Jour de fête

nationale

Petits drapeaux

Multipliés

Dans les reflets

La foule attentive

Au Miroir D’Eau.

Il faut arriver à la pointe du soleil

décroissant

Pour prendre le Pont de pierre du regard

Et ne plus le perdre

De vue.

Dans tous ses états

En drapés de ciel

En instantané rose

Dix-sept arches

N-A-P-O-L-E-O-N-B-O-N-A-P-A-R-T-E.

Une à une les lampes

Puis le noir

Avant

La fête des lumières.

Guides en ordre de glisse

Ailleurs des franges d’implosion

Vertes les berges et vivants reflets.

***


Je prendrais bien quelques rais

De lumière

Posés à dessein à même le creuset

De la rivière.

***


Juste le temps d’épouser l’ombre fusionnelle

Du soir

Où les canards sculptent la peau

Du miroir.

***


Suivre du regard brûlant l’impromptu

De leur sillage

Et de la ville engloutie dans la moiteur estivale tourner

La page.

***


Un miel sortilège caresse les invisibles contours sous arcade

De la bulle

Et surgit alors un soupçon de  fraîcheur, une bouée lancée

A des incrédules.

***

S’arrêter

Oublier

Le ciel

Goûter

Du bout de la langue

L’ombre

Par le bout

De la sérénité.

***

Maïté L

Les mots pour les dire

Parlez-moi vache

Du genou à l’encolure

A musique de sabots

Ayant foulé tant de sols, martelé

Sable terre ou vapeurs marines

Rochers et falaises

Et prairies isolées.

Dansent les queues

Cornes à chasser les mouches

Et les jarrets musclés

Dans la poussière des arènes endiablées.

Quand  venaient « Chouan et Martin »

Vous étiez pauvres attelées

Traînant la charrette de foin chargée.

Aujourd’hui,

Vaches jumelles reliées à la bouse

L’arrière-train immaculé

Aujourd’hui vache très vache

Ou diva à la robe dorée

De corne en lyre

A croissant de la Lune

Que j’aime vos yeux doux  de noir soulignés

Vos  longs cils, vos airs de Marilyn

Votre croupe de noire Joconde

Et vos mufles rebelles, nez dans le vent.

Et « pis » si les enfants de noir et de blanc

Vous ont fait la peau tous à lettres liés

C’est tout tendresse, c’est si attirant

De courir la belle sur les axes passants.

Maïté L

« Pourquoi parler ?

Mais pourquoi se taire ?


Il n’y a pas d’oreille pour notre parole,

Mais il n’y en a pas non plus pour notre silence.

Les deux se nourrissent uniquement l’un de l’autre.


Et parfois ils échangent leurs zones

Comme s’ils voulaient mutuellement se protéger. »

(VII, 18)

Roberto Juarroz/ Poésie verticale

*******

Comme toi j’aurais voulu être le

Pauvre petit pêcheur

Tournant le dos aux vagues

sur les soubresauts du Pont du Diable

Combien j’aurais donné de silences

Et de larmes de sel

Pour faire  du corps la pluie.

J’aimais ta solitude

Toi avec toi

Et ta canne prétexte

Une

Lancée à la mer

Et le bouchon frisant

La furie d’écume.

Et dans ta tête le vide

Le cerveau lavé, rincé, essoré

La leçon diamant aux pointes acérées

Et la pureté de l’instant

La parole de vent aux sifflets vrillés.

Toi immobile

Ou bien était-ce moi

Nous inter-changeables

La parole du silence

De l’océan l’espace–temps aboli

Sur le roc

L’épreuve du penchant

Assaut les vagues

Si tentant

L’esseulé

Aux cheveux

D’embruns.

Saint-Palais, mai 2010, photos et texte: Maïté L

Peinture: MW

http://cerisemarithe.wordpress.com/

Le mascaret

L’instant d’avant

L’œil scrute au loin la couche étale et les berges verdoyantes

Au sortir de l’hiver

Un peu de gris

Silence. la Dordogne

Une chaleur lourde

Qui plaque au bitume.

Va-et vient du café

Menthe à l’eau

La  fraîcheur de l’ombre

A la rembarde.

L’œil sur la montre

Les surfeurs en attente

Glissent sur le ponton

Et s’en vont

Vers  l’amont, vers l’aval

Soudain au loin une frise

Une couture, un surjet

Une gueule ouverte

Avale le courant montant,

Vient à l’assaut, au galop, biaisé

Les berges  clapotent, grondent, giclent, explosent.

