtres ont donné à Dieu et à l’église de Fontevrault, et en particulier cette aumône de cinq cents sous de monnaie poitevine que mon seigneur Louis, roi de France, qui était alors mon mari,  et moi-même, nous avions donnée. » 

Petites et grandes donations se sont succédé au fil des ans. Par exemple, à un moment donné, ALIÉNOR confirme la donation de  » 20 livres de Rouen prises sur les revenus du port de Dieppe pour permettre au monastère d’acheter des harengs à la Saint-Michel. »

RÉGINE PERNOUD: « LA FEMME AU TEMPS DES CATHÉDRALES »

*à noter les 3 orthographes du lieu utilisées au cours des âges: Font-Evrault, Fontevrault et Fontevraud actuellement.

ALIÉNOR réside notamment à FONTEVRAUD, idéalement placée au cœur du territoire Plantagenêt, après le retour de captivité de RICHARD CŒUR DE LION de 1194 à 1199, jusqu’à la mort de ce dernier. Mais elle devra revenir vers le monde pour gouverner aux côtés de JEAN SANS TERRE.

Il me reste à partager ici des extraits d’une lecture récente, celle du roman historique LA RÉVOLTE/ CLARA DUPONT-MONOD

(FONTEVRAUD) un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur

« (Fontevraud)C‘est un lieu que ma mère et moi aimons éperdument, un lieu blanc et tranquille posé dans la campagne de Saumur. Depuis toujours Aliénor en prend soin. Elle a prévu une rente pour l’achat des robes des religieuses, offert une croix de procession en or,des ornements liturgiques en soie, lancé la construction des murs autour de l’abbaye. Jean n’avait pas sa place dans cette cité de silence, repliée sur un magnifique jardin. Il y a de longs couloirs en arcades, au solde damier noir et blanc, de hautes fenêtres qui donnent sur les vignes plantées en terrasses.Le toit des cuisines domine l’ensemble, un toit hérissé de piques pierreuses et de cheminées sous cloches, d’où s’échappe l’odeur des poissons fumés. Enfant, je me souviens du silence et de la pâleur de la pierre. L’air semblait immobile, sans un bruit… »

Les cuisines romanes

Cette quiétude, c’était sa part manquante

« Soudain, je me souviens de l’abbaye de Fontevraud, où les moniales mangent sans un mot et sans visage en face d’elles. Rien ne m’avait plus impressionné que ce rituel. Trois cents femmes assises à de longues tables sous une charpente immense, chacune montrant son dos à celle placée derrière elle, dans un réfectoire tourné vers le soleil…J’avais compris l’attachement de ma mère pour cette abbaye. Cette quiétude, c’était sa part manquante. »

les chardons bleus de Fontevraud

« Ma mère… Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu. A mes côtés. On la sculptera couchée, les pieds vers l’Orient. Cette statue se tiendra là, sous des voûtes irradiées de lumière… Entre ses mains, on sculptera un livre ouvert, de pages blanches. »

« Elle reposera à Fontevraud, dans ce calme qui lui ressemble si peu.«  Elle qui eut un destin d’exception et un caractère libre.

Deux fois reine, elle continue à nous subjuguer. Si vous voulez la voir vivre, et c’est absolument magique, plongez dans les deux romans historiques de CLARA DUPONT-MONOD.

Dans le premier, « LE ROI DISAIT QUE J’ÉTAIS DIABLE », ALIÉNOR vit par les yeux et les mots du roi LOUIS VII. Dans le deuxième paru récemment « LA RÉVOLTE« , elle est vue par les yeux et les mots de son fils RICHARD CŒUR de LION. Je trouve ce roman très attachant par son monologue poétique et hautement littéraire: la langue y est belle, comme les sentiments évoqués. La fiction, sous le contrôle d’éminents spécialistes, notamment MARTIN AURELL, ne permet-elle pas de combler les vides, de comprendre ce que fut la réalité d’une femme, d’une famille, d’une époque? De plus la couverture est très belle; on a plaisir à l’effleurer, à rêver. J’aurais aimé que la lecture de ce roman-monologue ne s’arrêtât jamais.

Merci à tous les auteurs cités au fil des billets. J’ai encore tant à apprendre.

Merci à ceux et celles qui m’ont lue jusqu’au bout. Si je suis passionnée par le personnage d’ALIÉNOR, je ne suis ni une inconditionnelle de la royauté, ni ne cherche à excuser les pages sombres de sa vie. Ce qui m’attire, c’est ce destin de femme libre, compte-tenu de la période historique. Je cherche à COMPRENDRE de fil en aiguille…

Récemment, j’ai aussi relu ‘L’HOMME-JOIE de CHRISTIAN BOBIN et il me semble que cette citation trouve sa place ici:

« Les morts sont des gens étranges. Leurs paupières ont la lourdeur des pierres de monastère. On les dirait captifs d’une lecture indéchiffrable. »

Pour terminer je vous souhaite une bonne visite de FONTEVRAUD en suivant le lien:http://www.fontevraud.fr/Visiter-Fontevraud/L-abbaye-Royale-de-Fontevraud-vue-d-un-drone

Le cloître du Grand-Moûtier

ROBERT D’ARBRISSEL (1045-1116)

 L’abbaye de Fontevraud, et avec elle l’ordre du même nom, ont été fondés par une personnalité à part : ROBERT D’ARBRISSEL, issu d’une famille de prêtres de père en fils.

Il avait une voix tonitruante. Et c’était nécessaire car il s’est fait connaître par une tournée de prédication. Il allait sur les routes, suivi par un grand nombre d’adeptes.

Selon lui chacun pouvait accéder au salut et il pensait que ça valait aussi pour les femmes.

