Catégorie : AH! LE VOYAGE EN POÉMIE
Entre plume et lune
Entre plume et lune se glisse la main
Quand suis-je passée de l’autre côté du miroir? Maman, j’étais encore petite et tu me disais ;
-« va lire, détourne la tête. Petite, n’écoute pas les accents de ta grand-mère. Va plutôt réviser tes tables ou jouer à la balle contre le chai. Il ne faut pas regarder la lune. Il ne faut pas s’asseoir sur les jolis rayons du soir finissant. Ils pourraient te donner de drôles d’idées. »
-« Oui mais ma mémé le savait, je le sais aussi : on éclaircit la gorge avec des feuilles de ronce. On adoucit son derrière avec le bouillon blanc. Et tu vois, là,à perte de vue, dans les landes d’ajoncs poussent, sur les mauvaises terres, le « teinte fil ». Bientôt, il se fera lie-de-vin.
Tu vois, ma mère, le sable n’efface pas les traces. Il ne ment pas, lui. Il garde la mémoire des générations en sabots ou en jupons Et tu feras ton savon comme dans ton lit tu te coucheras »…
Les grands sont bien compliqués, ma mère. Certains voudraient, d’autres ne veulent pas entendre.
Et que fais-tu de l’espoir d’une enfant pas tout à fait comme les autres ? »
A trop écouter le chant du ruisseau, à trop se lover au cœur de la terre, à trop chercher les chemins de lumière dans la nuit, on finit par épouser les idées de la grand-mère. Et le vent, le vent n’en fait qu’à sa tête, parfois il vole les années. Parfois il efface les traînées.
Parfois la lune se souvient que dans mon enfance, je dessinais des mains. Des mains vers le ciel. Des mains de profil. Des mains à recueillir dans le sable blanc le don de la terre. Des mains de branches-arbres feuilles.
Aujourd’hui, on ne serre plus la main pour rien. La main c’est l’oeil du souvenir. Il reste encore des mains apaisantes, des mains bienfaisantes.
Grand-mère a gagné!
Toutes les photos prises sur les rivages du Bassin, fin juillet, ont leurs couleurs naturelles du crépuscule à la nuit tombée.
Vous pouvez aussi voir la série » Crépuscule ici:
Solitaire
Et la lune
Et la lune
Commença son voilage de lumière
Comme un O généreux
Une respiration
Que l’on sentait
Approcher des flots.
Ce soir-là Le monde battit sa coulpe
Et s’arrêta.
Silence.
Seule la présence des mâts.
Plus de mots glissés
A s’éterniser.
Les échos du jour
A s’étioler.
Soudain la part d’ombre
Se fit légère
Et dispersa le piquant du vent.
Hors-lieu.
Hors-temps.
Le monde en libation pacifiée buvait à la lune
Les roses des eaux, les nues rehaussées
D’un soupçon de poème en marge du tableau.
Maïté L
Vint le crépuscule
Il est des crépuscules comme des veines souterraines.
Il est des lignes de velours pérennes,
Des frémissements d’ heures de nuit très douces
Dont le rayonnement touche profondément l’être.
Alors, lentement, la passante se referme comme une fleur.
Pleine de son amour ardent du jour
Elle distille dans son coeur
goutte à goutte les perles
Du nectar des profondeurs d’outremer
Unies à celles de la voûte étherée.
Alors par-delà les mers
A fleur de ciel
A fleur de sel
Voguent les pensées dune, les souvenirs de la petite sirène.
Invitation au rêve
Invitation au rêve
Elle était là
Esseulée
En bleu du ciel
Elle nous attendait.
Eprise des clapotis sombres sur clair
Aux heures pré-crépusculaires.
Simplement balancée
Sans à-coups
Sans regrets
Sans apprêts.
A l’écouter, la barque amarrée
Nous parler turquoise
Silences et battements au cœur de l’été,
La passante a cru chavirer.
Rêves en creux. Rêves de lèvres closes
Prêtes à attiser les envies de dune
Au loin si blonde, parée de ses forêts .
Et la transparence, se jouant des flots
Vague opaline à vague regard
La barque à l’imperceptible volte-face
Se livre,
S’efface… Le courant passe
Et danse la barque
S’enflamme au vent dardé.
Immobiles pensées et subjuguée
Sur la rive abordée
La passante
Reste à feuilleter un à un
Les arcanes de la marée
Et la barque
Sur le sable repoussée
Ne joue plus.
Elle
Attend
En
Grand
Secret
Les bras
Saphirs
De la marée.
Maïté L
Châteaux de sable
Châteaux de Sable
Sur la plage, au crépuscule,
Les ombres des châteaux
étendent leurs tentacules,
Et gourmandent les vagues
qui, à coups de langues,
lèchent,un à un, les grains de sable.
Châteaux abandonnés,
Ruines sans armes ni ronces,
sans amour ni pervenches,
Forteresses et petits goûters
Des jours d’enfance ensoleillée.
Entre les vols furtifs de mouettes,
et les noires silhouettes,
Main dans la main,
La caresse des algues
et l’ivresse du vent
les couchent inexorablement
Au fond des océans.
Maïté L
Le feu d’artifice et le Pont de Pierre (2)
S’élancer vers la lumière
cueillir les gerbes
et les bouquets
dorés
le Pont en pointillés
ou point essentiel de mire
Montée à l’assaut du noir
hésitation avant
l’éclat
l’extrême des signes
et des retombées
en cris, mains agitées
à la pointe
de la nuit jaillit
la couleur.
Rejoindre la forme intérieure
et sa langue d’airain
Retenir le chant
des girouettes
au vent
de la marée
à quai
plus de clapotis
des traits
sertis
dans les flots
à contre-courant.
Fin et me viennent ces mots de Roberto Juarroz que je vous laisse apprécier:
« L’ombre est un fruit mûri à contretemps.
Si on le presse, il donne le jus de la lumière,
mais peut aussi tacher les mains pour toujours.
Il faut vivre l’ombre comme un fruit,
mais la vivre du dedans,
comme on vit sa propre voix.
Et il faut sortir d’elle goutte à goutte
ou mot à mot,
jusqu’à devenir lumière sans s’en rendre compte.
Le jour des hommes n’est pas un jeu.
Le jour des hommes est fait
de quelque chose qui ne commence qu’avec la lumière.(V, 56)
Eclats de lumières et 14 juillet(1)
Jour de fête
nationale
Petits drapeaux
Multipliés
Dans les reflets
La foule attentive
Au Miroir D’Eau.
Il faut arriver à la pointe du soleil
décroissant
Pour prendre le Pont de pierre du regard
Et ne plus le perdre
De vue.
Dans tous ses états
En drapés de ciel
En instantané rose
Dix-sept arches
N-A-P-O-L-E-O-N-B-O-N-A-P-A-R-T-E.
Une à une les lampes
Puis le noir
Avant
La fête des lumières.
Sérénité
Guides en ordre de glisse
Ailleurs des franges d’implosion
Vertes les berges et vivants reflets.
***
Je prendrais bien quelques rais
De lumière
Posés à dessein à même le creuset
De la rivière.
***
Juste le temps d’épouser l’ombre fusionnelle
Du soir
Où les canards sculptent la peau
Du miroir.
***
Suivre du regard brûlant l’impromptu
De leur sillage
Et de la ville engloutie dans la moiteur estivale tourner
La page.
***
Un miel sortilège caresse les invisibles contours sous arcade
De la bulle
Et surgit alors un soupçon de fraîcheur, une bouée lancée
A des incrédules.
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