Un tonnerre d’eau sourd, ondule le serpent bistre, ocre sur gris

Un bourdonnement passe

A la vitesse de l’éclair

Le fleuve à vagues de creux et de crêtes

Recouvre l’habitude des heures lisses.

Fini. Mascaret du passé.

Les surfeurs, la planche sur l’épaule

Dans le village, s’en viennent

Vers le soir.

Texte :Maïté L

Sur la vitre lisse

Glissent les doigts et les pensées.

Pas un souffle à l’intérieur :Une vie toute contenue.

Mais dehors court l’imagination

Elle voudrait percer du village tous les secrets.

Fenêtre ouvragée, fenêtre parée

Fenêtre où viennent tinter du vent les mille « pizzicati »

Et les pointes acérées de la bise soudain déclarée.

Les passants glissent comme des fantômes sans visage

Dans le ballet des découvertes étonnées.

Sur la vitre lisse qui ne se laissera pas deviner

Le village impassible attend la nuit pour exister.

Fenêtres sur vie

Fenêtres closes.

Ce jour-là

Rien n’a bougé.

Des paires d’yeux derrière les rideaux

Celles des vieux qui la canne à la main

Dodelinent de la tête et se perdent  mais pas très loin :

Sur la rose trémière, souple dans le vent

ou

Le bourdon fouisseur à l’intime de l’acanthe

Et sur le doré des nuages

Venu caresser la vitre insolemment.

Sur les volets fermés que bientôt  taquinera l’été

Et sur les passants, parfois immobiles devant les motifs ajourés.

Mais pourquoi ?

pourquoi suis-je attirée par les rideaux à deux pas

Les brise-bises et les reflets qui sur les fenêtres viennent s’animer ?

Chez moi

portes ouvertes et rideaux dans leur coin

Laissent entrer la lumière et profiter du jour entier.

Mais

derrière ces bouts de tissus et ces vues tamisées

Combien de drames, combien de joies

Combien de marins, de pêcheurs de civelles

Combien de vendangeurs et de coureurs des marées

Combien de pirates la nuit et le jour gens honnêtes.

Combien de brodeuses et de liseuses

Combien de larmes et combien de rires fous

Combien de dos courbés et de prières

Avec les yeux rivés sur les toits de l’église

Pour voir enfin les aventuriers rentrer !

Combien de pèlerins, combien de va-nu-pieds

Combien de langues et d’épopées !

Imaginez le bruit des épées et les accents anglais

Alors qu’auparavant c’est en latin qu’on devisait.

Mais ce jour-là

le village était feutré derrière ses jalousies.

Seul le vent feulait du poids des sauvages  et lointaines années

Et nous étions attentifs au moindre signe, à l’empreinte

De la vie côté jardin, côté marée, au doux parfum d’une presqu’île

Cachée à l’intime de ses ruelles, attachée à l’enclose de ses venelles

Quand sur les fenêtres  toquaient  l’air du large et le soir qui s’en venait.

Talmont le 10/06/2010 Maïté L

**************************

N’est-ce pas une belle façon d’entrer dans l’intimité du village? Bien sûr j’aurais pu vous convier dans les rues et puis ensuite seulement vous laisser  devant les rideaux. mais voilà…J’ai décidé d’aller au coeur à coeur et de revenir ensuite à du plus raisonnable. Il s’agit aussi de mots croisés avec Marie-Christine Touchemoulin sur le thème des fenêtres. Si le coeur vous en dit et j’aimerais bien, faites comme elle l’a dit: prenez  votre plume et laissez parler vos fenêtres en sept lignes!(ou plus!)En tous cas, laissez-vous emporter par l’imagination en sept mots, en sept lignes ou  même en pensée! Merci!

http://marie-christinetouchemoulin.vox.com/library/post/etreindre-linstant-furtif-lorquil-nous-donne-la-main.html

 

 

Et puis les flots moutonnant, les vagues se font pressantes

Elles vont en  petites crêtes aigües  et nerveuses mourir sur le rivage

Le vent forcit et les falaises calcaires sont battues, giflées.

Les gerbes d’eaux explosent rageuses, sans cesse siffle le vent.

Les herbes  et les roseaux se penchent, l’ombre ravive les tons

Tandis que flots et sable se mélangent et se grisent sens dessus-dessous.