Il prônait la chasteté en couchant à côté des femmes. Cela lui a été reproché et a été assimilé à un péché d’orgueil.

en arrière-plan le clocher de l’église abbatiale

En 1095, il devient ermite dans la forêt de Craon (Mayenne)

En 1101, il fonde une communauté qui s’installe à l’abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire), lieu idéalement situé à l’intersection des régions d’Anjou, de la Touraine, et du Poitou.

Mort en 1116, il est enterré dans le Chœur de Fontevraud. Sa tombe se trouve dans une partie non ouverte au public.

Fontevraud, était un monastère mixte, ouvert à toutes les origines sociales, ce qui était assez extraordinaire pour l’époque.

L’ordre de Fontevraud a perduré jusqu’à la Révolution. La règle  a été édictée par ROBERT D’ARBRISSEL et revisitée notamment par Jeanne-Baptiste Bourbon

du côté de la salle capitulaire

LE POUVOIR AUX FEMMES, LA SALLE CAPITULAIRE EN TÉMOIGNE.

la salle capitulaire

En 1115,ROBERT D’ARBRISSEL nomme Pétronille de Chemillé, première abbesse de Fontevraud. Issue de la noblesse angevine, veuve, elle a rejoint la communauté de ROBERT D’ARBRISSELqui la choisit pour diriger l’abbaye mixte.

Depuis le XIIème siècle jusqu’à la Révolution, 36 abbesses se sont succédé.

D’AUTRES ABBESSES qui ont compté:

Gabrielle de Rochechouart

Au XVIIème siècle, Gabrielle de Rochechouart est nommée abbesse par Louis XV. Elle est la sœur de celle qui deviendra la marquise de Montespan, favorite de Louis XIV. Très cultivée, elle correspond avec des écrivains, traduit « Le Banquet de Platon » et fait jouer « Esther » de Racine.

détails du porche de la salle capitulaire

 Marie de Bretagne, arrive à 33 ans à Fontevraud. Elle redéfinit la règle de l’ordre de Fontevraud dans le sens de l’ascèse.

détails

Julie D’Antin, la 36 ème et dernière abbesse est éduquée à Fontevraud dès l’âge de 3 ans. Elle remet au goût du jour les nombreuses fêtes qu’aimait Gabrielle de Rochechouart. Elle devra quitter Fontevraud en 1792 et l’Abbaye est pillée et vendue comme bien national.12 ans plus tard, l’Abbaye est transformée en prison par un décret napoléonien. Elle l’était encore pendant la deuxième guerre mondiale. La prison, une des plus dures de France sera fermée en 1963.

le carrelage de la salle capitulaire

Louise de Bourbon et Renée de Bourbon

1542, sous l’abbatiat de Louise de Bourbon. eut lieu la reconstruction de la salle capitulaire. Les initiales des Bourbon apparaissent sur le sol, sur le porche…

http://www.cite-ideale.fr/la-salle-capitulaire-ou-la-gestion-collective-de-labbaye-royale/

Détails du porche

A noter que sur les 8 filles du roi Louis XV, 4 furent élevées à Fontevraud. Tout comme deux enfants d’Aliénor et Henri II y furent partiellement élevés : Jeanne(future Jeanne de Sicile) et Jean (Jean Sans Terre).

L’abbaye s’étend actuellement sur une surface de 13 ha et des panneaux explicatifs rendent hommage à l’œuvre de ROBERT D’ARBRISSEL sur les hauteurs du domaine qui offrent un magnifique point de vue.

une vue depuis l’espace Robert D’Arbrissel situé sur les hauteurs

 

 

FONTEVRAUD, 27 juillet 2016

Cela faisait longtemps que J’attendais le moment où j’apercevrais l’ABBAYE DE FONTEVRAUD.

J’avais reçu, dans mes débuts de blogueuse, des photos du gisant d’ALIÉNOR d’AQUITAINE, j’en avais vu la réplique au Musée d’Aquitaine,  Alors, je peaufinais ce rêve : aller à FONTEVRAUD.

Et puis, le 27 juillet 2016, au matin, apparut enfin le panneau du village puis bientôt l’ABBAYE.

Enfin!

Au fond, les gisants

En pénétrant dans la nef, devant le gisant d’ALIÉNOR, j’ai été submergée par l’émotion. Heureusement, il n’y avait pas encore grand monde. J’ai eu le privilège d’avoir ce face-à-face avec l’image d’ALIÉNOR d’AQUITAINE, le souvenir d’ALIÉNOR rien que pour moi pendant un temps très précieux. J’avais tant attendu cet instant. J’étais comblée.

Aliénor d’Aquitaine et Henri II

Bien sûr, je ne suis pas dupe. Il ne reste rien physiquement d’ALIÉNOR mais il reste cependant tant d’elle, l’essentiel, entre les murs où elle a vécu et bien au-delà.

Le souvenir des personnes habite les lieux, malgré tout ce qui a pu éloigner l’ABBAYE de sa vocation première au fil des époques. J’ai vibré devant ces gisants, ne pouvant détacher mon regard de celui d’ALIÉNOR si belle, si digne si élégante et fine, si féminine. Le poids des ans n’a pas de prise sur elle, même s’il en a sur la pierre. Il flotte comme un air de sérénité, une infinie tendresse palpable dans un je ne sais quoi de lumière. Notre petit monde a rendez-vous et aura toujours rendez-vous avec cette grande dame, avec ses failles, ses grandeurs et son destin. Unie, envers et contre tout à son deuxième mari, elle repose aux côtés du roi HENRI II ; Le fils chéri d’ALIÉNOR, RICHARD CŒUR DE LION et ISABELLE d’ANGOULÊME, la femme de JEAN SANS TERRE, leur font face.

Richard Cœur de Lion au 1er plan

Isabelle d’Angoulême et Richard Cœur de Lion

ALIÉNOR les éclipse tous : nous n’avons d’yeux que pour elle : Après des siècles, elle nous fascine toujours.

« Le gisant d’Aliénor semble être une des premières représentations en Occident d’une femme à la lecture ». Xavier Kawa Topor, directeur de L’Abbaye royale de Fontevraud de 2005 à 2014.

Il est à noter que le cœur de JEAN SANS TERRE fut aussi confié à FONTEVRAUD.

La journée se poursuivra ensuite avec la visite guidée, puis nous continuerons seuls la découverte de l’immense domaine… Je rapporterai, comme je le fais souvent, non pas un peu de terre mais un petit caillou du chemin.

Le personnage d’ ALIÉNOR a toujours été une source d’inspiration et le poème qui suit s’inscrit dans cette lignée. Il a été composé par JACQUES ROUBAUD, à la suite de sa visite de l’ABBAYE en août 2013. C’est une méditation face au gisant d’Aliénor, à ses yeux fermés, à son livre ouvert, vide. Il invite le lecteur à inventer un livre possible, à méditer sur le néant. Il suit la forme de la sextine.

Les auteurs de l’Oulipo ont été invités à répondre à la question : que lit Aliénor ?

http://www.fontevraud.fr/lelivredalienor/

 

Le livre d’Aliénor, sextine

 

Morte, allongée, Aliénor

Dans ses mains de gisante tient un livre

Je le regarde ouvert devant mes yeux

Appuyé sur deux doigts de chaque main

Mais si tout semble prêt pour la lecture

Sur les pages du livre il n’y a rien

 

Pas un seul mot n’est là, rien

Sur les pages du livre d’Aliénor

Étrange proposition de lecture

Que celle-là, pages blanches d’un livre

Que morte la lectrice eut dans ses mains

Mais qui n’offrent qu’un néant à ses yeux

 

J’observe de près ses yeux

Il me semble qu’ils ne regardent rien

Sous la violence des siècles la main

A perdu son pouce droit, Aliénor

Perpétuellement soutient son livre

Le regard ailleurs, pour quelle lecture?

 

Décidées pour la lecture

Les pages grises de poussière, aux yeux

Vont-elles se remplir de signes? Livre

Qu’un ange saurait à partir du rien

Emplir de lumière pour Aliénor

Et guider vers l’écriture sa main

 

On imagine sa main

Prête à la ‘tourne’ des pages, lecture

De prières, de psaumes qu’Aliénor

Voulait voir toujours offerts à nos yeux

Où ce serait le poème du ‘rien’

Du ‘pur néant recueilli en ce livre

 

Que chacun invente un livre

Qu’il le confie en pensée à ces mains

Qu’il y médite la leçon du rien,

De la mort terminable, et la lecture

En soit proposée silencieuse aux yeux

De la gisante en attente, Aliénor

 

JACQUES ROUBAUD

la place du village

perspective d’une rue

une très vieille porte.

 

 

Le Testament d’Aliénor

 

Début juillet, nous avons assisté à la représentation d’une pièce de théâtre conçue par KATHY BERNARD et SANDRINE BIYI et présentée par la SOCIÉTÉ DES AMIS D’ALIÉNOR.

Je n’ai connu ce projet que tardivement, lorsque la date du spectacle était déjà fixée et ceci grâce à un article du journal SUD-OUEST consacré à KATHY BERNARD et son livre « LES MOTS D’ALIÉNOR ».

J’ai réussi à avoir deux places sur le fil du rasoir, juste quelques heures avant le spectacle et j’en remercie KATHY BERNARD et son équipe. Pour rien au monde je n’aurais voulu rater cela.

Kathy Bernard me dédicace le livre

Après une séance de dédicace du livre *« LE NÉANT ET LA JOIE » à laquelle KATHY BERNARD s’est prêtée de bonne grâce, malgré l’imminence du spectacle, nous sommes entrés dans le noir quasi complet de la salle, entourés de brume propice au rêve.

Dans cette ambiance, seul le gisant « vivant » d’Aliénor captait toute la lumière.

Un petit clin d’œil au gisant d’Aliénor d’Aquitaine de l’abbaye de FONTEVRAUD et à sa réplique au musée d’Aquitaine de BORDEAUX.

Nous étions donc en condition, plongés dans une atmosphère spéciale et quasi mystique, pour un voyage dans le temps entre le Moyen-Âge et l’époque actuelle.

Soudain, Aliénor d’Aquitaine revient à la vie, se lève et tout resplendit. Soudain apparaît Jean Sans Terre, son dernier fils (1166-1216) un personnage que je ne connaissais que dans les grandes lignes et sur lequel je ne m’étais pas encore penchée.

Nous avons été pris aux tripes, enchantés, presque cloués sur place par la qualité de l’ensemble, l’audace de ce pont entre les siècles. Nous aurions voulu un spectacle infini. C’est grisant de remonter ainsi le temps.

La mise en lumière, la présence intense des deux acteurs figurant Aliénor et son fils Jean Sans Terre, la mise en musique rock des chansons de Guillaume IX Le Troubadour, grand-père d’Aliénor sont très aboutis. Chaque détail compte.

L’Histoire, ce 6 juillet 2018, était au rendez-vous, la poésie aussi. Grâce aux acteurs, nous ressentions le poids des relations entre la mère et le fils, les tensions, et les conséquences des actes. Les acteurs étaient transfigurés.