Le vent du nord a pris la main du soir :au port, on renforce les amarres.

Maïté L

 

Visages lumières de l’estuaire

Avec le vent du sud pour compagnon de route

Chemin faisant vers  ce cap solaire

A ramasser des yeux les éclats changeants des eaux

Les turquoises, les gris, les bistres, les bleus de ciel

Mêlés aux blancs en arcs, en ponts, en friselis:

Le calme frais pianoté sur le dos de la marée

et le début des étonnantes falaises calcaires.

Au loin les grues du Verdon et les accents du Médoc.

Maïté L

***************

L’estuaire de la Gironde c’est:

75 km de long

jusqu’à 14 km de large

le plus vaste estuaire d’Europe. Nous sommes ici dans sa partie fluviale.

La marée remonte jusqu’à 70 km en amont sur la Garonne et la Dordogne qui se rejoignent pour former l’estuaire de la Gironde.

 

 

Perdre

Perdre ouvre-t-il la porte au royaume des ombres

Ce verbe du présent conjugué au passé est-il

Signe d’errance. Reflux du néant.

Sable à sable, des grains d’incohérence

Nous laissent nus et démunis. Perdre finit-il par occuper les jours

Et les nuits d’oubli ?

Te perdre. Me perdre

 Une blessure de l’inconscient et un goût d’amertume

Dans la bouche, l’absence

Chevillée à la langue, au double sens  et sens interdits.

Perdre sa jeunesse au cumul des années

Par feuilleté impalpable d’un pyramidal incertain.

Les poches alourdies de désert aride, de murs

Et cailloux cliquetants en lieu et place des yeux fermés.

Tant d’êtres à chair fanée

Tant de gouttes de temps taries.

Perdre devient-il le royaume des ombres

Dédicace du passé, inexorable fenaison de l’encre

Terre à terre, sac et ressac des herbes inexorables.

Perdre finit-il par occuper les pensées parties à la recherche du jour

Et de l’éclair salvateur des nuits ?

Perdre , verbe synonyme du verbe fouiller, retourner non le ciel

Mais le quotidien à la loupe de l’incompréhension.

Dites-moi comment vous perdez : les êtres, les objets précieux, les chemins

Le temps, les papiers… comment vous aimez à perdre la raison

Et peut-être trouverons-nous la clef, la porte d’entrée,

Peut-être mettrons-nous à distance les ombres de notre mémoire.

Maïté L

Et ma dédicace ira à tous ceux qui cherchent…

 

 

Vertes,

 Les prairies sous le vent

Font le gros dos, en écoutant

Les grillons, fredonner note à note,

Leur unique chant.

Dans les hautes graminées,

Les chiens glissent et dansent,

Happés par l’ardeur du printemps.

Ils reviennent frétillants,

Poussés par l’envie  des oiseaux

Et parfois voyage, grâce à eux, la fleur à leur museau.

Soudain,

Un sentier gris, sous les chênes séculaires,

Qui de leurs branches recourbées

Rendent grâce à la terre.

Pour nous  du ciel ne reste

 Que le toit de verdure perdu dans le temps.

Un arbre mort, géant à terre, fait des vagues et

S’arc-boute dans un soubresaut de reptile figé :

Reste pathétique  la  dépouille d’une amère  tempête.

Le temps est vert comme l’envers du temps.

Mais,

Quelques fleurs ça et là murmurent leurs  touches de couleurs :

Elles sont rubans ; elles sont mélodies

Elles sont vagues au refrain de bourdons et de routes abandonnées

Elles sont charme et apesanteur

Crayons de couleurs et peintres impressionnistes gardés dans nos pensées

Elles sont tous nos bouquets d’enfants qui savaient à qui les offrir

Pour un sourire, un mot d’amour de pétales froissés.

Bientôt,

Les prairies deviendront nocturnes.

Elles imprimeront leurs humeurs de  marais

Et s’enrouleront autour des creux de vie assoupis.

La nuit descendra jusqu’à l’absence  d’horizon,

C’est tout ; c’est tout.

Le jour  s’effacera peu à peu, ne laissant que la ronde

Des grillons à cheval sur le dos de l’oubli,

Et les âmes de terre des vers luisants,

Accrochés aux  brins d’herbe et aux  feuilles accueillantes.

Nature et harmonie :

Ici,

Humblement

 la nuit  papote ou clapote à vagues de prairies.

Maïté L