Les deux acteurs nous ont emportés dans les dialogues de sourds entre mère et fils, dans le chassé-croisé, dans le jeu scénique, les fuites, l’expression de la colère et du ressentiment, l’amour aussi qui sait pardonner tant d’errements. Jean Sans Terre et Aliénor allaient-ils croiser leur regard au moins une fois, pour un début d’entente ou de pardon ou bien allaient-ils camper sur leurs positions jusqu’à la mort de la Reine ?

Aux deux acteurs FLORENCE COUDURIER et CHRISTOPHE ROSSO, il faut ajouter le talent des membres du THE VERY BIG SMALL ORCHESTRA.

La pièce de théâtre se termine comme elle avait commencé , avec Aliénor retournant à la mort et se fondant dans son gisant. La magie opère jusqu’au bout avec ce passage de la fougue à la lenteur allant jusqu’à l’immobilité et au retour difficile au XXIème siècle.

Il est à noter que le chapitre consacré par KATHY BERNARD à JEAN SANS TERRE dans le livre LES MOTS D’ALIÉNOR, contenait en germe la pièce de théâtre qui en a découlé. KATHY BERNARD avait pris le parti de s’adresser à JEAN SANS TERRE, pour faire connaître ce dernier fils d’Aliénor et d’Henri II, surnommé « Sans Terre » car né trop tard dans la vie du couple royal.et non doté Lors de la capture d’Aliénor, Jean Sans Terre était enfant, il avait 7 ans. Il fut élevé hors de la présence de sa mère qu’il n’avait qu’entraperçue. JEAN SANS TERRE, personnage tourmenté qui ne fut ni tout blanc, ni tout noir eut des raisons pour être mal-aimé de l’Histoire, mais donna aussi des raisons à l’Histoire de garder un souvenir contrasté de son comportement.

 

J’espère que ce spectacle de théâtre-rock, hautement pédagogique, continuera sur sa lancée et sera montré dans les villes et les établissements scolaires de la Gironde. Pour notre part, nous serions partants pour le revoir.

 

*LE NÉANT ET LA JOIE , CHANSONS DE GUILLAUME D’AQUITAINE

édition bilingue occitan-français

Présentation et traduction de KATHY BERNARD

 

entrée dans la citadelle

Blaye, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco dont l’origine remonte à l’époque gallo-romaine, a une très belle devise : » Étoile et clé de l’Aquitaine »

vue depuis l’estuaire

Elle a en effet une position stratégique sur l’estuaire de la Gironde. D’elle, on connaît surtout aujourd’hui la citadelle édifiée sous les ordres de Vauban et typique de ces forteresses défensives en étoile. A l’intérieur de la citadelle, subsistent les ruines du château des Rudel.

Le château initial avait été détruit par le grand-père d’Aliénor,Guillaume IX du temps où Jaufré Rudel était enfant et fut reconstruit durant le règne du père d’Aliénor, Guillaume X.

les remparts

 

Au moment où Aliénor et Louis quittent Bordeaux pour Poitiers en passant par Saintes, puis s’arrêteront au château de Taillebourg tenu par Geoffroy de Rancon, où ils passeront leur nuit de noces, L’Histoire ne nous dit pas quelle route prit le couple royal parti de Bordeaux via Saintes, puis Taillebourg où l’on pouvait franchir la Charente.Louis et Aliénor ont-ils traversé la Garonne vers Lormont où se trouvait le camp royal? Il leur fallait de toute façon encore franchir la Dordogne en absence de tout pont. Ont-ils fait route ensuite directement vers Saintes ou ont-ils fait une halte dans le château des Rudel à Blaye ?

l’intérieur de la citadelle

Durant la deuxième croisade, menée par Louis VII et Aliénor, nombre de chevaliers poitevins prendront la croix dont Geoffroy de Rancon. Parmi la suite du comte de Toulouse, se trouvait le troubadour  poète, Jaufré Rudel,(1100-1148 )prince de Blaye, chantre de cet amour lointain : « Amor de lonh ».

Qui ne se souvient parmi nous d’avoir croisé les vers de Jaufré Rudel et surtout sa légende ? Beaucoup de princes de Blaye s’appelèrent ainsi mais lui semble être le deuxième portant ce nom.

vue sur les toits

Jaufré Rudel , selon la légende,ne revint jamais à Blaye car il serait mort dans les bras de la comtesse de Tripoli (comtesse ou princesse, selon les sources) pour laquelle il se mourait d’amour sans l’avoir jamais vue. iI aurait endossé le rôle de croisé, pour partir sur ses traces,simplement après avoir entendu parler en bien de la dame par les pèlerins qui revenaient d’Antioche.

« Que nul ne s’émerveille de moi

Si j’aime ce qui jamais ne me verra,

Qu’en mon cœur il n’y a joie d’autre amour

Que de celle que jamais je ne vis,

Et pour nulle joie ne m’en réjouis,

Et ne sais quel bien m’en viendra »

 

Au cours de la croisade, malade et dans un état critique, Jaufré Rudel aurait été transporté à Tripoli où apercevant sa bien-aimée il recouvra l’odorat et l’ouïe, juste avant de mourir dans ses bras. Il fut enseveli sur place et elle se fit nonne le jour-même !

 

« Bien sais que d’elle jamais n’ai joui

Ni qu’elle jamais de moi ne jouira,

Ni pour son ami ne me tiendra,

Ni promesse ne m’en fera ;

Ni ne me dit vrai, ni ne me mentit

Et ne sais si jamais le fera. »

la rue principale

Si la vie de Jaufré Rudel a permis de telles suppositions romantiques et la naissance d’une telle légende c’est que contrairement à d’autres biographes ayant écrit sur d’autres troubadours, l’auteur de sa biographie est ici anonyme.

« Le rédacteur de sa « vida » perçut que, pour Jaufré Rudel, le vrai amour, est celui qu’il n’a pas encore vu, celui qui n’est pas encore fixé dans une image, qui échappe à la connaissance pour s’inscrire dans l’éternité d’un désir, dans l’excellence d’un chant. » KATHY BERNARD/ Les Mots d’Aliénor

                                                        *

Pour terminer ce billet, sans doute le poème le plus connu de Jaufré Rudel

Amour lointain

 

Lorsque les jours sont longs en mai

Me plaît le doux chant d’oiseaux lointains

Et quand je suis parti de là

Me souvient d’un amour lointain ;

Lors m’en vais si morne et pensif

Que ni chants, ni fleurs d’aubépines

Ne me plaisent plus qu’hiver gelé.

                           *

Je tiens bien pour seigneur de vrai

Celui par qui verrai l’amour lointain ;

Mais pour un bien qu’il m’en échoit

J’en ai deux maux, tant m’est lointain.

Ah, fussé-je là pèlerin,

Que mon bâton et ma couverte

Puissent être vus de ses beaux yeux !

                           *

Joie me sera quand je lui querrai,

Pour l’amour de Dieu, d’accueillir l’hôte lointain,

Et s’il lui plaît m’hébergerai

Auprès d’elle, moi qui suis lointain,

Alors seront doux entretiens

Quand l’hôte lointain sera si voisin

Que les doux propos le soulageront.

                             *

Triste et Joyeux m’en séparerai,

Si jamais je la vois, de l’amour lointain

Mais je ne sais quand la verrai,

Car trop en est notre pays lointain :

D’ici là sont trop de pas et de chemins ;

Et pour le savoir, ne suis pas devin

Mais qu’il en soit tout comme à Dieu plaira.

                             *

Jamais d’amour je ne jouirai

Si je ne jouis de cet amour lointain,

Je n’en sais de plus noble, ni de meilleur

En nulle part, ni près ni loin ;

De tel prix elle est, vraie et parfaite

Que là-bas au pays des Sarrasins,

Pour elle, je voudrais être appelé captif !

                        *

Dieu qui fit tout ce qui va et vient

Et forma cet amour lointain,

En vérité en tel logis

Que la chambre et que le jardin

Me soient en tout temps un palais.

                       *

Il dit vrai qui m’appelle avide

Et désireux d’amour lointain,

Car nulle joie ne me plaît autant

Que jouissance d’amour lointain.

Mais ce que je veux m’est refusé,

Car ainsi me dota mon parrain,

Que j’aime et ne suis pas aimé.

                         *

Mais ce que je veux m’est refusé ;

Qu’il en soit maudit le parrain,

Qui me dota de n’être pas aimé.

 

Le livre d’or de la poésie/ JEAN ORIZET traduction Albert Pauphilet.

La ville basse vue depuis la citadelle

 

à suivre…

 

 

vue depuis le clocher de l’église Saint-Michel

1-Aliénor et Louis quittent Bordeaux

Suger gardait le visage soucieux car le roi agonisait. Le temps pressait. Il devenait nécessaire d’écourter les fêtes du mariage sans froisser les susceptibilités des invités.

Il fallut quitter Bordeaux.

« …sans doute, si rieuse et si résolue qu’elle fût, eut-elle en se retournant un long regard pour la cité qui lui apparaissait en contre-jour dans le soleil couchant, quand elle eut à son tour traversé la Garonne : Bordeaux avec ses remparts remplis d’ombre et, se découpant sur le ciel doré, les clochers de sa cathédrale et de ses neuf églises, les colonnes de l’antique palais Tutelle* tout proche de la ville et, plus loin, les anciennes abbayes : Saint-Seurin, Sainte-Eulalie, Sainte-Croix, près du rivage — tout ce coin de terre vénérable qu’on pouvait embrasser d’un coup d’œil au creux du fleuve arrondi et paisible… »RÉGINE PERNOUD/Aliénor d’Aquitaine.

Musée d’Aquitaine

Le Port de la Lune depuis le clocher de l’église Saint-Michel

Il s’agit là de la vision du Port de la lune dont on peut admirer encore de nos jours l’harmonieuse courbure. Sur le blason de la ville de Bordeaux la configuration de la Garonne à cet endroit précis est représentée par un croissant de lune argenté sur fond bleu du fleuve. En faisant un bond dans l’Histoire, en nous projetant bien des années plus tard, nous remarquons au centre des armoiries, l’ancien Hôtel de ville (La grosse Cloche) et ses quatre tours disparues, surmontés par le léopard des rois d’Angleterre, en souvenir de la domination anglaise (1150 à 1453).

Richard Cœur de Lion avait pour symbole deux léopards.

NB: Les Piliers de Tutelle, monument de l’époque des Bituriges (peuple celte) ont été localisés grâce à des fouilles, près du Grand-Théâtre actuel .

L’Hôtel de ville de Bordeaux

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2-Quand Aliénor revint-elle en Aquitaine pendant qu’elle fut reine de France?

En 1141, Louis VII et Aliénor tinrent leur cour en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

En 1146, ils revinrent en Aquitaine pour lever l’argent nécessaire à leur organisation de la croisade.

-Ils revinrent une dernière fois ensemble à Bordeaux en 1152 (début d’année).

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3-Après son mariage avec Henri Plantagenêt en 1152, quand Aliénor  revint-elle à Bordeaux ?

-A Noël 1156, le roi et la reine tinrent leur cour à Bordeaux.

-En 1156 également, Aliénor confirma les privilèges de l’abbaye de Sainte-Croix à Bordeaux dont la façade romane date de la deuxième moitié du XIIème siècle et fait référence à l’art roman saintongeais. L’abbaye fut l’objet de toutes les attentions sous Guillaume IX qui lui permit de s’agrandir et d’étendre son emprise sur les monastères de Soulac et Saint-Macaire. Les possessions de cette abbaye seront encore agrandies sous Guillaume X.

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4-L’ Abbaye de Sainte-Croix:

vue depuis le clocher de l’église Saint-Michel

 

L’église Sainte-Croix en 2009. Depuis, le parvis est pacifié: plus de stationnement.

 

 

5- L’abbaye de la Sauve-Majeure:

-En 1156 Le roi Henri II et la reine Aliénor séjournèrent au Palais de l’Ombrière et à l’abbaye de La Sauve-Majeure qui se trouve à une trentaine de km à l’est de Bordeaux. Aliénor offrit à cette abbaye terres et dons pour assurer sa construction qui fut terminée en 1220). La construction de l’abbaye bénédictine de la Sauve-Majeure fut favorisée par Guillaume VIII (arrière- grand-père d’Aliénor). La Sauve-Majeure a été érigée en sauveté par Guillaume IX.

 

Dans le livre de KATY BERNARD LES MOTS D’ALIÉNOR, on peut lire une charte rédigée en faveur de cette abbaye :

  • «… Nous nous sommes rendue, dans ce voyage, au même monastère de la Sauve où nous avons appris par le témoignage de personnes de qualité et dignes de foi et avons vu de nos propres yeux que c’est un lieu saint, tant en son chef qu’en ses membres, et qu’il a grande réputation grâce à leur piété et à leur religion. C’est ce qui a fait que nous nous sommes recommandée à leurs prières, ainsi que les deux âmes des deux rois susnommés* et qu’afin que notre visite ne leur soit pas inutile nous confirmons par ces présentes tous les privilèges et voulons que nos successeurs les confirment et les ratifient. »
  • NB-Les deux rois cités dans la charte relative à La Sauve-Majeure sont Henri II et Richard Cœur de Lion

à son apogée et actuellement, après bien des vicissitudes historiques.

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6-Aliénor et sa descendance:

  • De 1167 à 1173, Aliénor fit découvrir le duché à son fils Richard.

 

  • A la mort de Richard, elle séjourna à Bordeaux le 1er juillet 1199 afin de faciliter la tâche de son dernier fils Jean sans Terre.

 

  • Elle fit étape à Bordeaux une dernière fois en 1200, à son retour d’Espagne où elle était allée chercher la future femme du futur Louis VIII.

 

  • Ces précisions de dates sont extraites du remarquable livre « HISTOIRE DE BORDEAUX » par ANNE-MARIE COCULA

Au MUSÉE D’AQUITAINE, ON PEUT ADMIRER LA COPIE DU GISANT D’ALIÉNOR D’AQUITAINE. L’original se trouve à FONTEVRAUD.

à suivre.

 

Ce mariage de Louis de France, futur Louis VII et d’Aliénor, duchesse d’Aquitaine, que signifie-t-il en termes de territoires ? Tout d’abord la promesse pour le roi d’exercer une influence directe sur des régions où elle n’est pour l’instant que théorique.

Retournons donc dans  le livre Aliénor d’Aquitaine de Régine Pernoud pour prendre toute la dimension de ces moments importants de l’Histoire de France:

« C’est avec surprise que l’on constate que, si le roi possède trente fermes à Marly, un four de verrier à Compiègne, des granges à Poissy et des moulins à Cherisy près de Dreux, s’il lève une taxe sur le marché d’Argenteuil et sur les pêcheurs du Loiret aux environs d’Orléans, les habitants de Senlis se trouvent quittes avec lui quand ils lui ont fourni, pour ses cuisines, les casseroles, les écuelles, l’ail et le sel pendant ses séjours dans la ville. Ses ressources sont ainsi faites d’une poussière de droits qui souvent nous paraissent infimes… »

Or le domaine aquitain, plus vaste que l’Île-de-France, est plus riche aussi. « Opulente Aquitaine, écrit un moine du temps, Héritier de Lobbes,…douce comme nectar grâce à ses vignes, semées de forêts, regorgeant de fruits, pourvue surabondamment en pâturages. » Largement ouverte sur l’océan, ses ports sont prospères. Bordeaux, de toute antiquité, La Rochelle fondée depuis peu exportent le vin et le sel ; Bayonne s’est fait une spécialité de pêche à la baleine.

Le train de vie en Aquitaine est réputé plus fastueux que celui du roi de France.

La Porte Cailhau, porte de la ville, côté Garonne avec un bout du rempart initial à droite

« Après la cérémonie religieuse à la cathédrale Saint-André un banquet dans le Palais de L’Ombrière rassemble près d’un millier de convives « sans compter la foule de peuple qui, aux alentours et dans les basses-cours du château, allait avoir ce jour-là sa part des énormes quartiers de viandes et des pièces de vin distribués à tout venant, comme c’était la coutume lors des mariages princiers.

Ce palais de L’Ombrière, dont le nom évoquait une fraîcheur rassurante en cet été torride, était situé à l’angle sud-est du grand quadrilatère que formaient les remparts de la vieille cité romaine, entre le cours du Peugue et celui de la Devèze….

à l’angle de la rue Sainte Catherine et du cours Alsace-Lorraine, 2 sculptures représentant le Peugue et la Devèze

Le Palais de L’Ombrière a été construit au début du X ème siècle par les ducs de Guyenne. Au milieu du XIIIème siècle, le vieux château fut remplacé par un nouveau palais

Le Palais de L’Ombrière

C’était une forteresse puissante, dominant les rives de la Garonne des hauteurs de son donjon, « l’Arbalesteyre : une grosse tour rectangulaire (18 mètres sur 14) aux murs épais flanqués de contreforts. L’actuelle rue du Palais de l’Ombrière passe juste au centre de ce qui fut la cour du château, qui subsistait encore au XVIIIème, ainsi que la salle principale, l’une et l’autre entourées d’une courtine longue de cent mètres environ et renforcée de deux tours, l’une en demi-cercle, l’autre en hexagone.

La Place du Palais vue depuis la Porte Cailhau

Place du Palais

détail de la Porte Cailhau

Charpente de la Tour

intérieur de la Tour devenue un musée

Assis auprès de cette éblouissante jeune fille en robe d’écarlate qui était devenue son épouse, Louis, comme les chevaliers qui l’entouraient, se sentait un peu déconcerté par l’entourage ; l’exubérance de la foule, plus hardie, plus court-vêtue que celle qui peuplait les domaines d’Île-de-France ou de champagne, le parler de langue d’oc qu’ils comprenaient mal, les manières plus bruyantes, les exclamations plus chaleureuses- tout cela les laissait un peu interdits, et ce n’est que lentement, au cours du banquet, dans l’atmosphère de joie générale, que se comblait la distance entre gens du Nord et gens du Sud… Toute la gaieté méridionale s’y donnait libre cours sous les yeux de la jeune duchesse d’Aquitaine, très à son aise dans un rôle de maîtresse de maison qu’elle était habituée à remplir à la cour de son père. Elle était belle, elle le savait ; on le lui avait dit souvent en vers et en prose…

Ce souverain se présentait sous l’aspect d’un jeune homme un peu frêle, un peu effacé, mais sympathique. Et Aliénor, très sûre d’elle-même, s’amusait de constater, aux regards que le jeune prince levait sur elle, qu’il était éperdument amoureux.

Les fêtes de mariage allaient se prolonger plusieurs jours, selon la coutume du temps. Le va-et-vient était continuel entre Bordeaux et les hauteurs de Lormont où les tentes dressées pour la suite royale apparaissaient de loin, taches éclatantes piquées dans la verdure. Sans cesse les petites barques qui assuraient le passage d’une rive à l’autre de la Garonne traversaient et retraversaient le fleuve. »

«  Seul, dans cette atmosphère étourdissante, Suger gardait le visage soucieux »…

vue du château du Prince Noir depuis l’autoroute

l’entrée au château

Le château a été réhabilité par Norbert Fradin

majestueux. Au fond le Pont d’Aquitaine

Dans les hauteurs de Lormont, on aperçoit encore de nos jours, le château du Prince Noir. Il surplombe le bourg. Aliénor l’a connu car il a été construit vers 1060 par Guillaume VII, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine. Elle y aurait séjourné lors de son mariage. J’ai eu l’opportunité de m’en approcher il y a quelques jours à peine.

vue sur le bourg depuis l’entrée du château.

Sur les hauteurs de Lormont se trouve aussi un magnifique parc d’où l’on peut apercevoir la courbe de la Garonne.

depuis les hauteurs de Lormont

 

« Hier j’ai commencé mes courses par une promenade le long de cet admirable demi-cercle que la Garonne forme devant Bordeaux (…)La colline vis-à-vis, à une demi-lieue au-delà de la Garonne, sur la rive droite, est faite exprès pour plaire aux yeux. Elle vient se terminer du fleuve, au village de Lormont, à l’extrême nord de cet admirable demi-cercle. » 

STENDHAL/ mai 1838

à suivre…

 

« En 1127, un an après la mort de son père, Guillaume X est un bel athlète de vingt-sept ans dont la vitalité brouillonne est entretenue par un appétit insatiable. Malheureusement, son intelligence n’est pas à la hauteur de ses aptitudes physiques. »

Cela n’a pas échappé à son père, Guillaume IX et Michel Dillange dans Guillaume IX, le duc troubadour note aussi qu’au fil des ans,

« Il ( Guillaume IX) se rend bien compte que ce bel athlète, plein de bonne volonté, n’a pas un grand sens politique. Il s’inquiète pour son avenir, comme le montre la chanson XI ».

«…S’il n’est pas très sage ni preux,

Lorsque je vous aurais quittés,

Bien vite ils l’auront mis à bas,

Car ils le verront jeune et faible »…

 

Guillaume X a épousé Ainor ou Aénor de Châtellerault(1100- 1130 qui fut donc duchesse d’Aquitaine alors que sa mère ne le fut jamais ; elle était la fille de  Dangeirosa, vicomtesse  de Châtellerault, maîtresse de Guillaume IX, installée à proximité du palais ducal de Poitiers .

Le mariage célébré entre le fils de Guillaume IX et la fille de Dangeirosa fut une preuve supplémentaire de l’amour qui unissait les deux amants.

Le couple ducal eut pour enfants Aliénor, mais aussi Pétronille et un garçon : Aigret, disparu prématurément peu de temps avant sa mère, en 1130.

L’année précédant sa mort, Aénor de Châtellerault signa des chartes du nom d’Aliénor, curieux non cette valse des prénoms ?

Guillaume X, simple et docile et Aénor de Châtellerault dont la postérité n’a pas retenu grand-chose ont sans doute été dominés par la forte personnalité de Guillaume IX pour l’un et de Dangeirosa pour l’autre.

Guillaume X mourut à 38 ans, en 1137, laissant Aliénor orpheline puisque cette dernière avait déjà perdu sa mère en 1130.

Le jongleur- troubadour Cercamon, qui avait beaucoup d’estime pour le prince, offrit une complainte funèbre « planh » en occitan, en hommage à Guillaume X dit le Poitevin  dont voici un extrait :

Lo plaing comenziradaman

D’un vers don hai  lo cor dolen :

Ir’e dolore marrimen

Ai, car vei abaissar Joven :

Malvestatz puej’e Jois dissen

Depois muric Lo Peitavis.

 

La plainte, je la commence affligé,

En un chant qui rend mon cœur dolent.

J’ai tristesse, deuil et tourment

Car je vois s’abaisser Jeunesse :

Méchanceté monte et Joie descend.

Depuis qu’est mort le Poitevin.

Extrait/ Les Mots d’Aliénor Kathy Bernard

arrivée de l’ouest

 

Aliénor est une riche orpheline puisque son domaine s’étend sur 19 départements actuels, de l’Indre aux Pyrénées atlantiques. A la mort de son père elle est devenue duchesse d’Aquitaine, comtesse de Poitiers et duchesse de Gascogne.

Cercamon dans la même complainte ne parle d’elle que comme « progéniture » : autant dire que tout lui reste à faire pour s’imposer comme duchesse d’Aquitaine et…reine de France.

Le clocher séparé autrefois relié à la cathédrale par des appartements.

Notre Dame d’Aquitaine vue d’entre les toits

la façade ouest est la seule datant de l’époque D’Aliénor

Nous retrouvons donc Aliénor d’Aquitaine, quelques semaines après la mort de son père, le 25 juillet 1137 à la cathédrale Saint-André de Bordeaux où son mariage est célébré avec Louis de France, le futur Louis VII. Louis VI avait vu tout l’intérêt d’une telle union et avait, gravement malade, se sentant mourir avec l’abbé Suger de Saint-Denis à la manœuvre, accepté l’offre de Guillaume X.

Leur avis ainsi que celui des conseillers royaux était unanime : « Il fallait accepter l’offre, y répondre sans tarder, et ne rien ménager pour flatter l’orgueil aquitain et faire honneur à la jeune duchesse. »

« Autant dire que par le mariage avec Aliénor le roi de France exercera une influence directe sur des régions où son autorité ne pouvait qu’être théorique. »

le chœur

Le mariage d’Aliénor fut célébré par l’archevêque Geoffroy du Loroux. Celui-ci participera en 1152 à l’annulation du dit mariage pour cause de consanguinité.

une frise actuellement au-dessus du portail royal sur laquelle on voit peut-être Aliénor, Louis VII et l’archevêque

Aliénor d’Aquitaine (ou Anne d’Autriche?)

Futur Louis VII( ou Louis XIII?)

« C’est au son des cloches de la cathédrale Saint-André de Bordeaux qu’Aliénor d’Aquitaine fait son entrée dans l’Histoire. Ce dimanche 25 juillet 1137, son mariage avec l’héritier du trône de France est célébré en grande solennité. La rumeur d’une foule en fête massée aux abords de l’édifice parvient jusqu’au chœur où deux trônes ont été dressés sur une estrade drapée de velours. Aliénor est assise sur l’un d’eux, très droite dans sa robe d’écarlate ; elle porte le diadème d’or que vient de poser sur sa tête celui qu’elle épouse, Louis, futur Louis VII. Celui-ci, – un jeune homme un peu frêle-, a l’air d’un adolescent grandi trop vite. Il a seize ans. A eux deux, les jeunes époux totalisent une trentaine d’année, car Aliénor n’a guère plus de quinze ans : les chroniques la font naître en 1120 ou 1122. Mais toute son attitude révèle la jeune princesse sûre d’elle-même, sûre d’une beauté printanière dont elle a pu, déjà, apprécier le prestige, et aucunement intimidée d’être le point de mire de tous les regards, ceux des barons, des prélats et du peuple. Elle saura répondre avec aisance aux acclamations lorsque, la cérémonie terminée, elle apparaîtra dans l’encadrement du portail pour prendre, avec Louis de France, la tête du cortège qui les mènera vers le palais de l’Ombrière. Et sur tout le parcours, le long des rues décorées de tentures et de guirlandes, jonchées de feuillages que la chaleur étouffante a desséchés, éclateront les acclamations frénétiques de ses sujets, prompts à l’enthousiasme et ravis de voir une jeune duchesse si gracieuse et de si bonne mine ; tandis que, de son époux, on ira murmurant, d’ailleurs avec sympathie, ce mot qui sera répété sur son passage pendant tout le cours de son existence : » Il a plutôt l’air d’un moine. »

Régine Pernoud/Aliénor d’Aquitaine

Le portail Royal par lequel passèrent Anne d’Autriche et Louis XIII lors de leur mariage en 1615,fermé ensuite jusqu’en… restauré et inauguré en septembre 2015.J’y étais.

A l’intérieur, devant le portail royal, des marches indiquent les différences de niveaux au fil des siècles.

détail du tympan

détail

détail

portail sud

effet visuel

portail nord

détail tympan portail nord.

Devant le portail nord ont eu lieu des fouilles en  2009. Je les ai visitées avec une certaine émotion. Elles ont permis de mettre à jour quatre gros piliers de ce qui était sans doute une tour- porche datée du premier quart du XIIème siècle. Ceci constituait l’entrée principale au temps d’Aliénor d’Aquitaine, l’entrée qui servit au couple royal lors de la cérémonie de mariage. Plus tard, ce porche fut abandonné en raison des affaissements de terrain, la cathédrale étant construite sur un terrain marécageux.

Devant le clocher porche on a trouvé aussi un ossuaire et une nécropoles à sarcophages.

fouilles 2009 Vestiges des piles du clocher-porche sous lequel passa Aliénor.

à suivre…